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Tout roule pour Boule

Boule (photo non créditée tirée de son site)

Boule (photo non créditée tirée de son site)

Que suggère le nom de « Boule » ? Puisque nous sommes en bonne compagnie sur NosEnchanteurs, passons outre les acceptions sexuelles du terme, qu’il s’agisse au féminin pluriel de désigner la partie basse de l’organe reproducteur masculin, ou au masculin singulier le noble tronçon de l’anatomie des filles jadis vanté par Pierre Perret. En art, le mot évoque bien évidemment le gamin de bédé qu’accompagne un cocker facétieux. Ajoutons-y dorénavant le nom de scène de Cédrik Boulard, chanteur rouennais visible depuis quelques années sur toutes les scènes de France et de Navarre.

L’occasion nous est donnée de faire plus amplement connaissance avec l’artiste par le biais de son deuxième album, au titre stupéfiant. Saviez-vous en effet que le mot « avion » est en réalité un acronyme, formé des premières lettres d’Appareil Volant Imitant l’Oiseau Naturel ? Une jolie trouvaille à l’appui d’une belle chanson d’amour ou d’amitié, interprétée en duo avec Jeanne Rochette, qui s’interroge sur le sens de la vie et les valeurs qui la sous-tendent : As-tu voyagé tout autour du globe / Caressé la peau de toutes les couleurs / Ou tout simplement trouvé un bon job / Afin de payer tes anti-douleurs ?

Fausse naïveté et saine colère s’entrecroisent tout au long des onze chansons du disque. Welcome in Hippopotamie est un pamphlet acerbe sur notre monde de surconsommation (Welcome in bourrelet sous les bras / Chaque jour est un mardi gras), à fois symbole de décadence et de puissance (Avec nos menus XXL / C’est nous qu’on tire les ficelles). Comme en écho y répond Le lierre et la ronce (paroles de Richard Destandau), parabole sur la médiocrité triomphante : Le platane semble nain / Il est rabougri / Et le marronnier se plaint / D’être enseveli / Le lierre les a pris / La ronce envahit. Tandis que s’épanouit Le livreur de méthane (A la bibliothèque / Et même au cinéma / Je mets en hypothèque / L’avenir du climat) ou que la beauté du monde se heurte à l’indifférence des mangeurs de pizzas (Tu me dis de ton air joufflu / Les oiseaux c’est du superflu / Toi ce que tu aimes c’est bouffer des pizzas).

123494867_oOn découvrira par ailleurs, avec son Ours polaire, un autoportrait assumé. Avec ses aspects touchants (J’ai gardé un pied dans l’enfance) ou insolites (Je suis né sous une bonne étoile / Une étoile qui zozote un peu / Au creux de la main, j’ai du poil / Et dessus ma langue, un cheveu). Tableau complété par Je prends le temps, où l’artiste – à moins que tout ne soit inventé ? – nous révèle son indifférence à la ponctualité : Je ne suis jamais désolé / De t’avoir posé un lapin / C’est sûrement que j’ai rigolé / Que j’ai croisé un vieux copain.

Si le sourire est de mise tout au long de l’album, il n’empêche pas la mort de rôder, inéluctable : On mène sa vie en bateau / Intelligent à l’humour fin / Ou con comme une pelle à gâteau / Tout le monde y meurt à la fin. C’est que, sans faire preuve de désespoir à outrance, Boule n’a plus guère de foi en l’humain. Subsiste heureusement l’amitié, celle qui t’unit à ton pote d’enfance, Franckie (chanson qu’à tous les coups, le chanteur a écrite en ayant la musique d’En cloque en tête, qu’il cite d’ailleurs en guise de clin d’œil pour les avertis). Et plutôt que croire en une hypothétique réincarnation (Je reviendrai dans les racines / Du pissenlit de l’herbe folle / Dans le jaune de l’étamine / Ou d’une fleur de tournesol), l’artiste lucide compte plutôt sur la force de ses chansons pour rester dans la mémoire de quelques-uns : Je reviendrai dans vos sourires / Et vos mémoires par-dessus tout / Grâce à vous je n’vais pas mourir / Vous êtes mon meilleur atout. Quel plus bel hommage rendre à son public ?

Si vous aimez François Morel, Pierre Vassiliu, Ricet Barrier, Renaud ou tout autre descendant de Brassens, vous serez aisément conquis par A.V.I.O.N. Des paroles amusantes et bien tournées qui n’oublient pas de nous dire des choses, des musiques simples en apparence mais accrocheuses en diable, une personnalité attachante, un répertoire qui fait du bien… Qu’on se le dise : y’a Boule qui déboule et c’est de la balle !

 

Boule, Appareil Volant Imitant l’Oiseau Naturel, Cholbiz – L’Autre Distribution, 2019. Le site de Boule, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est là.

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