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Manon Tanguy, histoires de peaux aime

Manon Tanguy (photo Thibault Labarthe-Lusson)

Manon Tanguy (photo Thibault Labarthe-Lusson)

« Tu écris des fables que tu enterres dans le sable / Et plonges sous l’eau, derrière les roseaux / Tes yeux pleins de sommeil avaient déjà débordé / De tes rêves indociles, régalant les crocodiles / Miam, miam, miam ». Je ne sais ce qu’en ont dit les gastronomes crocodiles*, à la rugueuse et onéreuse peau de maroquinerie, mais c’est un disque qui célèbre le contact, le toucher, les peaux. Ici toutes les chansons ou presque sont tactiles : « Sur ma bouche… », « J’ai embrassé une femme », « Tu as rencontré ce corps », « J’ai cherché une main », « Elle se prit dans ses bras », « Je recompte mes doigts », « Je rassemble ces corps échoués »… Des corps qui se cherchent (« Ma bouche t’appelle »), s’attirent, parfois se fuient, se touchent.

Sensuelles, les plages de ce second album de Manon Tanguy (pour faire bon poids, comptez-aussi ses trois EP de la jeune dame) : un peu moins avec La taille de sa jupe, qui fait perdre la tête et n’est autre qu’un viol (sur ce titre, dénonçons une chorale entre autres composée de Liz Cherhal et de Delphine Coutant).

15977486_1387957507890023_2439204034686942036_nMais reprenons au début. Par un mot, une situation, chaque chanson semble amener la suivante. Non comme une histoire à suivre, mais comme un enchaînement d’idées. L’amer au miel du café amène le miel de la bouche, la bouche amène le trouble et le baiser, qui lui fait la rencontre des corps… Non la fuite, mais la suite dans les idées. Encore que. L’imagination va loin, s’aventurant en des contrées éloignées : « Dilués en mer les poissons seulement perçoivent la texture de mes tourments »… Sur Le radeau, « [son] cœur de pierre brise les membres des dames », Parmi les crocodiles « naissaient en toi des bruits et soubresauts / un profond sommeil, des morceaux d’oiseaux ». Je ne sais pas, vous, mais tenter l’approche de Manon Tanguy semble ardue, aventureuse, dangereuse… En cosmonaute invité sur la Terre pour une chanson, le parolier et powète Nicolas Jules mêle ses idées saugrenues et ses mots habituels (tiens, « mon cœur est à la proue » vient d’une autre de ses chansons) aux doux délires qui font tanguer la Tanguy.

Doux délires, c’est ça qui est attachant et que nous retiendrons de ce disque attirant et déroutant à la fois. Les figures de l’amour sont pour la plupart jolies, les situations peu communes, la géographie des sentiments et des caresses contrariée mais « Quels sont les espaces où l’on se retrouve sans le savoir ? / Lorsque l’on ignore exister ailleurs / Quel curieux sentiment de s’être déjà touché là où personne ne nous avait touché ». Touchant, vous dis-je.

Poésie, désir d’amour, onirisme, brins de folie, ce disque touche-à-tout brouille les pistes, questionne les battements du palpitant. Si vous ne connaissiez pas Manon Tanguy, son style, ses mots nimbés dans une musique faite de séduisantes bricoles sautantes (piano, ukulélé, kalimba, harmonium, omnichord, etc.), dansantes, devraient sans mal vous convaincre.

 

Manon Tanguy, Parmi les crocodiles, Le comptoir musical/Coop Breizh 2017. Le site de Manon Tanguy, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit d’elle, c’est là.

*Point de crocodiles dans le marigot où Manon Tanguy se baigne pour les besoins du disque : la photo a été prise dans un étang de Notre-Dame des Landes, lors d’un rassemblement contre l’aéroport.

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