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Pascal Mary, la douce blessure de vivre

Pascal Mary (photo DR)

Pascal Mary (photo DR)

Quatrième album pour Pascal Mary si l’on excepte son premier EP épuisé, Presque est déjà album bilan, au mitan d’une vie. Une sobre pochette aquarellée d’or rouge et de bleu (création de Lucie Larrive), la photo de Pascal a disparu du cartonnage comme du livret.  Il n’a plus besoin d’identification. Elle fait penser à une illustration d’expérience de mort imminente, et c’est dans la chanson Presque, éponyme de l’album, qu’on y trouve la clé :  « Presque / Encore un pas j’y suis / Connaîtrai-je enfin le mystère / Vais-je enfin ne plus toucher terre ».

Une version piano-voix au plus près de l’intime, jouée ici par par Martin Le Ray. Remarquablement cohérent, on n’y trouve moins le mélange habituel de satire féroce, queues de poisson glissantes ou pénétrantes à glousser de plaisir, entre deux cadeaux de tendresse à vous inonder de larmes. C’est ici tendre mélancolie, emblématique de la sensibilité de son auteur, balançant  toujours entre émerveillement et conscience de l’absurdité de la vie. Avec le sens de la formule : « La fleur de l’âge / a quitté le fusil » et l’alternance de douce mélodies et de morceaux très enlevés, plus jazz. 

On retrouve L’homme mort, qui figurait sur Ordinaire, son premier EP, où celui qui l’dit n’est pas celui qu’on croit, finissant avec l’inattendue chute, in cauda venenum, « T’as pas voulu faire d’efforts / Tu m’as pas cru, ben t’as eu tort / T’es qu’un homme mort ». En regard la merveilleuse Comme un aveugle à sa fenêtre de 2009 et son harmonieuse mélodie est façon plus tendre d’envisager la séparation : « Avoir les yeux plus grands qu’le coeur / C’est des coups à perdre la vue / Quand le monde n’y est plus ».

Les douze autres titres sont inédits en album. Dans la même veine la fine interrogation de Qui sait : « Qui nous a mis au cœur ce creux / Ce toujours plus ce toujours mieux / Ce sentiment de n’être jamais rassasié ». La voix de Pascal Mary, grave ou légère, caresse enveloppante, cris ou murmures, sur les douces notes égrenées du piano, est baume sur nos plaies de « Pauvre papillon collées aux ailes de l’ennui ».

Maman, en milieu d’album,  nous avait émus aux larmes il y a deux ans à Avignon. Ecrite avec délicatesse avant qu’elle ne rejoigne les étoiles,  c’est aussi à elle merveilleux hommage  « Si j’avais l’choix d’refaire une vie (…) j’reprendrai comme c’était écrit maman ». Elle donne le ton de l’album.

MARY Pascal Presque 2018Temps qui inexorablement passe, ruptures, désillusions, coups de cafard, et puis la mort toujours : « Tous pareils / La vie suspendue au soleil (…) La même fin de repas nous guette / La même extinction des lumières » ou  « T’échapperas pas mon bonhomme / A ton dernier Te deum »
Tant qu’on a peur parfois du regard de l’auteur sur l’avenir. Pourtant il nous rassure, « Te fie pas à ces pleurs (…) Oui c’est toi mon cœur / Le doux souffle douleur / Que j’espère », et nous laisse espérer Les jours où son cœur s’allège…

L’album s’ouvre sur le titre le  plus caustique, dix épisodes qui passent aussi vite que la vie, « comme un éclair », sur une cavalcade de piano. Depuis la naissance : « Lov[é] comme un têtard (…) à grands coups d’poussoir (..) on t’a viré du dortoir » jusqu’au cimetière. C’est le grand manège de la vie, somme toute pas très drôle qui tourne Sans fin« Y’en a deux qui sont en transe / Retour à la case semence ». Sans cesse Pascal Mary tisse et retisse ce thème avec la douce A peine, où le temps passe en trombe, en promesses, en tourments, en doutes et en regrets, et pourtant :  « Ce qui nous questionne / Depuis qu’on est enfant / S’appelle être vivant ».

Toujours sur le fil, balloté, empathique, il trouve pourtant les mots pour nous consoler, avec cette chanson toute en anaphores et en oxymores montant dans un rythme d’enfer, Tout et son contraire :  « La vie c’est beau / La vie c’est moche (…) La vie ben t’es d’dans d’toute façon / Puisqu’on est vivant, vivons ». Et c’est au Jardin des délices qu’il nous convie, se faisant en pleine conscience le messager d’un épicurisme assagi :  « Désapprenons l’ailleurs / Le manque et l’autrement / Vivons toutes les heures / Sans reproches et sans peurs / Comme à la dernière heure / Comme au premier instant ».

 

Pascal Mary, Presque, album autoproduit, 2018. Le site de Pascal Mary, c’est ici . Ce que NosEnchanteurs en a déjà dit, . Présentation de l’album au Studio Raspail à Paris XIVe le 10 février 2018 à 20h.

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