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Que longtemps résonne Bossone

Benjamin et Jérémie Bossone sur la scène de Viricelles (photos Serge Féchet)

Benjamin et Jérémie Bossone sur la scène de Viricelles (photos Serge Féchet)

Première partie avec Xavier Besse qui d’instinct sait choisir les mots pour entrer en contact : « Et voilà, nous deux, c’est fini… » Commencer par finir, c’est un peu court. Par bonheur, Besse a pas mal de vers dans son sac. Les siens, et d’autres. Comme il a bon goût, il nous offre du Rimbaud, du Leprest, du Joyet, du Morel (le Gégé, dans ce qu’il sait faire de mieux avec les dames : « Elle avait le front national / C’est normal, j’ai vomis sur ses sandales »). Convenons que Besse est moins bon quand il pastiche Obispo-Bruel-Pagny, trio qui n’a guère sa place dans un tel récital. Mais l’ami Xavier oscille volontiers entre plusieurs registres comme s’il voulait satisfaire plus d’un public à la fois. De publics et d’envies. C’est quand même dans ce qui lui est propre – ses chansons à lui – qu’il est de loin le plus convaincant. Comme dans Les mots qu’on dit, qu’on lui envie : « C’est parfois au fond du regard / De l’être aimé lorsque très tard / Dix doigts se disent dans l’oreille / Des mots comme un frisson d’abeille… » Ce n’est pas la première fois qu’il vient enchanter Viricelles. Ce serait bien de le voir se produire aussi ailleurs.

MIXTAPES ACOUSTIQUES VOL 3 & 4 :  CHANSONS QUI S'DONNENT EN ATTENDANT D'ÉCRIR' LIKE A ROLLING STONE Bossone a le cerveau en ébullition, comme il nous le dit lui même, il est loin devant ! On l’imagine à 2 heures du matin fixer un souvenir, une impression, une collision sur un carnet gribouillé, attraper sa guitare, brailler devant son miroir ou susurrer à sa fenêtre. Imprégné de philosophie comme de  culture des 9 arts et plus si affinité, avec l’imagination sans limite de l’enfant et la sagesse du vieillard, démentant à chaque instant les pronostics. De la musique à la peinture en passant par le cinéma, la littérature et le manga, sa culture est insatiable, digérée dans une forme à la fois populaire et savante, langue de voyou pétrie de références littéraires. De jeux de mots potaches en allitérations suggestives, il pourrait répondre à la définition d’un autre magicien des mots, Vincent Roca : « émincé textuel à la sauce aigre-douce et son plateau de chimère »  Cousin de Lancelot comme  grand frère de Tetsuo, réincarnation de Mozart ou de Stravinsky, la plume abreuvée au sang de Tristan Corbière, il tourbillonne dans la Magie de la vie. Les femmes, il les rencontre autour d’un éventail japonais, les quitte sans problème quand « L'arc et l'amour n' sont plus de mèche » ou au contraire se refuse à faire deuil de l’amour perdu. Ce qui donne la plus originale chanson de rupture jamais entendue, « Demande au condamné / De sourire au bourreau (…) Et demande à mon cœur / De fair' son deuil ! » en litanie d’impossibilités. Suivent Natacha qui s’attache au voyou ou à l’ivrogne, la vieillissante Isabelle « Hier elle était Cendrillon / Ell' n'est plus que cendr' et sillons » petite fille de la  belle Heaulmière de Rodin / Villon. Au milieu des pochades, au moins un tiers de chansons abouties dans le 3e CD, comme ce remarquable Sylvain sous la pendule, qui unit dans le cauchemar le (ou la) pendule d’Edgar Poe, le Portrait de Dorian Grey et le lapin d’Alice dans un doucereux mais grinçant suspense sur le temps et la mort. Ou ce sommet de chanson engagée, Foules mineures, comme un pied de nez à d’autres, sentimentales : « Pour vous, Charlots des Temps modernes / Fils de la nuit / Qui vous portera le feu des lanternes ?» Dans le CD 4 Bossone redevient le petit Jérémie (Jéry ?) refusant de quitter les mondes de ses Playmobils supports de  rêves, d’arrêter de voler, comme ce Jean qui n’est pas de la lune mais du nuage. C’est incitation au mouvement tout du long, à prendre, à danser, à flamber, à décoller, à monter sur ses Grands destriers, à jouer à touché-coulé. Même l’amour a un parfum d’enfance au Cotton Candy (barbe à papa) à l’abri d’un parapluie cousin de celui de l’ami Georges. Seules incursions dans le monde des adultes, ce Bulletin Blanc, acide satire des hommes politiques, l’Atrabilaire désorienté malgré son GPS, le symbole drolatique du Costume en queue de pie qui n’évite pas au  menuisier chômage et mendicité, ou la mélancolique Souvenirs pour personne. Des chansons d’amours déçues on retiendra surtout La statue, marbre où se fixe le désir d’un copain timide ou trop imbibé, dans une ballade très bossonesque. CATHERINE LAUGIER http://www.jeremiebossone.com/ http://www.nosenchanteurs.eu/index.php/tag/jeremie-bossone/

MIXTAPES ACOUSTIQUES VOL 3 & 4 :
CHANSONS QUI S’DONNENT EN ATTENDANT D’ÉCRIR’ LIKE A ROLLING STONE
Bossone a le cerveau en ébullition, comme il nous le dit lui même, il est loin devant ! On l’imagine à 2 heures du matin fixer un souvenir, une impression, une collision sur un carnet gribouillé, attraper sa guitare, brailler devant son miroir ou susurrer à sa fenêtre. Imprégné de philosophie comme de culture des 9 arts et plus si affinité, avec l’imagination sans limite de l’enfant et la sagesse du vieillard, démentant à chaque instant les pronostics. De la musique à la peinture en passant par le cinéma, la littérature et le manga, sa culture est insatiable, digérée dans une forme à la fois populaire et savante, langue de voyou pétrie de références littéraires. De jeux de mots potaches en allitérations suggestives, il pourrait répondre à la définition d’un autre magicien des mots, Vincent Roca : « émincé textuel à la sauce aigre-douce et son plateau de chimère ».
Cousin de Lancelot comme grand frère de Tetsuo, réincarnation de Mozart ou de Stravinsky, la plume abreuvée au sang de Tristan Corbière, il tourbillonne dans la Magie de la vie. Les femmes, il les rencontre autour d’un éventail japonais, les quitte sans problème quand « L’arc et l’amour n’ sont plus de mèche » ou au contraire se refuse à faire deuil de l’amour perdu. Ce qui donne la plus originale chanson de rupture jamais entendue, « Demande au condamné / De sourire au bourreau (…) Et demande à mon cœur / De fair’ son deuil ! » en litanie d’impossibilités. Suivent Natacha qui s’attache au voyou ou à l’ivrogne, la vieillissante Isabelle « Hier elle était Cendrillon / Ell’ n’est plus que cendr’ et sillons » petite fille de la belle Heaulmière de Rodin / Villon. Au milieu des pochades, au moins un tiers de chansons abouties dans le 3e CD, comme ce remarquable Sylvain sous la pendule, qui unit dans le cauchemar le (ou la) pendule d’Edgar Poe, le Portrait de Dorian Grey et le lapin d’Alice dans un doucereux mais grinçant suspense sur le temps et la mort. Ou ce sommet de chanson engagée, Foules mineures, comme un pied de nez à d’autres, sentimentales : « Pour vous, Charlots des Temps modernes / Fils de la nuit / Qui vous portera le feu des lanternes ?»
Dans le CD 4, Bossone redevient le petit Jérémie (Jéry ?) refusant de quitter les mondes de ses Playmobils supports de rêves, d’arrêter de voler, comme ce Jean qui n’est pas de la lune mais du nuage. C’est incitation au mouvement tout du long, à prendre, à danser, à flamber, à décoller, à monter sur ses Grands destriers, à jouer à touché-coulé. Même l’amour a un parfum d’enfance au Cotton Candy (barbe à papa) à l’abri d’un parapluie cousin de celui de l’ami Georges.
Seules incursions dans le monde des adultes, ce Bulletin Blanc, acide satire des hommes politiques, l’Atrabilaire désorienté malgré son GPS, le symbole drôlatique du Costume en queue de pie qui n’évite pas au menuisier chômage et mendicité, ou la mélancolique Souvenirs pour personne.
Des chansons d’amours déçues on retiendra surtout La statue, marbre où se fixe le désir d’un copain timide ou trop imbibé, dans une ballade très bossonesque.
CATHERINE LAUGIER

A Jérémie Bossone comme à d’autres (mais à lui c’est sûr) on souhaite un public bien plus large, bien plus jeune, des salles de musiques actuelles, un jour des Zénith(s). Il est de ceux dont l’art a besoin de perspectives et de victoires.

Nous sommes Salle des tilleuls, à Viricelles. Une saison culturelle d’une rare exigence (concoctée par l’ami Serge Féchet et sa bande) dans un petit village. Tout ce qui se fait de mieux en chanson ou presque est déjà passé par ici, cependant dans une esthétique très chanson-française-de-qualité où guitare sèche et demi-queue prédominent.

Là, ce sont deux rockeurs en scène : bon sang, bon son, Bossone(s). Lui, Jérémie, le chanteur, en posture de rock star, chemise largement ouverte, aux poils et corps d’athlète. Le son est maîtrisé, retenu, presque mis en sourdine, en tout cas adapté à cette scène, cette salle, ce public. Et le souci de bien entendre, comprendre chaque mot, chaque rime. Mais c’est rock et le public ne l’est pas, ne vient jamais chercher ça ici. Pour autant, l’écoute est admirable et les applaudissements plus chaleureux encore que d’habitude, et c’est peu dire.

BossoneLe répertoire est celui qu’on connaît de lui, de Rien à dire au Cargo noir, de Jamais rester à L’érotique. Avec bien sûr Göttingen, d’une force jamais égalée depuis Barbara elle-même. Avec aussi Playmobils, tiré de récents Mixtapes acoustiques (le volume 4, lire encadré), et deux inédits, tellement que c’en est la première fois.

« D’abord, quelques baisers sur / Tes lèvr’, en guise d’apéro… / Puis je descends, et sois sûre / Que tu vas m’apprécier en héros… » Tout est ici délice, tant le verbe que la voix, cette voix qui précède ou suit les nappes de notes, les accompagne en une savoureuse alchimie. Ces gestes nerveux sur les cordes raides, ce corps tout entier presque en transe. Et ce frérot aussi beau, aux claviers et bidules, qui vous restitue ici violon ou contrebasse, piano… « Quand la musique étreint, jamais rester / Quand tous nos mots s’apaisent, jamais rester / Quand ton cœur bat tranquille, jamais rester / Quand les souvenirs pleuvent… »

En Bossone il y a diverses ADN. On a déjà parlé de Mano Solo : postures et intonations le trahissent parfois. Higelin a dû donner de son sang, de sa folie, ou je n’y comprends rien. Plus sûrement j’y vois l’ombre portée de Brel, par petites touches, par impertinence… Et Bossone, ce héros, cet érotique, ce chanteur à la grâce d’un danseur étoile, cet amoureux de toutes les musiques, du lied au rap, du rock au classique, du folk à la chanson, qui fait de toutes ses influences un art majeur d’un lyrisme fou.

Bossone s’inscrit déjà dans les grandes heures de Viricelles. Vu de votre écran, ça ne veut pas dire beaucoup ; ici, ça veut tout dire.

 

Le site de Jérémie Bossone, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs en a déjà dit, c’est là.

Retrouvez le micro-entretien de Dominique Cista avec Jérémie Bossone, enregistré le jour-même du concert à Viricelles. C’est ici.

 

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Une réponse à Que longtemps résonne Bossone

  1. Jérémie Bossone 28 novembre 2016 à 20 h 05 min

    Comme promis, voici un « petit » point sur les MIXTAPES ACOUSTIQUES.
    (ouais ouais je sais : cette fois « ya beaucoup de texte ! », mais vous aviez beaucoup de questions, alors…)

    Vous êtes dors et déjà plus nombreux à avoir acquis ces Vol 3 & 4 que les volumes précédents, et je vous en remercie !
    Nombreuses aussi sont vos interrogations concernant ces Mixtapes.
    Voici donc quelques éclaircissements :

    Non, les Mixtapes ne sont pas une « poubelle » où échouent les chansons non retenues pour les albums officiels. Si c’était le cas au début (ce que je ne crois pas), ça ne l’est plus.
    Il s’agit bien d’un pan à part entière de mon boulot discographique (mes meilleures chansons de ces dernières années en sont pour la plupart issues) et à ce titre, j’ai d’ailleurs décidé de ne plus retirer des volumes aucune song composée au cours de ces sessions. Un pas de plus sur les paliers de la transparence ;-) .

    Oui, on pourra donc retrouver certaines chansons des Mixtapes sur les albums « officiels » (bon, encore une fois : ce ne sera pas trop le cas pour le prochain album qui relève d’une esthétique opposée, aussi n’attendez pas « Playmobils », « Gaston » ou « Cotton Candy », vous risqueriez d’être déçus ! ;-) ).

    Disons qu’en ce qui concerne les 9/10èmes des chansons qui figurent sur les Mixtapes, on pourra surtout ne les pas retrouver sur les « albums officiels », parce qu’elles existent déjà « où » et « comme » elles le souhaitent dans l’espace qui leur est dédié.

    J’ajouterai une chose : du fait de l’exposition réduite à laquelle nous contraignent aujourd’hui la majeure partie des grands medias, un « album officiel » a tout intérêt, à mon sens, à proposer désormais des chansons qui, tout en étant intéressantes du point de vu esthétique, se doivent en outre de présenter des dispositions pour le live, car pour s’octroyer quelques mois d’existence, cet album et ces chansons devront être défendus farouchement sur scène par leur créateur.
    Sur ce point, les Mixtapes Acoustiques sont hors course (la plupart des chansons qu’on y trouve ne seront jamais interprétées en live).
    Objet de nature totalement anarchique, intemporelle, et ne répondant à aucun impératif commercial, elles resteront en marge de toute existence « officielle ». Pour le meilleur et pour le pire.
    La liberté absolue a un prix. Mes Mixtapes le savent, et vous aussi ! ;-)

    Pour autant, elles demeurent un véritable recueil autonome de chansons, tantôt bonnes, tantôt plus faibles, mais toujours abouties (du moins à mon sens). C’est d’ailleurs dans cette alternance du « bon » et du « moins bon » que réside l’essence même du jeu dont elles sont issues !
    Quoi qu’il en soit, ces Mixtapes constituent dors et déjà une chouette aventure dans laquelle je suis heureux d’avoir plongé avec vous. D’ailleurs je ne doute pas que vous serez quelques uns à préférer leur contenu à celui de certains albums officiels ultérieurs, et loin de m’en offusquer, je m’en réjouis ! Tous les goûts sont dans la nature, et chacun croque dans le parfum qui lui remue la truffe ! ;-)

    Narration, mutation, explosion… et longue vie à tous les reliefs !

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