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Les Stentors, ces voix qui plombent toute chanson

Les Stentors (photo DR)

Les Stentors (photo DR)

Dans la mythologie, Stentor est le crieur de l’armée des Grecs lors de la guerre de Troie : « (…) valeureux Stentor, qui, de sa voix de bronze, faisait autant de bruit que cinquante hommes ». Beaucoup de bruit pour rien quant à ce groupe affublé du même nom, composé de deux barytons et d’autant de ténors, qui n’impressionne les gogos que de leur nom et leurs grosses et, ma foi, assez vilaines voix.

Je dois avouer que, malgré cinq albums, de grandes salles et de nombreux passages télé, je ne connaissais pas ces Stentors. Est-ce d’avoir vu fleurir tant de drapeaux tricolores lors de récents discours en plein-air, à Marseille, Toulouse et ailleurs, portés par tant de jeunes aspirant à plus de justice sociale et de fraternité ; est-ce, à l’autre bout de l’échiquier politique, d’avoir vu le même drapeau se mêler honteusement à des bannières sombres, porteuses de chagrin à venir ? Toujours est-il que la thématique du patriotisme semble bien se porter. Les Stentors ne faisant que surfer sur les vagues du succès, cette fois-ci ils chantent Ma patrie. De La complainte du partisan (Leonard Cohen) à Ma France (Jean Ferrat), de Douce France (Charles Trenet) à l’incontournable Marseillaise (Rouget de l’Isle), la sélection de ce disque est ce qu’elle est mais, semble-t’il, vaut l’écoute.

À L'ÉCOUTE DE CE DISQUE La Complainte du Partisan d'Emmanuel d'Astier de la Vigerie/Anna Marly de 1943 fut chantée par les Compagnons de la chanson, Leny Escudero, Mouloudji, Marc Ogeret, Anna Prucnal, avant de connaître une seconde vie, en anglais, avec Leonard Cohen, Joan Baez, etc. Quant à la chanson 7 milliards de gens sur terre, adaptation de la chanson d'Eddy Marnay chantée par Mireille Matthieu, son air est emprunté au Battle Hymn of the Républic, chanson américaine patriotique et religieuse anti esclavage datant de la guerre de Sécession. Ici a été écrit en hommage au Québec pour Isabelle Boulay par le parolier Lionel Florence, celui d’Obispo, Florent Pagny, etc… co-auteur pour de nombreuses comédies musicales. Le titre Allumons les esprits est celui d’un poème de Victor Hugo (écrit après la visite d’un bagne) où Mathieu Sempéré qui est l’un des quatre chanteurs du groupe puise des vers entiers : « Chaque enfant qu’on enseigne est un homme qu’on gagne (…) L'alphabet que l'enfant avec son doigt épelle / Contient sous chaque lettre une vertu… »  Ce disque, outre son côté peu artistique, laisse un malaise avec ses chœurs « virils » en fond. Certains titres aussi, comme cet A la volonté du peuple sorti de son contexte, la comédie musicale Les Misérables: « À la volonté du peuple, je fais don de ma volonté / S'il faut mourir pour elle, moi, je veux être le premier ».  CATHERINE LAUGIER

À L’ÉCOUTE DE CE DISQUE
La Complainte du Partisan d’Emmanuel d’Astier de la Vigerie/Anna Marly de 1943 fut chantée par les Compagnons de la chanson, Leny Escudero, Mouloudji, Marc Ogeret, Anna Prucnal, avant de connaître une seconde vie, en anglais, avec Leonard Cohen, Joan Baez, etc. Quant à la chanson 7 milliards de gens sur terre, adaptation de la chanson d’Eddy Marnay chantée par Mireille Matthieu, son air est emprunté au Battle Hymn of the Republic, chanson américaine patriotique et religieuse anti esclavage datant de la guerre de Sécession. Ici a été écrit en hommage au Québec pour Isabelle Boulay par le parolier Lionel Florence, celui d’Obispo, Florent Pagny, etc., co-auteur pour de nombreuses comédies musicales. Le titre Allumons les esprits est celui d’un poème de Victor Hugo (écrit après la visite d’un bagne) où Mathieu Sempéré qui est l’un des quatre chanteurs du groupe puise des vers entiers : « Chaque enfant qu’on enseigne est un homme qu’on gagne (…) L’alphabet que l’enfant avec son doigt épelle / Contient sous chaque lettre une vertu… »
Ce disque, outre son côté peu artistique, laisse un malaise avec ses chœurs « virils » en fond. Certains titres aussi, comme cet A la volonté du peuple sorti de son contexte, la comédie musicale Les Misérables : « À la volonté du peuple, je fais don de ma volonté / S’il faut mourir pour elle, moi, je veux être le premier ».
CATHERINE LAUGIER

Hélas, tout est chanté en force, sans nuance et sans âme, avec brutalité. On se demande même si ces quatre-là savent vraiment ce qu’ils chantent. Et s’ils savent que la chanson n’est en temps normal qu’émotion… Pas par eux. A vouloir briller, ils en sont ternes. Le sommet du ridicule est atteint par la reprise de J’habite en France, chanson goguenarde et franchouillarde, dont Michel Sardou fit grand succès en 1970 : eux la coulent dans le bronze, la plombent, la lestent de leurs lourdes et insupportables voix. « Mais la France c’est aussi un pays / Où y a quand même pas cinquante millions d’abrutis… »

Quant aux orchestrations, qui tiennent avant tout par d’indigestes programmations en conserve, tout est à vomir. Tant qu’on a vite envie de se réfugier dans les interprétations d’origine.

Il n’y a pas que des reprises dans ce disque, mais aussi des créations (parmi lesquelles Apatride, de Vianney), la plupart hélas surjouées, appuyées. Pour ce qu’on imagine être la clientèle de ce quatuor plombant, on ne saurait que trop mettre en exergue, à l’approche de ce deuxième tour où se joue l’identité même de notre patrie, son avenir, en bleu financier ou en vert-de-gris, ces quelques vers qui, s’ils sont compris, devraient faire réfléchir l’électorat de la blonde : « Combattre l’ignorance, libérer les frontières / Pour nourrir notre esprit en suivant la lumière / Il est temps aujourd’hui de partir en campagne / Chaque enfant qu’on enseigne est un homme qu’on gagne ». Quitte à sauver quelque chose dans ce disque, prenons ça : ça a en plus le mérite d’être sincère de la part de ce quatuor qui, sur le livret, en guise de remerciements, manifestent sa « reconnaissance à la France d’être et de rester une terre d’échange, de partage et de liberté ». MICHEL KEMPER

 

Les Stentors, Ma patrie, MCA/Universal 2017. Le site des Stentors, c’est ici. Image de prévisualisation YouTube

Une réponse à Les Stentors, ces voix qui plombent toute chanson

  1. André ROBERT 29 avril 2017 à 14 h 58 min

    D’accord avec cet article, la chanson française en mode lyrique perd de son authenticité, de son âme.
    Focalisé uniquement sur les voix, j’apprécierais-une fois n’est pas coutume- qu’ils chantent en anglais ou en italien.
    En français, ils pourraient chanter le bottin, ça dégagerait à peu près la même émotion…

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