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Odalva, et le temps s’arrête enfin…

Odalva (photo non créditée)

Odalva (photo de presse non créditée)

Aix-en-Provence, Le Patio, 16 février 2019,

 

Ne vous y trompez pas. Si le duo Odalva est tout neuf (il naît officiellement en 2017), ceux qui le composent ne sont pas nés de la dernière pluie. On sait, en venant voir ce concert-là dans la petite salle aixoise du Patio, que c’est du beau et solide travail d’artistes confirmés. On les a vus dans les Thénardier (trio de chansons néo-réalistes), le spectacle musical Lethé, Balagan (chansons du monde) ; on les voit encore avec les Georges (revisitent Brassens), Fargo (trio de chansons folk), les Zèbres (spectacle et magie)… N’en jetez plus, vous le voyez, voilà un groupe qui a plus d’une corde à sa guitare !

Alors, Odalva c’est qui, c’est quoi ? De la belle chanson avant tout, celle qui se frotte à la ville et au quotidien, celle qui nous parle des vrais gens et de la terre, celle qui nous raconte la vie d’ici et la vie à deux, celle qui joue avec les mots et les sons… Et c’est bien plus encore. Parce que Manon Maurin et Norbert Gauthier ont le charme indicible de ceux qui ont la poésie et l’amour des gens en eux, la beauté de ceux qui n’en jouent pas et qui donnent sans compter. Ce que dit Norbert ? « Mes chansons sont comme le regard de l’ethnologue, je me sens le témoin d’une réalité que je raconte », une réalité qu’ils transcendent, poétisent avec bonheur, avec l’assurance tranquille (et communicative) de ceux qui sont bien sur leur chemin.

Sur scène, ce sont ces mots-là qui nous attrapent, fluides « comme la pluie qui court sans faire de bruit » du Secret« la vie coule, coule, comme un sablier ». Les deux belles voix, cristalline pour Manon, bien timbrée pour Norbert (et c’est juste pour vous donner une p’tite idée, les superlatifs ne manqueraient pas) s’emmêlent avec légèreté, caracolent ensemble de chanson en chanson. Manon au métallophone et à la guitare, présence mutine jouant avec celle plus rugueuse de Norbert aux guitares. Les chansons, c’est souvent lui qui les écrit, textes et musiques, mais pas que, Manon signant également plusieurs chansons sur ce récital.

Original. Lumineux. Ce sont les mots qui viennent en les écoutant. Ce n’est pas ce duo-là qu’on va mettre dans une petite case, eux qui peuvent à la fois s’inspirer de la ville et de la nature, où leur belle cabane fut visitée par la corneille qui leur a donné leur nom (il faut des mythes !).

Alors, ils peuvent tout aussi bien chanter  Marseille« Des sacs plastiques pleuvent / Dans les platanes  » que se faire chamanes de la terre avec Une planète entière et ses mots enchantés «  La surface de mon eau / Pourrait bien te troubler / La danse d’un ruisseau / Est endiablée ». Retour à une vie proche de l’autre et de la nature, où Dans un jardin est un hymne à la simplicité nécessaire, « Il y a un puits, de l’eau fraîche, quelques arbres (…) Juste le ciel au dessous des frontières », havre de paix au milieu de l’agitation des hommes. Voilà, On est bien, et l’invitation est là, qui nous incite à mettre de la beauté et du rêve dans le regard, parce que « Dans le quartier il y a trois arbres, c’est la forêt équatoriale », et d’ailleurs « Pas la peine d’aller à Venise juste derrière nous coule le canal » ! Le temps ? C’est tellement relatif, finalement ; et on va faire ce qu’on peut, Pendant qu’on marche vers la mer, et « s’arrêter quand même / Pour boire aux fontaines », car « Qui pourrait empêcher la terre de trembler ? / Qui pourrait empêcher la mer de monter ? ».

(dessin Lilie Pinot)

(dessin Lilie Pinot)

Face à ce monde moderne des Machines, ne resterait-il qu’à faire des chansons ? « Je vois des drones » disent-ils, « Je vois des milliers d’automates qui courent, courent / Dans la cour des miracles » et le cœur se serre à la fin de la chanson, car « Avant le ciel était turquoise / La mer jouait à faire des vagues », un monde qui disparaît avec le silence des oiseaux… Et comme Léa, on pourrait être invités à une autre vie, Léa qui « S’abandonne au creux du temps / Elle ne sait pas ce qui l’attend / Et ça l’enchante ». Artistes engagés ? Oui, ils le sont, non poing levé (encore que ! la révolutionnaire Sans la nommer a pu très bien leur aller !) mais en emmenant de belles valeurs dans leurs chansons. Mais aussi dans leur vie -on le sait- en amenant depuis longtemps la musique au cœur de quartiers ou de lieux isolés, à la rencontre d’autres personnes que celles venant dans les salles de concert, avec la belle association de « La Grande Famille ». Alors, engagés certes, mais comment dire, rien n’est asséné, rien ne pèse dans ces chansons. Ils nous montrent un chemin de liberté et de vie, et déjà des étoiles nous viennent aux yeux, déjà une envie de grands espaces nous traverse, comme la Dalva de Jim Harrison auquel leur nom fait penser…

Un petit vent de folie douce traverse d’ailleurs le récital ! Voilà que les protagonistes de Dans ma famille débarquent sur scène, où le talent de comédien de Norbert Gauthier font vivre des liens filiaux très particuliers, humour noir réjouissant en prime ! Arrive Lily sur son vélo, quatre épisodes scandés, quatre clins d’œil au public qui ponctuent le concert en fil rouge, créent la surprise et le rire complice, légère poésie virevoltante que la belle voix de Norbert nous offre… Il ne s’agirait pas qu’on s’endorme ! Ces jeux de mots savoureux nous bousculent un peu, viennent nous chercher, nous éveillent à d’autres perspectives « Si dans chaque goutte d’eau il ya l’océan, dans chacune de nos cellules qu’y a-t-il ? Des Aliens en parachutes ? Des mitochondries ventriloques ? Des caniches en calbut ? Des canards en camtar ? » La musique est là au cœur des mots, dans le rythme la voix et les yeux qui nous attrapent, dans une phrase qui y joue avec l’autre, comme pour Continuer d’avancer, plus âpre mais aussi touchant « Je veux descendre en riant la tyrolienne du quotidien et danser avec les fantômes du passé. Sans pitié je tordrai le cou à l’indifférence et je tendrai l’oreille aux petits moments qui semblent ne rien vouloir dire ».

S’il y avait un message dans ce récital, ça serait celui de s’arrêter enfin, de regarder, de prendre le temps. De regarder l’autre dans ce qu’il est, à travers ces personnages qui sont aussi ceux de la vraie vie. Ce serait celui de rester éveillé, d’apprendre à se poser là, pour être tout simplement. Une leçon de vie ? Aucunement, ce n’est pas le genre de la maison ; voilà avec eux un autre chemin qui s’ouvre pour nous, et c’est un beau tour de force que d’offrir sur scène ce regard-là en chansons et en mots !

 

Le site de Odalva, c’est ici ; leur premier album bientôt disponible et en prévente sur Ulule, c’est là. En concert le 10 mai à Marseille (Casa Consolat), le 11 à Draguignan (Café inventé), le 17 à Aix-en-Provence (Cave aux artistes du Hublot), le 15 juin au Festival « Sens Dessus Dessous » de Mallemort (13) et du 5 au 28 juillet au Festival Off d’Avignon (Atypik Théâtre). Toutes les dates de Odalva sont ici. Le Blog de La Grande Famille, c’est là

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Une réponse à Odalva, et le temps s’arrête enfin…

  1. Martine Scozzesi 11 avril 2019 à 6 h 10 min

    Quel bel article pour ces 2 là que j aime aussi pour leurs personnes et leur talent.
    Bel article amplement mérité.
    Allez les voir ! Ils vous embarqueront !
    Merci Anne !
    Merci Manon et Norbert. Hâte d écouter l album.

    Répondre

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