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Parité mon Q : comme son nom l’indique !

Parité mon Q (photo La Manufacture chanson)

Parité mon Q (photo La Manufacture chanson)

5 mars 2019, Théâtre des Deux Anes, à Paris,

 

C’est fou ce qu’à mesure qu’une forme d’expression disparait on s’aperçoit de son impérieuse nécessité. Tenez, la chanson de cul qui, hormis des fins de banquets bien fermentés, a disparu de notre horizon chanson, comme éradiquée, je n’ose dire amputée de la chose. C’est dire comme ce récital de Parité mon Q (PMQ, l’élégance vocale) vient raviver notre plaisir autant que la libido d’une chanson souvent bien flasque derrière ses paillettes.

Ils sont sept gars : Olivier Andrys, Geoffrey Bailleul, Brice Baillon, Louis Lefebvre, Joël Legagneur, Pierre Marescaux et Benjamin Riez. Qu’on dirait notaire, instit, pharmacien, conseiller à Pôle Emploi, retraité ou que sais-je : des gens de la moyenne, habillés banal et bon marché, tous pareils. A les voir avant qu’ils ne chantent, on les prendrait pour un chœur d’hommes alors qu’ils ne sont que corps d’hommes, alibi et libido.

« Oh ce soir tu vas prendre / Oui tu vas prendre / Comme si je sortais de prison / Après 20 ans de réclusion… » (chanson de Max Boublil). Oh, pour prendre, on va comprendre : la soirée ira de mâle en pine. Mais, informés, nous ne sommes venus que pour ça, pour cette chanson qui fièrement se redresse, pour le goût sucré-salé de l’interdit qu’on transgresse, pour ces mots salaces que discrètement on se met en bouche en même temps que ces patentés pornographes pris la main dans la culotte.

« Ah ! ah ! ah ! / Ah, la salope / Va laver ton cul malpropre / Car il n’est pas propre ». Avec grande science de l’art de la polyphonie, avec une chorégraphie certes étriquée dans cette petite scène, nos sept héros vont surenchérir dans l’énorme : à baiser, à bourrer, à se cogner, se polir le chinois, taquiner la muse plus que nécessaire, la faire jouir. Et nous de branler du chef.

Le répertoire de ce soir n’a rien de surprenant : beaucoup des chansons sont archi-connues, comme Mon père me donne cent sous ou Un dimanche matin (« C’est la java, trou du cul, la bite à papa… »). Les seules et notables différences sont l’interprétation, réglée pile poil, pas ménopausée. Et, même si c’est a capella, l’orchestration, docte, savante, ordonnée. Parfois, souvent même, en troquant à la mélodie d’origine une autre, sage ou saugrenue, toujours bien venue, décalée, intelligente. Mine de rien ça vous régénère les cellules, vous fouette les flagelles. Et favorise comme il faut le tonus nécessaire. Tiens, comme avec cette ritournelle d’anthologie qu’ils reprennent en leitmotiv sur tous les tons : « Un dimanche matin / Avec ma putain / Sur ma mobylette / Je lui mets la main / Entre les deux seins / Direction quéquette ». Par sept fois, chacun à son tour ira de sa version musicale, l’un rock, l’autre baroque, l’un variétoche, les autres jazz, reggae, folk… Un rare festival, hilarant comme rarement. Et un talent fou. Qui osera dire ensuite que les intermittents n’en branlent pas une ?

Bite, queue, pine, dard, vit, engin, quéquette, zob, nœud et que sais-je encore. De toutes les tailles, toutes les ardeurs. Mais aussi vagin, clitoris, chatte… Mais moins. Même si nos pitres du cul reprennent avec soin (s’en pourlèchent même) Les Nuits d’une demoiselle (jolie pirouette, c’est la version concoctée par Jeanne Cherhal qu’ils nous font), même si de ci de là, cahin-caha, ils chantent le « petit bourgeon dans son buisson », « l’écrin d’une huitre soyeuse », l’égalité n’y est pas : parité ? mon Q ! Frustration pour les amoureux de la chanson et gynécologues amateurs que nous sommes, certains d’aller fouiller à notre tour dans les recueils de chansons de corps de garde pour s’enquérir de toutes merveilles du répertoire et d’y découvrir d’autres chattes, fentes, cons ou connasses, moules et cramouilles, trous et sanctuaires bordés de notes, de quoi poursuivre la chanson, nous enchanter.

 

Le site de Parité mon Q, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit d’eux, c’est là (très bel article de Franck Halimi). Jusqu’au 30 avril 2019 aux Deux Anes (se renseigner sur les jours et horaires).

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