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Off Avignon 2018. Orly, Souffler c’est jouer

ORLY Zielinski Veyrat Bussy photo DR

ORLY Zielinski Veyrat Bussy photo DR extraite de leur page facebook

13 juillet 2018, Atypik Théâtre,

 

Orly, d’où décollent-ils ces trois gaillards ? Une voix rauque comme s’il avait avalé le cendrier en plus de fumer les clopes, une silhouette longue longue accentuée encore par le costume rayé étroit, porté direct à même la peau, des traits sculptés par la lumière, profil acéré, mâchoire tendue, c’est From. Heu, pardon, Samuel Veyrat (From, c’était un clin d’œil à ses parents capriculteurs qui faisaient du fromage de chèvre.) Samuel, c’est Ferré ce rap, croisé avec un Loïc Lantoine, par la voix, la diction et la tendresse, trublion planqué dans les étoiles, avec l’allure et la théâtralité de Yanowski… On le lui a déjà dit, il ne les a pas rencontrés…

Pour les lecteurs de NosEnchanteurs ce ne sont pas des inconnus, rappelez-vous ce duo, From & Ziel qui avait vu l’amour, leur album de 2012 (non qu’ils soient ensemble, leur complicité est toute musicale). Ziel, c’est Ian Zelinski, au piano et aux compositions, de formation classique ( il a débuté au violoncelle et en musique de chambre), aussi blond et polonais que Samuel est brun et méditerranéen. C’est lui qui a permis à Samuel de faire de la chanson, plutôt que du rap sur une musique électro, tout comme la rencontre avec From a permis à Ziel de chansonner plutôt que de composer de la musique classique. Pendant dix ans depuis 2005, lauréats de Vive la reprise, d’Alors Chante, du Carrefour Chanson de Clermont-Ferrand ou Médaille d’Or de la chanson de nos voisins suisses à Saignelegier.

Et puis vient Xavier Bussy, juste arrivé à point pour donner de l’air à ce duo : ce musicien de jazz, compositeur pour le cinéma ou le documentaire, maîtrise saxophone, clarinettes et mélodica, cet instrument trop ignoré, et qui moi, me renverse, avec ce son entre accordéon et harmonica. Et quelquefois aussi, le carillon du glockenspiel, ou les frêles notes du piano jouet, pour mieux vous envoyer au ciel. Vous voyez venir la genèse d’Orly ! 

Mais chut ! Les notes de la clarinette s’élèvent dans le silence, orientalisantes, rejointes par celle du piano, debussiennes, puis le chanteur entre, impressionnant. « Méfie toi de la mer Méditerranée ». Il parle, on est saisis. Comment imaginer qu’un jour lointain, Samuel bégayait. Il lance ses mots mordants, scande, enveloppe, caresse, déchire : « Ne me demande pas pourquoooi !… »

Sa voix est autant instrument que les claviers et les vents qui lui répondent, tous fusionnent en émotion, avalent les mots pour les digérer, les pulser. De temps en temps il dit, sans musique, c’est poème sous la lumière rouge, « Nu adoré » et puis la voix s’élève dans ce Carmen qui tangue : «Je n’en peux plus de toi, je n’en veux plus de moi » , écrit pour parler des difficultés du couple qui dure : « Veux-tu être mon amie ? ». Histoire d’évacuer les colères, les impatiences, de réveiller le désir… Cousinage patent avec Lantoine, comme aussi dans « J’comprends pas… Jamais par terre, j’finis mon verre… » Ou encore dans ce final voyageur « J’avais envie de voyager tout seul tout nu sans jamais être vu ni reconnu »

Coupable d’une longue diatribe contre le virus de l’extrêmite aiguë, qui n’a pas de vaccin à l’heure à laquelle il nous parle, entraîne des courbatures cérébrales… des vomissements de mots et des troubles du comportement… voire une rhinocérite aiguë, il peut aussi faire de l’autodérision, avec d’autres maladies, cette fois-ci imaginaires. « Protégez-moi de la misère et du malheur, des microbes, des virus, des bactéries et des docteurs (…) Je suis malade, complètement malade♫♪ » L’hypocondrie entre tragédie et comédie, car telle est la vie, et la musique met en scène ces courts métrages, courtes souffrances de vie qui vous prennent au cœur. La voix s’absente parfois pour laisser toute la place à la musique, qui en raconte aussi, avec ce saxophone basse si expressif. 

Tous les textes sont de Samuel, sur les musiques de Ian, sauf un du nîmois Sébastien Clavez, alias Babas fabricant-créateur de vêtements, mais aussi dessinateur de mots, aphorismes percutants tels « Y a tellement de cons sur terre qu’on ne sait même plus si on en fait partie » ou « Ils ont fui la guerre, foutons leur la paix ». C’est une chanson d’espoir qui finit mal : « Les fleurs meurent toujours ».

La solution : L’amour tous les jours. Et chanter en chœur avec Samuel : « J’irai pas là-bas si tu n’y vas pas ». Presque un cantique soul. On n’en sort pas indemne.

 

Orly, 95 rue de la Bonneterie 04 86 34 27 27, jusqu’au dimanche 29 juillet,
c’est  à 23h20 salle 1.
Le site d’Orly / From&Ziel, c’est ici. Ce que NosEnchanteurs en a déjà dit, là.
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