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Eurovision de la Chanson, bêtise et médiocrité

L'Eurovision 2017, hier à Kiev, en Ukraine

L’Eurovision 2017, hier à Kiev, en Ukraine

 

J’ai fait un rêve : la France renonçait à participer à l’Eurovision de la Chanson, estimant avec raison que ce concours n’est plus qu’un « monument à la bêtise », dont l’intérêt est dissipé par « l’absence de talent et la médiocrité des chansons. » Un rêve ? Non, c’est ainsi qu’en 1982, sous François Mitterrand, TF1, alors chaîne publique, par la voix de son directeur des variétés, Pierre Bouteiller, motiva le fait que la France n’y participerait pas. La même année, la Grèce s’abstint aussi : la ministre de la Culture grecque, Melina Mercouri, trouva la chanson grecque si mauvaise qu’elle retira la participation de son pays de peur que l’image de celui-ci ne soit entachée. Si ces scrupules avaient fait école, il n’y aurait définitivement plus d’Eurovision de la Chanson.

Bêtise, absence de talent, médiocrité, le constat non seulement n’a pas changé d’un iota mais il se peut qu’il se soit aggravé. Car l’Eurovision de la Chanson est devenu une joute nationaliste exacerbée et la chanson lauréate est souvent le résultat de combinaisons partisanes entre pays, entre alliés.

La chanson est politique, oui. Même et surtout l’Eurovision de la Chanson. Ce navet télévisuel ? Oui.

L’Union européenne est la plus belle invention si c’est pour faire la paix, ruiner les guerres. L’Eurovision est le plus bel outil non pour apaiser les peuples mais pour exacerber les nationalismes qui gangrènent l’Europe. On n’y vote pas pour la meilleure chanson (qui, du reste, en cette cérémonie, n’existe pas : c’est l’Eurovision du franchement pitoyable) mais pour supplanter les autres nations, pour être les meilleurs : c’est du « c’est moi qui chante le mieux », « c’est moi qui pisse le plus loin ». Du puéril, du dangereux.

Politique ? L’an passé, la victoire de l’Ukrainienne Jamala avec sa chanson 1944, évoquant la déportation des Tatars de Crimée par les autorités soviétiques durant la Seconde guerre mondiale, indisposa le régime de Poutine. La Russie tint cette chanson pour de la « propagande anti-russe ». Et si elle fut absente hier, c’est que sa représentante s’est vu interdire l’accès au territoire ukrainien. Politique ? Non, à peine.

Connaissez-vous Alma ? C’est un fleuve en Crimée, justement, territoire que la Russie vient de ravir à l’Ukraine. La bataille de l’Alma fut la première grande bataille de la guerre de Crimée, débutée en 1853. Les Russes y perdirent 6 000 hommes face à la coalition franco-britanno-turque. Nous en reste le fameux pont de l’Alma, à Paris. Alma ce fut aussi, hier en Ukraine, le pseudo de la représentante française, finalement arrivée en 12e place. Avouez que le hasard fait bizarrement les choses…

Concours nationaliste, chauviniste que cet Eurovision, oui, à l’évidence. Sauf – vous m’expliquerez pourquoi, ça m’intéresse – quant à sa langue maternelle. Sur les 26 pays envoyés en finale, seuls quatre ont chanté dans leur propre langue : le Portugal (certes un peu saudade, un peu Brésil, ça lui a finalement porté chance), l’Italie, la Hongrie et la Biélorussie. Tous les autres en anglais, la plupart abdiquant ainsi leur langue, leurs racines. Faux cul comme l’an passé, la France s’est fendue d’une chanson mi-française mi-anglaise, comme l’Espagne, mi-espagnole mi-anglaise.

Alors que, depuis le Brexit, la langue anglaise perd de son lustre dans les actes et discours de l’Union Européenne, elle caracole à l’Eurovision comme langue commerciale, loin de tout alibi culturel. C’est que, voyez-vous, cette chanson-là n’est pas chanson, elle n’est que pitoyable bizness, affaire de gros sous.

3 Réponses à Eurovision de la Chanson, bêtise et médiocrité

  1. Popp 14 mai 2017 à 11 h 23 min

    Je ne discuterai pas la valeur des interprètes ou des chansons, ne voulant pas m’engager dans un débat bon/mauvais goût qui serait, lui, de mauvais goût. Je reviens sur l’avant dernier paragraphe de cet edito. Seulement quatre pays chantent dans leur propre langue et ça m’interpelle. Ces organisations, ces pays, ces chanteurs renoncent à une part d’eux-mêmes. Dans quel but ? Céder aux sirènes du succès ? Se fondre dans la masse ? Gommer leur singularité et oublier leur culture ? No comprendo. Euh, je ne comprends pas l’intérêt de chanter dans une autre langue que sa langue maternelle à l’eurovision. Aucun sens.

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  2. Gravos 16 mai 2017 à 15 h 04 min

    Sauf erreur de ma part le Royaume Uni et l’Australie ont chanté dans leur langue.

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  3. Agnès 16 mai 2017 à 21 h 52 min

    Ils chantent en anglais, pour la même raison citée dans l’article: bizness. C’est la langue « universelle » donc compréhensible par tout un chacun (supposément) donc susceptible de toucher davantage de monde.

    Avec des lunettes noires, des boules quiès et une bonne bière, cet Eurovision est tout à fait regardable!

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