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Lise Martin, intemporelle et solaire…

Lise Martin (photo David Desreumaux/Hexagone)

Lise Martin (photo David Desreumaux/Hexagone)

Ceci n’est pas un CD. Ceci est un compagnon de route, voire un compagnon de vie, si vous aimez vous aussi plonger dans des mots parfois tourmentés. On avait eu l’année dernière sur scène à Barjac ou à Venelles un bel aperçu des dernières chansons, et on avait hâte d’écouter ce nouvel opus, tout frais sorti des presses. Il faut dire que ça volait déjà haut après le double Déments Songes (2014) et Gare des silences (2010) qui, on doit bien l’avouer, ne rejoignent guère les étagères, toujours prêts à l’écoute sans se lasser. On y entend déjà cette voix ample et vibrante, inclassable, au reflet presque métallique lui offrant sans réserve tous les répertoires.

Cheminement, disais-je ? Oui, et c’est sur celui de la transformation que nous emmène Lise Martin, peut-être la sienne, nous n’en lancerons pas l’hypothèse. Mais on y devine au fil des chansons celle qui s’affirme « Je ne peux pas te tenir droit / Je ne peux pas danser pour toi » en laissant avec Tes ailes le soin à l’autre de « saisir la seconde chance / Avant que tout ne se gâche », celle qui regarde lucide l’amant d’un temps dans Petite bohème où « J’inventais des printemps / Que nous ne verrions pas / C’était sans importance / Je le savais déjà », celle qui donne une épaule une oreille un sourire une main… et reçoit en retour La force des forêts. La relation et ce qu’on y vit, avec l’autre et avec soi, est en filigrane de Persona qui se veut « interroger la partie visible et audible du rôle que chacun joue pour trouver sa place dans le monde, explorant les fêlures, les espoirs, les engagements et les joies de différents moments de la vie ». Ainsi est présenté le nouvel album, où on retrouve ce qui ponctuait déjà les albums précédents, les manques et les blessures, les murs et les orages, les vertiges et les dérives, les espoirs qui s’envolent, le temps qui creuse… mais aussi la sensation d’une légèreté, d’un apaisement, d’un monde qui s’ouvre, de cette place qui se trouve. Serait-ce cette photo solaire sur la couverture, d’une Lise Martin au visage serein comme caressé d’une douce lumière, qui nous inspire et nous influence ? On y voit le reflet de « Laver les zones d’ombre / Jeter ce qui encombre / Pour trouver du nouveau » pour repartir A zéro… ou pour reprendre le beau texte de Rémo Gary dans le titre qui ouvre l’album Je rebondis, « Comme par hasard / J’ai le cœur qui s’arrondit » fait écho à une vie qui trouve un nouveau sens.

Face-album-Lise-martin-2-768x768C’est un sillon qu’on creuse, un univers qui continue à s’ouvrir pour nous, celui d’une poésie des mots magnifiée par une voix absolument maîtrisée, celui de notes qui s’enrichissent d’album en album. On prendra le temps de tendre l’oreille pour saisir toute la subtilité des beaux arrangements de Daniel Mizrahi… Nous passons d’une ambiance rock avec Lignes cicatrices, pour danser avec Petite bohème une musique plus festive, en revenant avec Barge, Ophélie ou Plume sur des rythmes inspirés des chansons traditionnelles à répétition. Ce qui marque le plus sans doute à l’écoute, c’est à quel point cette chanson de l’intime prend une autre dimension, à la fois proche et légère, quand elle se pare d’accents folk. Une petite surprise nous attend d’ailleurs en fin d’album : un joli duo avec Lizzie, les deux voix se complétant merveilleusement pour une entraînante et pourtant sad chanson en anglais Song of the rain. Imaginez… Vous partez en vacances, le vent dans les cheveux et la douce voix de Lise Martin, étonnante de puissance, qui nous parle de la seule chose qui fait vraiment tourner le monde, l’amour… Grâce à elle, la nostalgie en devient d’un coup infiniment moderne, nous touche dans ce qui nous a façonné, ce qui nous a nous-mêmes transformés, les rencontres, les personnes et même un oiseau frère de bataille, frère de Rabhi bien probablement « Goutte d’eau sur un feu de paille / Chante encore, chante encore ».

C’est bien ce qu’on aurait envie de lui dire « Chante encore ! ». Parce qu’il nous faut ces chansons-là pour nous consoler de la dureté du monde, parce qu’il nous faut ces chansons-là pour « conjurer la peur du vide » et réapprendre l’espoir. Si un jour, c’est ce monde qu’elle met en chansons, nul doute qu’il prendra alors un relief tout particulier.

 

 Lise Martin, Persona, autoproduit 2019. Le site de Lise Martin, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs en a déjà dit, c’est là.  Prochains concerts le 25 mai à Romorantin (41), les 5 et 6 juin au Forum Léo Ferré à Ivry-sur-Seine (94) et le 15 juin à Maravat (32).

Ce CD ne vient pas seul au monde, ce sont là des triplés qui arrivent : naissent aussi un épais livret des paroles des trois albums Mes mots, délicatement orné des dessins de l’auteure (sa première expression artistique), et qui sera suivi dans peu de temps de Mes notes, un travail de longue haleine qui ravira tous les musiciens amateurs de belles reprises.

Sacha

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