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Ivan Tirtiaux, comme un parfum d’éternité

Ivan Tirtiaux (détail de la pochette de son nouvel album)

Ivan Tirtiaux (détail de la pochette de son nouvel album)

En musique, le nom « Oasis » évoque avant tout un groupe de pop-rock anglais, aussi célèbre pour ses chansons que pour ses bisbrouilles intestines. Pour les amateurs de grandes mélodies, on peut y ajouter la pub enjouée pour un jus de fruit, remarquablement interprétée par feu Carlos. Peut-être le moment est-il venu d’élargir notre cercle de références. L’Oasis, c’est en effet le nom du nouvel album d’Ivan Tirtiaux, cinq ans après son premier et prometteur Envol. Comme cet opus a tout pour devenir un classique intemporel, rien n’interdit de rêver et de croire à sa future notoriété. Chiche ?

LE CONCERT . Liège, L’An Vert, 1er juin 2019   C’est en trio qu’Ivan Tirtiaux est venu présenter son nouvel album aux Liégeois. S’accompagnant à la guitare – et en piano-solo pour un seul morceau - , il s’est excellemment entouré de Mathieu Verkaeren, maître imperturbable ès contrebasse, à la rythmique solide et rassurante, et de Nyllo Canela, percussionniste aussi fou que brésilien, sosie d’Eric Judor, qui assure le show derrière ses multiples instruments (tambourins, pandeiros, surdos et autres caxixis… On m’a soufflé les noms !). Sept des huit chansons de l’album nous ont été interprétées, mêlées aux titres plus anciens. Dans leur version scénique, elles gagnent en énergie ce qu’elles perdent en contemplation. Le grand Lustucru, par exemple, devient une berceuse effrayante dotée d’effets sonores amusants, tandis que Dans la poitrine, chantée d’une voix déformée sur un rythme tribal, voit sa dimension dramatique accentuée. Les chansons du 1er disque (Charlatan, La course du soleil, Présage…) se dopent quant à elles aux rythmes brésiliens, digne prolongation scénique de la douceur estivale qui régnait sur Liège ce soir-là. La complicité des trois comparses est palpable et le plaisir qu’ils prennent à se produire devant nous a vite gagné l’assemblée, qui ne s’est pas fait prier pour chanter en choeur le refrain de Pourquoi remettre à demain ? Ce fut le point d’orgue d’une belle soirée, où paroles et musiques ont fait jeu égal. On en redemande. (photo Lara Herbinia)

LE CONCERT
.
Liège, L’An Vert, 1er juin 2019
C’est en trio qu’Ivan Tirtiaux est venu présenter son nouvel album aux Liégeois. S’accompagnant à la guitare – et en piano-solo pour un seul morceau – , il s’est excellemment entouré de Mathieu Verkaeren, maître imperturbable ès contrebasse, à la rythmique solide et rassurante, et de Nyllo Canela, percussionniste aussi fou que brésilien, sosie d’Eric Judor, qui assure le show derrière ses multiples instruments (tambourins, pandeiros, surdos et autres caxixis… On m’a soufflé les noms !).
Sept des huit chansons de l’album nous ont été interprétées, mêlées aux titres plus anciens. Dans leur version scénique, elles gagnent en énergie ce qu’elles perdent en contemplation. Le grand Lustucru, par exemple, devient une berceuse effrayante dotée d’effets sonores amusants, tandis que Dans la poitrine, chantée d’une voix déformée sur un rythme tribal, voit sa dimension dramatique accentuée. Les chansons du 1er disque (Charlatan, La course du soleil, Présage…) se dopent quant à elles aux rythmes brésiliens, digne prolongation scénique de la douceur estivale qui régnait sur Liège ce soir-là.
La complicité des trois comparses est palpable et le plaisir qu’ils prennent à se produire devant nous a vite gagné l’assemblée, qui ne s’est pas fait prier pour chanter en choeur le refrain de Pourquoi remettre à demain ? Ce fut le point d’orgue d’une belle soirée, où paroles et musiques ont fait jeu égal. On en redemande.
(photo Lara Herbinia)

L’Oasis est un album court. Huit chansons le composent, dont deux reprises : l’indémodable Pauvre Martin de Georges Brassens et le plus rare Grand Lustucru, signé Kurt Weil et Jacques Deval. Donc, seulement six nouvelles chansons signées, paroles et musique, par Ivan Tirtiaux. L’homme prend son temps, en véritable artisan qu’il est. Le temps de peaufiner son œuvre, de ciseler les arrangements, de rassembler les fonds aussi – comme pour nombre de ses confrères, le disque est autoproduit er financé en partie par crowdfunding -, de l’enregistrer à son rythme … Le résultat brillant a certes peu de chance d’encombrer les playlists des radios commerciales, mais il préserve son originalité et son indépendance. Ivan Tirtiaux creuse son sillon sans se soucier de l’air éphémère du temps.

Caillou ouvre le disque. Long morceau de plus de cinq minutes, doté d’un texte si peu disert qu’il en est quasi instrumental, il dessine d’emblée le décor sonore. Du folk aux accents bluesy, où les guitares prédominent, mises en valeur par des percussions subtiles et un synthé discret. Le chanteur à la diction parfaite y pose sa voix légèrement traînante, éraillée juste ce qu’il faut, sans effets de manche ni fioritures inutiles. Le tout au service de l’histoire simplement poétique d’un amoureux transi, prêt à se changer en pierre pour demeurer auprès de sa belle indifférente. Peut-on rêver plus belle entrée en matière ?

C’est la chanson-titre qui lui succède. Une tendre esquisse de son grand-père, jardinier émérite cultivateur de rosiers. Un artiste à sa manière : Le cœur, la main toujours à l’ouvrage / Entre les greffes, les coups de râteau / Une taille puis l’ultime arrosage / Comme un peintre trempe ses pinceaux. Un hommage à la beauté fragile du monde et à ceux qui nous la transmettent.

L-oasisCitons encore La plage, dont l’ouverture laisse imaginer un joyeux départ en vacances. Mais la mer à traverser n’est guère amicale et la villégiature sera de courte durée : Alignés sur le sable tranquille / Tous n’ont pas la même chance. Pudeur et émotion s’allient pour chanter le sort des migrants…

Les trois derniers morceaux ne déméritent pas : Dans la poitrine est un cri de libération (Montre-toi la bête / On se connaît depuis longtemps), La ruade une parabole sur la tyrannie et la révolte qui gronde, tandis que Réveil ferme la marche sur ces mots d’espoir : Je suis vivant !

L’oasis est un bel ensemble de chansons poétiques. Pas de celles qui donnent envie de claquer des doigts ou de taper du pied. Plutôt de celles qu’on écoute dans la quiétude, disposé à se laisser emporter par un flot tranquille et majestueux. Le dictionnaire définit l’oasis comme une « zone de végétation isolée dans un désert, créée et entretenue par l’homme ». On ne pourrait donner meilleure description de l’album d’Ivan Tirtiaux.

 

Ivan Tirtiaux, L’oasis, Le Furieux, 2019. Le site d’Ivan Tirtiaux, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est làIvan Tirtiaux se produit en quintet à Paris, au Studio de l’Ermitage, en co-plateau avec Wladimir Anselme, ce mercredi 5 juin 2019. Encore meilleur qu’en trio, assurément. Parisiens, vous êtes vernis.

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