CMS

Matthieu Côte, même pas mort !

 

Ceci n'est pas...Matthieu Côte : D'Inca, Cédric, Evelyne Gallet, Nico à Venelles 2018 © N Blanchard

Ceci n’est pas…Matthieu Côte : D’Inca, Cédric, Evelyne Gallet, Nico à Venelles 2018 © N Blanchard

9 juin 2018, Ceci n’est pas un spectacle de Matthieu Côte, MJC de Venelles,

 

C’est au pied levé qu’à Venelles Pasquale d’Inca remplace pour la première fois Stéphane Balmino, l’ami des premiers jours de Matthieu Côte… Cela fait dix ans qu’ensemble ou à tour de rôle les copains de Matthieu tentent de combler le vide, ce cœur brisé si tôt, à vingt-neuf ans en pleine montée de carrière. Tout a commencé au Sémaphore à Cébazat quand Balmino et Evelyne Gallet, avec d’autres copains, ont chanté les chansons de Matthieu à sa place, lui qui devait y revenir en vedette après y avoir gagné tous les prix en 2006. Le projet s’affine ensuite pour prendre la forme de ce concert, Ceci n’est pas un spectacle de Matthieu Côte, fin 2016.
CÔTE MJC 10 06 18 groupeMais qu’est-ce qu’ont en commun avec Matthieu un repreneur de Brassens ou de Maupassant, fiers connaisseurs de l’âme humaine (Cédric Laronche, parfois nommé Cédric tout court), le fondateur du Festival Les nuits du chat à Montpellier ?
Un comédien chanteur et musicien Pasquale d’Inca, amoureux de Topor, dont le cynisme cachait la poésie ?
Une chanteuse Infidèle au personnage à la sexualité débridée, à la parole libérée, réincarnation féminine de Patrick Font et de Boby Lapointe, Evelyne Gallet ?
Un obsédé textuel mélancolique, fan de Dimey et de Leprest, provocateur et tendre, qui passe sa vie à avoir mal aux autres, Nico Etoile ?
Pour ceux qui connaissent un peu Matthieu Côte, beaucoup donc.
L’amour d’une écriture pointue, incisive, le goût de la recherche musicale, la provocation d’un humour parfois très noir, l’obsession de l’amour charnel comme sentimental, le doute sur eux-mêmes de tous ceux qui sont brillants, trop doués pour un monde médiocre…
Matthieu était de la veine de Tachan, de Leprest dont il avait fait la première partie, une sorte de grand Duduche fantaisiste et fulgurant, antimilitariste, anticlérical, fébrile et drôle, cruel et gentil, « un petit con adorable ».
A Venelles on l’a reçu deux fois en première partie de Romain Didier en 2006, puis en vedette en 2008 au début de l’été qui devait lui être fatal.

C’est dire si l’on attendait ses repreneurs au tournant, anxieux de savoir si la magie allait prendre !

CÔTE MJC 10 06 18 Cédric EvelyneCédric donne le ton dès le départ, campant le chanteur à la gueule de premier de la classe qui cherche l’inspiration dans des stimulants artificiels, rêvant de devenir un chanteur mythique («  les filles aiment les mauvais garçons, les types torturés qui mènent des drôles de vie »).
Le quatuor s’est attaché à faire vivre ses chansons moins connues, ou carrément inédites, comme cette Justine, princesse sans couronne, proposée à un premier pianiste et jamais ressortie de tiroirs…et qui peut-être y serait restée sans la curiosité des amis de Matthieu. « Et heureusement qu’il est mort ! » nous dit Evelyne…
S’ils se se moquent de ses déboires amoureux, refusent de se dire ses amis, c’est dans un réflexe de défense toujours renouvelé. En solo, ou en duo, en chœur ou en procession, les chansons de Matthieu évoluent comme elles auraient pu le faire s’il avait vécu, vers une version encore plus musicale, où les guitares répondent au clavier de Nico, soutiennent les textes incisifs en douceur comme en force.

L’humour vachard de Ma meilleure amie prend une acuité toute particulière dans la bouche d’ Evelyne, où sa verve fait merveille ! La vérité en amitié n’est pas toujours bonne à dire… Copain, au répertoire d’Evelyne Gallet, sera, elle, chantée par Cédric..

Les deux faces de Matthieu, raillerie (L’étudiante en Lettres, traitée très rock des années 60 en hoo-hoo-wap ) comme tendresse sont bien représentées dans le spectacle.
CÔTE MJC10 06 18 NicoPar Nico qui nous cerne d’émotion avec cette histoire d’un amour belge trop tôt fini, soulignée par la guitare de Cédric, d’abord en doux pizzicati avant de prendre une intensité très rock : « Tiens ce soir les infos parlaient de la Belgique / Je m’en cogne qu’elle crève cette terre moribonde (…) J’ai du mal à jouer les garçons de passage ».
Ou dans cette chanson dérisoire, mais jouée au piano comme un grand air romantique, (Ma) Trop belle, d’un être contraint aux pensées obscènes par manque de caresses : « Mes larmes amères / Ces bouteilles à la mer / Quand je mord dans la chair / De mon vieux traversin » Sujet qu’a aussi abordé Nico dans son répertoire personnel ( la pathétique Je vous aime trop). Dans ce personnage qu’il incarne tout comme Matthieu, on retrouve cette émotion Brelienne de l’amant incompris.
Evelyne dévoile elle aussi ses talents dramatiques dans A défaut de, sur la jalousie contenue vue du côté masculin, ou son versant féminin Allez copain… Quant à Cédric, il nous siffle une ritournelle indulgente pour la jolie musicienne, pleine de bonne volonté mais qui ne connaît que deux accords…

C’est Pasquale qui passera du pathétique au clownesque avec En titubant, dans une version très Joyeux Urbains…La veine satirique est représentée par le tube tellement actuel, qu’on le croirait écrit par nos gouvernants, Qu’est-ce qu’ils sont cons, que Nico reprend après Balmino avec un naturel percutant. Et la jolie mélodie de La fin du monde chantée en quatuor nous interpelle par sa gravité d’apocalypse calme.

Quand en rappel ils nous chantent a cappella une chanson répétée une seule fois, Tu me manques, « Sans toi je ne vais pas très loin / Sans toi je ne vais pas très bien / Sans toi pour avancer je m’y prends comme un branque / C’est fou c’est insensé à quel point tu me manques », la chanson de cet amour fini semble adressée à Matthieu. Et pourtant… L’espace d’un concert, ils sont presque arrivés à nous faire croire que Matthieu Côte était toujours vivant !

 

Le facebook de (ceci n’est pas) Matthieu Côte, c’est ici, son compte, là. Ce que NosEnchanteurs en a déjà dit, là. On peut l’écouter ici. Pour écouter Pasquale d’Inca, c’est ici. Le compte  de Cédric, c’est là. Celui de Nico *, ici. Celui d’Evelyne Gallet , là. Ce que NosEnchanteurs a dit de Cédric Laronche, ici; de Nico*, ici, et d’Evelyne Gallet, là.

Pas de vidéo du spectacle, mais une de Matthieu Côte (filmée à Venelles en 2006) et celle d’Evelyne Gallet chantant Copain.

 Image de prévisualisation YouTube
Image de prévisualisation YouTube

6 Réponses à Matthieu Côte, même pas mort !

  1. Jean Pierre Gleize Bourras 18 juin 2018 à 11 h 18 min

    Bonjour.
    Je ne connaissais pas Matthieu Côte.
    Honte à mois: surtout ancien Rhône-Alpin !
    Je l’ai découvert à la suite de la sortie du cinquième album de Laurent Berger « L’âme des maraudeurs » et des billets de Francofans et de Michel Kemper joints à l’album.
    Existe- t-il un ou plusieurs album de Matthieu Côte?
    Et « Ceci n’est pas un spectacle » de Matthieu Côte » deviendra-t-il un album ?
    « Tu ne connaissais pas Matthieu Côte ??? »
    Qu’est ce que t’es Con !!!

    Répondre
    • Michel Kemper 18 juin 2018 à 11 h 47 min

      Il existe un et un seul album de Matthieu Côte, paru en 2006 chez New Beat Production, épuisé sans doute. Un nouvel album était en réalisation au moment de la mort subite de Matthieu. Un de ses musiciens s’est opposé à sa publication (vous trouverez ça dans les archives de NosEnchanteurs, le moteur de recherche interne fonctionne bien). Quant au spectacle de ses copains, je ne sais pas s’il donnera lieu à un album. Désolé.

      Répondre
  2. Catherine Laugier 18 juin 2018 à 17 h 58 min

    J’ai mis en lien à la fin de l’article le Bandcamp où l’on peut écouter et acheter le CD 12 titres de 2006 de Matthieu Côte, dont « Etudiante en lettres » et « Ma meilleure amie », ainsi que l’EP de 7 titres d’avril 2008 « Des nouvelles » prémices d’un album qui n’a jamais été enregistré, où figurent la plupart des chansons du spectacle vu à Venelles. On y trouve également des chansons sur des sujets d’actualité, « Bradé » et « L’honneur ».
    Il y a également 23 chansons sur Myspace et plusieurs vidéos sur YouTube.
    Les liens pour tous les articles publiés dans NosEnchanteurs sur Matthieu Côte comme sur les artistes qui l’interprètent sont dans l’article.
    Il est prévu d’enregistrer un album avec les chansons du Spectacle.

    Répondre
  3. Jean Pierre Gleize Bourras 18 juin 2018 à 22 h 51 min

    Bonsoir Catherine ,Bonsoir Michel , et Merci .
    N’étant pas un « perdreau de l’année » je ne maîtrise pas toutes ces techniques!!!
    Je vais confier ces infos à mes « jeunes » de la Radio, qui vont me dépatouiller tout cela…
    J’en déduis qu’il y a une quarantaine de chansons de Matthieu Côte disponibles???
    Et je viens de m’apercevoir que je connaissais Matthieu Côte ,chanté par Evelyne Gallet…

    Répondre
  4. Catherine Laugier 19 juin 2018 à 0 h 30 min

    Non Jean-Pierre, pas tant que ça, de nombreuses chansons sont communes au Myspace et au Bandcamp…Je n’ai pas fait le compte, il faut demander à Evelyne Gallet. Pour atteindre les sites il suffit de cliquer sur les liens (mots en rouge).

    Répondre
  5. Joël Luguern 19 juin 2018 à 12 h 32 min

    Heureusement qu’il y a eu l’émission de Philippe Meyer sur France Inter (La prochaine fois je vous le chanterai) sinon je n’aurai jamais connu Matthieu Côte. Et je serai passé à côté de quelque chose de très important.
    La première fois que j’ai entendu « la mère du militaire » (c’était il y a dix ans), j’ai pris « une claque ».
    Comme la première fois où j’ai entendu « quand j’aime une fois, j’aime pour toujours » (version Francis Cabrel); « les amants de la Place Dauphine » (version Françoise Kucheida et Pierre Barouh); « la chabraque » (version Pia Colombo) ou encore « Jaurès » chanté en breton par Erik Marchand. Du grand art !!!

    Répondre

Répondre à Catherine Laugier Annuler la réponse.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Archives