Léopoldine Hache Hash, tranchante et planante | NosEnchanteurs

Léopoldine Hache Hash, tranchante et planante

Léopoldine HH (photo Vvincent Capraro)

Léopoldine HH (photo Vincent Capraro)

Ils ont quand même facile, les rédac’chef ! Prenez celui de votre web-journal préféré, par exemple. Voilà-t-il pas qu’il est appelé à participer au jury d’un concours prestigieux de la chanson française, le bien nommé Prix Georges-Moustaki, avec tous les honneurs, flûtes de champ’ et zakouskis au caviar que cela suppose. Il remplit sa mission avec brio, nous écrit d’une plume habile un compte-rendu de la soirée et son appréciation du palmarès (cliquez ici et tombez sous le charme), et conclut son article par une promesse alléchante : « NosEnchanteurs reviendra dans les prochains jours sur elle (NDLR : la grande gagnante de la soirée), par le truchement de son récent album, Blumen im Topf. Et ensuite, il refile adroitement le CD en question à un collaborateur en le priant de s’en charger… Elle est pas belle la vie ?

C‘est ainsi que m’est échue cette séance de rattrapage, l’album chroniqué dans ces lignes étant sorti en septembre 2016. Mais vous savez quoi ? Je rends grâce à mon chef adoré de m’avoir permis de ne pas passer à côté d’un tel choc.

L’artiste lauréate, qui s’est offert à la fois le prix de jury et le prix du public, nous vient d’Alsace et se nomme Léopoldine HH (a-t-elle doublé sa consonne pour éviter qu’on la confonde avec l’Arthur de la même initiale ?). Le titre de son album, en allemand dans le texte, se traduit par Fleurs en pot. Le moins que l’on puisse dire est qu’a priori, cet intitulé n’a aucune consonance autobiographique : il ne viendrait à l’idée de quiconque ayant écouté ce disque de qualifier la chanteuse de « potiche » ou de « fleur décorative » ! Léopoldine HH se rangerait plutôt dans la famille des fleurs vivaces, sauvages et envahissantes, qui n’ont nul besoin d’un tuteur pour s’épanouir. Prenez dès lors vos précautions avant de glisser votre CD dans le lecteur : c’est de la bombe que vous vous préparez à découvrir…

leopoldinehhCertes, le disque n’est pas exempt de défauts et peut se révéler fatigant à la première écoute. C’est que nous avons manifestement affaire à une artiste de scène, comédienne de surcroît, qui aura tenté de reproduire en studio certains trucs et effets, qui doivent fonctionner à plein dans le cadre d’un spectacle vivant (étirement musical, apartés et digressions…) mais paraissent plus lourds lors d’une écoute domestique. Mais basta ! Il y a tant de disques bâtis sur l’épure et la discrétion qu’il est diablement excitant de se mettre entre les oreilles une œuvre qui n’hésite pas à en remettre une couche dans la démesure et l’emphase, quitte à courir le risque d’en faire trop.

Car Léopoldine ose tout dans cet album, comme si elle craignait de n’avoir jamais la possibilité d’en enregistrer d’autres. Chansons multilingues (français, allemand, anglais et même alsacien), rupture de tons, orchestrations bastringues, bruitages incongrus, bidouillages électro, chorale d’enfants… Tout se mêle dans le grand faitout de son talent, pour en ressortir avec une cohérence miraculeuse : ce disque ressemble à son auteure et à nulle autre ! Exploit d’autant plus remarquable que les textes chantés ne relèvent pas de sa plume, bien qu’elle se les soit appropriés pour ne faire qu’un avec ceux-ci. La personnalité écrasante de l’artiste se retrouve par ailleurs dans son chant, d’une variété devenue rarissime, à la fois susurrant à la Jane Birkin (Like a mansion) ou puissant à la Catherine Ringer (Zozo Lala), expressionniste comme peut l’être celui d’un acteur, totalement libre enfin à force de maîtrise. Plutôt qu’un long discours, un conseil : écoutez le magnifique Garçon blessé, dans son crescendo porté par la voix hypnotique de Léopoldine,  et vous aurez un juste aperçu des immenses capacités vocales déployées.

« Ne me demande pas ce que j’ai dans la tête », nous chante Léopoldine HH. Tant qu’elle continuera à nous offrir le produit de ses méninges avec cette générosité folle, nous ne courrons pas le risque de lui désobéir

 

Léopoldine HH, Blumen im Topf, 2016. Le site le Léopoldine HH, c’est ici. Image de prévisualisation YouTube

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