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Soan, les muses veillent sur lui

©Estelle Smikie

©Estelle Smikie

Soan aurait pu se contenter de faire une compilation de ses succès pour ses dix ans de chanson. C’est mal le connaître, il a préféré réenregistrer entièrement treize chansons des cinq albums de sa discographie, ponctués de quatre interludes – clins d’œil latinos ou western ( Chœurs de Bo Poncho ou voix langoureuse de La belle de Cadix…). Auxquels il a rajouté cinq inédits récemment écrits, et une chanson de Tryo d’abord enregistrée seule, A l’ancienne, message volontairement fédérateur et dansant, à chanter en se tenant par les bras, et son public aura bien envie de le lui dire, qu’il l’aime, à l’ancienne.

L’album, un beau cadeau d’une heure, fait la part belle aux deux premières productions de l’artiste, en reprenant quatre chansons de Tant pis (2009) et cinq de Sous les yeux de Sophie (2012). On retrouvera avec bonheur, cette fois-ci  au piano de David Haddjaj les mythiques Emily, toute en notes légères, et Putain de ballerine, réinterprétées avec une voix déchirante à la diction parfaite, brélienne, poignante, virant à la valse tragique, en petites notes qui semblent faire tourner à l’infini des chaussons rouges. Même ambiance avec ce Petit cadeau issu de Retourné vivre, qui finissait en reggae dans la version d’origine. Ici, en solo, introduit par un mélodieux sifflement, il atteint des sommets d’émotion, soutenu en mitan par un chœur profond, sur le seul piano qui s’émancipe au final, concluant l’album en beauté…
Autre réussite, A la fin, issu du même album, simplement accompagné de guitare, dans une version pure, dépouillée, est chantée en rage douce mais encore plus vibrante : « Je suis Voltaire / Voltaire ou bien Volta / Voltige ou bien vole pas / Dis moi para le militaire / Veulent ils qu’on en soit / Et veulent-ils de moi ».
 Les trois autres albums fournissent chacun un titre, deux pour Retourné vivre. Le tout dans des versions à la fois épurées et enrichies, très libres, très efficaces. Saluons les arrangements d’Antoine Halet également aux guitares et programmations.

Après le côté face de Soan, la chanson, on alterne avec le côté pile, très rock, comme Séquelles qui se voit actualisée, « On s’emmerde, une fois désemmusé » devenu « une fois macronisés », ou De mémoire d’enfant. On y trouve des sonorités lyriques, avec toujours ce doute de soi : « Sous l ‘étincelle étonne-moi / A tire d’aile, à vol de rat / A pas d’oiseau sur l’arc-en-ciel ». Des confidences de grand enfant perdu dans ses ecchymoses, sur fond de guitares et de percussions légères, abandonnant l’accordéon d’origine – parions que ce Dam didam sera repris en chœur et encore. Et des fanfares cuivrées, quand la voix s’éraille dans des ambiances western s’il ne se passe rien, ou de nuits parisiennes, atmosphère gothique et  amours de hyènes.

Drosophile, mine de rien chanson pivot de l’album, est la chanson qui s’est le plus métamorphosée.  D’un récit un peu emphatique sur un fond musical lyrique – si on prête attention aux paroles c’est un questionnement sur les sources de l’inspiration, dont certains vers sont quasi hugoliens: « Pourtant des images me viennent et la muse est légère / J’attends les sabots sur la pierre / un pur-sang dans les plaines / Que je croyais monter à cru jusque dans mes vers » – elle se mue en opus punk-rock-électro cuivré.  Avec un débit digne des plus beaux flows rap, un rythme récurrent, et des onomatopées style bulles-BD, dignes du Gainsbourg de 1968, sur les vers les plus « Oulipo ».
C’est dans cette veine surréaliste qu’ont été écrites récemment les nouvelles chansons de l’album, comme Erratum, avec ses trouvailles textuelles : « Garde la bouche au savon, mais bulle-moi / Quelle mandibule à deux pardons / Ma bouche à toi » ou Fée clochette : « Sous les tropiques de ciment / Je goutte à goutte assis sur mon tapis volant », son urgence et ses belles variations de rythme.
Pacifier, seul titre anglais de l’album avec le jeune chanteur-guitariste Baptiste Ventadour témoigne des envies de Soan de se produire en groupe.
Les deux premiers titres de l’album, que nous vous avons déjà présentés en chanson du jour, ont une veine poétique sombre, mêlant réquisitoire politique et mélancolie.

A Soan qui passe son temps à douter de lui, en raison pour l’essentiel des difficultés des artistes lorsqu’ils ne sont pas formatés commercial, nous voudrions dire d’écouter son public et de rester lui-même, s’il le peut. Toujours en recherche, toujours en progrès.

 

Soan, Dix ans de cavale, Wagram music One hot minute, cofinancé, 2019.

La page facebook de Soan c’est iciCe que NosEnchanteurs en a déjà dit c’est là.

Soan est en tournée de concerts, le samedi 30 mars à Les Bordes sur Arize (09), vendredi 19 avril à Dinard (35),  samedi 20 avril à Cabourg (14).

 

Nouveau clip plein de dérision sur notre époque, et d’amour quand même, A l’ancienne
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Fée clochette, audio
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A la fin, audio
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4 Réponses à Soan, les muses veillent sur lui

  1. MAJEWSKI 29 mars 2019 à 12 h 50 min

    Quel bel article pour un magnifique artiste ! À découvrir en concert, que d’émotions !

    Répondre
  2. Cathy Morival 29 mars 2019 à 17 h 30 min

    Merci pour ce très bel article, un plaisir a lire :)

    Répondre
  3. mictis 29 mars 2019 à 23 h 55 min

    Vous avez très bien décrit cet album : ce que je viens de lire correspond tout à fait à mon propre ressenti.
    Et je ne peux qu’encourager tous vos lecteurs à écouter cet album et à aller voir l’artiste Soan sur scène.

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  4. Mazeppa15 1 avril 2019 à 15 h 34 min

    Très bel article. J’apprécie beaucoup ce nouvel album. Certaines réorchestrations (comme celle de Dosophile) sont surprenantes et extra… et que dire des mélodies au piano, toutes en légèreté… Un régal !

    Répondre

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