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Ève Griliquez, 1927-2017

600x337_eve_griliquez603okOh, ça ne fera pas les manchettes des journaux et qu’importe. Quand quelqu’un qui, des années durant, vous a ouvert les portes de la connaissance, de la curiosité, on a envie de le saluer. Plus encore à l’occasion de son départ, histoire de lui exprimer notre reconnaissance. Ève Griliquez est de ceux-là, de celles-là. L’histoire d’Ève Griliquez épouse celle du siècle passé. De père moldave et de mère roumaine, elle nait avant guerre, en France. Et portera l’étoile jaune. La famille échappe aux rafles. A la Libération, Ève rêve d’être comédienne. A l’école Charles-Dullin, elle aura pour camarades de promo Charles Denner et Jean-Louis Trintignant. Eprise de poésie, elle aime particulièrement Nazim Hikmet. Et monte un récital sur les poèmes des Machado qui évoquent l’assassinat de Lorca. Comédienne à la radio, elle y réalise des émissions sur les poètes. Les « Passeurs d’Horizons’ en 1965, ce sera elle, sur la radio nationale, après avoir présenté quelques années plus tôt, sur Radio-Sorbonne, les « Poètes du siècle ».

Elle monte des spectacles, réalise des disques, est coutumière du Charles-Cros où elle fut longtemps seule femme du jury, après y avoir été primée. Ce fut d’ailleurs grand scandale en 1979 quand Alain Fantapié, actuel président de l’Académie Charles-Cros, proposa, pour la première fois, d’accueillir une femme en tant que membre : « Comment, ce n’est pas possible, il n’y en a même pas à l’Académie française ! » Vraie bataille épique et d’époque que gagna Fantapié : Ève Griliquez était encore il y a quelques jours membre de la docte Académie.

Sur France-Culture en nocturne en 1970, puis sur France3, avec « Libre parcours variétés », elle est l’anti Guy Lux et Carpentier, en invitant les réprouvés du show biz : c’est dans son émission télé qu’un certain Maxime Le Forestier crée son San Francisco… Les artistes, elle les aime, allant jusqu’à les auditionner chez elle, entre les piles de bouquins qui s’y accumulent. Renaud comme Guidoni, Lavilliers, Lalanne et bien d’autres encore franchiront le seuil de son appartement. Défricheuse, tout comme une Agnès Capri ou une Mireille, elle contribuera à mettre en valeur le talent de nombreux artistes. Outre ceux déjà cités, Jacques Higelin, Mercedes Sosa, Renaud, Le Cuarteto Cedron, Marie-Paule Belle, Hélène Delavaut, Bernard Haillant, Michèle Bernard, Claude Nougaro, Una Ramos, Jonasz, Karim Kacel, peuvent en témoigner.

Elle aidera aussi beaucoup d’œuvres poétiques à sortir du purgatoire. Et aura le privilège de se lier d’amitié avec des personnages aussi décisifs que Raymond Queneau, Jean Tardieu, Pablo Neruda, Nazim Hikmet, Rafaël Alberti ou Violeta Parra. 

Coquetterie sans doute, Ève Griliquez a toujours minoré son âge. Ainsi le livre que Franck Tenaille lui consacra, Le libre parcours d’Ève Griliquez, la rajeunit quelque peu. C’est néanmoins à 90 ans, ce 4 août, que notre agitatrice culturelle a disparu. Elle sera incinérée ce mercredi 16 août 2017.

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Une réponse à Ève Griliquez, 1927-2017

  1. François Couderc 15 août 2017 à 0 h 06 min

    les enregistrements de son émission se sont longtemps faits
    au navigator ,un bar de la rue galande,ou se réunissait la bande des cinq et quelques autres( Bertin en parle dans sa chanson)
    Je m’étonne qu’aucun collecteur n’ai jamais songé à recueillir le témoignage de la tenancière du lieu……

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