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Les mille chemins de Denez Prigent

Denez Prigent (photo Emmanuel Pain)

Denez Prigent (photo Emmanuel Pain)

« Ha setu o vervel an de’ / Ha me da ganañ adarre / Ha me da ganañ koulskoude / Evit pi ? N’ouzon ket re (Et voici le jour qui meurt / Et je chante encore / Et je chante toujours / Pour qui donc ? Je ne sais pas) »

Si paradoxalement le léonard Denez a perdu son nom, celui-ci ne fait que grandir, l’installant sans mal au panthéon breton, parmi la crème des musiciens et chanteurs celtes. Ses gwerzioù (1) puisent toutes, ou presque, dans les ressorts et thèmes de la chanson traditionnelle, de Bretagne il va de soi, voire d’ailleurs : infanticide, morts tragiques, chemins profonds et mystérieux, l’amoureux qui s’en va rejoindre sa promise au paradis…  A thèmes quasi identiques (une gwerz évoque toutefois les dangers des « roues à vent » [Ar rodoù avl] que sont les éoliennes pour les oiseaux), le traitement musical diffère souvent.

cd-denez-mil-hent-mille-cheminsSurprise, satisfaction, Denez semble plaire. A un large public, il va sans dire. A ceux aussi qui, de Télérama aux Inrocks, Varrod inclus, font l’opinion et, de fait, valident ou non l’information, la diffusion, presque l’existence d’un artiste. Est-ce, parfois, la tentation de l’électro qui vient amplifier son chant, comme ici avec ses Incantations funéraires (Ar Grasoù, que précède une majestueuse , orageuse et électrique La mort blancheAr marv gwenn, de toute beauté) qui plait à ce point ? Car, à bien écouter Denez Prigent, dans toute la rigueur de son chant, il n’est autre que celui qui poursuit et prolonge l’œuvre de son tutélaire aîné Alan Stivell, certes uniquement dans le registre des gwerzioù, mais dans toute cette diversité, cette richesse musicale et instrumentale qu’il ingère et digère, qui travaille utilement la tradition et lui gagne la presque universalité. Qui aime Stivell ne peut qu’aimer farouchement Denez Prigent ; qui aime la chanson traditionnelle (même au-delà du monde celte en général, de la Bretagne en particulier) ne peut qu’en faire un de ses héros.

Au service de ce neuvième album de Denez, une flopée d’instruments qui va de la bombarde aux percussions, du dudûk au violoncelle, du grasoù aux scratchs et séquences électroniques, du diatonique au violoncelle. Flopée d’instrumentistes aussi, parmi lesquels Ronan Le Bars (uilleann pipe, low whistle) et Yann Tiersen (piano, clavecin, synthétiseur analogique, guitare, violon, contrebasse)… Une merveille, vous dis-je. Ce disque est une pièce essentielle du présent breton, de son avenir aussi.

 

(1)    Une gwerz (au pluriel gwerzioù) est un chant breton (kan a-boz) racontant une histoire, depuis l’anecdote jusqu’à l’épopée historique ou mythologique. Proches des ballades ou des complaintes, les gwerzioù illustrent des histoires majoritairement tragiques ou tristes.

 

Denez, Mil hent – Mille chemins, Coop Breizh 2018. Le site de Denez Prigent, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est là. En concert à Paris, Boulevard Edgar-Quinet, le 24 mai 2018, dans le cadre de la Fête de la Bretagne. Image de prévisualisation YouTube

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