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Marjolaine Piémont, à corps et à cul

Marjolaine Piémont (photos Andred)

Marjolaine Piémont (photos Andred)

Ce premier album avait été largement éventé par l’EP de cinq titres, un avant-goût, qui l’a précédé en 2016 : il nous aura juste fallu patienter plus de deux ans. Le jeu en valait la chandelle sans qu’on sache d’ailleurs qui la tient.

Y’a pas tricherie sur le produit : voici un disque qui donne à voir à l’extérieur ce qu’il est à l’intérieur. Une fois n’est pas coutume, saluons d’abord Andred, de l’atelier Démoriane, pour ces photos et cette pochette qui, mieux qu’un long discours, nous disent sinon le dedans de la dame au moins ce qu’elle nous chante dans le disque, ce qu’elle ose. D’ailleurs « C’est beau un homme à poils / C’est presque un animal / C’est chaud un homme à poils / C’est mieux qu’un chien, presque un cheval » Une fois parlé de l’emballage, qui à lui seul justifie l’investissement, parlons de ces treize chansons. En relatant récemment un de ses concerts, mon estimée consœur Catherine Laugier vous a déjà parlé de ce répertoire qui ne négocie pas ses mots, qui parle cru bien plus qu’on ne le croit. Des chansons qui ne manquent pas de corps. Des désireux, des désirables, des qui s’emboitent et se déboitent, des regroupés, des esseulés. Des en fin de parcours aussi : très belles chansons sur l’alzheimer (Vieille) et sur la mort (Parcours de santé).

Marjolaine Piémont n’y va pas avec le dos de la cuillère, plutôt avec un gant de crin à poils durs. Elle ne caresse pas, ou si peu : elle frotte et se pique au jeu. C’est qu’elle en a des choses à dire, un peu à l’unisson de cet air du temps où la parole féminine se libère : « Je lève mon verre / A ces femmes plus ou moins soumises / Pour qui le silence est plutôt de mise / Et je leur conseille aussitôt / De quitter ces hommes sans leur dire un mot ».

Composition1Donc, la femme : le fond et la forme. Même vue de l’intérieur, ce que seul son gynéco sait : « Il ordonne et je me déshabille / J’enlève tout, même mes bas résilles / Il me parle de ma beauté intérieure / Moi je le crois / C’est mon docteur ». Souvent Marjolaine varie : ici elle veut qu’on la touche, là elle s’y refuse. Prête à donner sa main mais prompte à la retirer au moment de signer le contrat de mariage.

Et l’homme ? Quand il apparait, elle le rend à son tour potiche (c’est rendre la monnaie de la pièce), il est objet. Dispensable, remplaçable. Homme ou femme, peu importe, Marjolaine veut la main de quelqu’un. Du reste, Piémont ne bise pas les hommes mais leur serre la main : « Quand ma main se pose dans la leur / J’imagine qu’ils s’en sont servis / Pour caresser leur anatomie… »

C’est une variété post-Carpentier, à la musique raffinée. Un peu comme une Hardy un peu plus hardie encore, carrément osée. Il y a certes de la concurrence sur ce segment de la chanson, mais j’ai dans l’idée que, quand même, Marjolaine Piémont a un peu d’avance.

 

Marjolaine Piémont, Sans le superflu, Cul et chemise 2019. Le site de Marjolaine Piémont, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit d’elle, c’est là.

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