CMS

Hélène Martin, le précieux enregistrement que voici

helene-martin-au-theatre-des-bouffes-du-nord-helene-martin« Saperlotte / Plein les bottes ! / Si je suis allée à l’école / Je n’ai rien appris à l’école / Je n’ai appris qu’à cette école / Des saisons et du rossignol / Je ne sais pas meilleure école / Saperlotte / Ça me botte ! »

Cet enregistrement attendait sans doute son heure, son imprimatur. En un DVD, en deux CD, voici l’intégrale du concert unique donné par Hélène Martin en 2009 aux Bouffes du Nord dans le cadre du festival Hommage à l’âge. Elle avait opéré l’année précédente son Virage à 80. Revivons ce concert unique par le truchement du Figaro d’alors, sous la plume de François Delétraz : « C’est Hélène Martin (81 ans), compositeur, auteur et interprète, qui a ouvert le bal samedi dernier. Arrivée sur scène avec sa canne, elle est repartie sans. Tous les artistes le disent, c’est là la force de la scène, cette énergie que l’on donne au public et qui, par un effet boomerang, vous revient amplifiée. Avec le musicien Jean Cohen-Solal, aux flûtes parfois évaporées, Hélène Martin revisite une longue et belle carrière mêlant ses propres textes comme ceux de grands auteurs, d’Aragon («Celui qui croyait au ciel…») à Genet, dont elle reprend sur scène le fameux «Sur mon cou…», qu’elle avait mis en musique en 1963 et qui fut repris en 1998 par Daho, ou encore l’inoubliable «Frères humains qui après nous vivez…», de François Villon. Bref, un plongeon, une immersion dans la langue, que la mélodie soutient et magnifie. Hélène Martin devait finir son spectacle par le Pardonnez-moi… de Genet, mais elle n’a pas osé tant la salle l’a applaudie. »

C’est cette scène quasi-mythique qui est ici restituée. Avec pour invités Louis Aragon, Arthur Rimbaud, Jean Genet, François Villon, Pablo Neruda, Rainer Maria Rilke, Jacques Prévert, Jacques Brel, Eugène Guillevic. Et beaucoup Hélène Martin. Textes inspirés, magnifiés d’une voix claire, précise, au timbre chaud, qui jamais ne trahit son âge, son Virage à 80.

« Le rôle d’Hélène Martin, pour accorder non seulement à la chanson mais à la poésie une audience qu’elle n’auraient pu espérer, a été et demeure considérable. Sans elle et quelques-uns, encore trop rares, de ses camarades, jamais la poésie n’aurait été aussi présente. Ceux qui entendent Hélène Martin et savent l’écouter ne sont plus les mêmes après l’avoir rencontrée. Quelle plus belle récompense peut souhaiter une chanteuse ? » écrivait Philippe Soupault en 1974.

Dans ce coffret, un copieux livret de 36 pages, fait des paroles d’une partie des chansons, de notes de lecture pour Un peu d’elle, d’une note d’intention pour Prélude au silence, et d’un passionnant abécédaire. Comme un tout-en-un précieux et, pour peu qu’on aime la « chanson poétique », un appréciable présent.

 

Hélène Martin, Virage à 80, L’intégrale du concert. 2 CD + 1 DVD, Cavalier Hélène Martin/EPM 2016. Le site d’Hélène Martin, c’est ici. On peut commander ce coffret sur le site EPM. Hélène Martin a débuté en 1956 dans les cabarets de la Rive-Gauche, quartier Mouffetard à Paris. Elle a enregistré plus d’une trentaine d’albums, dès 1968 sous son propre label des Disques du Cavalier. Elle a travaillé aussi pour le petit écran, pour des émissions et portraits que, même forte de cinquante chaines, la télé d’aujourd’hui ne saurait plus faire et diffuser, comme ceux sur Louis Labé, Max Jacob, Aragon ou Tardieu. Elle a créé des spectacles musicaux (René Char, Georges Braque, Chagall…) dont « Le condamné à mort » de Jean Genet.

Image de prévisualisation YouTube

3 Réponses à Hélène Martin, le précieux enregistrement que voici

  1. Brian Thompson 12 janvier 2017 à 11 h 08 min

    J’ai eu la chance de connaître Hélène Martin en 1974. J’ai pu apprécier non seulement son talent mais son ouverture et sa générosité. Une grande dame de la chanson!

    Répondre
  2. Jean-Guy Barkan 12 janvier 2017 à 13 h 00 min

    Je connais Hélène d’autant plus qu’elle fut l’éditrice sur son label « Cavalier » de mon album sur Richepin, LP sorti chez RCA , où Cavalier était en contrat de distrib’. Elle disait que j’étais de ceux « qui seuls l’intéressaient désormais ». Elle a eu le mérite d’imposer en diffusion des artistes qui, sans cela, n’auraient pas eu cet éclairage pour démarrer. Hommage à elle donc, sa version du « Condamné à mort » de Genet est magnifique. Une grande dame de la chanson !

    Répondre
  3. labeyrie babou 12 janvier 2017 à 23 h 27 min

    Une oeuvre unique, essentielle portée avec flamme, passion, délicatesse et un talent infini: remercions-la pour l’ensemble de son oeuvre où se nichent une constellation de petits bijoux.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Archives