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Ivo Livi ou le destin d’Yves Montand, de Bella Ciao au Chat de la voisine

Ivo livi à Bouc Bel Air octobre 2019 ©Gycéel

Ivo livi à Bouc Bel Air, octobre 2019 ©Gycéel

1er octobre 2019, salle des Terres Blanches, Bouc-Bel-Air,

 

Classé Molière de l’année en 2017 dans la catégorie « Meilleur spectacle musical », Ivo Livi ou le destin d’Yves Montand retrace l’exception-nelle carrière d’Yves Montand, né en 1921 à Monsummano Terme en Toscane dans une famille modeste, communiste, de paysans sous le régime Mussolinien. Il est le troisième de la fratrie, sa sœur aînée, Lidia (Lydia) jouera un grand rôle dans sa vie.

Curieusement la pièce commence par la scène finale de sa vie, sa crise cardiaque, à 70 ans, lors du tournage de son dernier film, IP5, le 9 novembre 1995. Pour que la vie soit plus forte que la mort, Cristos Mitropoulos et Ali Bougheraba, les co-auteurs et acteurs aussi dans la pièce, ont choisi de nous montrer que la mort n’est rien quand on a une belle vie, un beau destin. N’hésitant pas à rappeler : « Ben tu vois tous les spectateurs, ils vont tous mourir ».

Ivo Livi ©Gycéel 15-_DSC4014Tout au long de la pièce les artistes s’attacheront à mélanger le drame et la comédie, le rire et l’émotion, à ironiser sur le régime fasciste ou sur le communiste, sur l’amour ou la jalousie, la paresse ou l’ambition, les petites lâchetés et les grands courages ; l’humanité, quoi. Ils n’hésiteront pas à se moquer de la misère, de la mort et des a priori : Livi, c’est pas un peu juif ça ? Le fait est que l’on soupçonna à tort les Livi d’être juifs, mais un des meilleurs copains d’Yves, un certain Levy, ne revint pas des camps…

Les acteurs n’ont pas de rôle attribué, et chacun des hommes jouera à tour de rôle Ivo, depuis le plus corpulent, Cristos, jusqu’à Jean-Marc Michangeli, qui a plus la taille et la ligne d’Ivo, c’est lui le mourant de la première scène (il joue en alternance avec Ali), en passant par le plus jeune, Matthieu Brugot et sa gueule de BG, qui ne jouera pas systématiquement Yves Montand jeune. Olivier Célac, l’accordéoniste virtuose, assure la partie musicale et ses arrangements, et l’unité de la pièce. Camille Favre-Bulle, qui porte bien son nom, est la pétillante figure féminine, qui joue donc tous les rôles féminins, mais pas que, de Giuseppina la mère, beauté au fort caractère, à Lydia la sœur, aussi forte et tendre que sa mère, en passant par Edith Piaf et Simone Signoret. C’est elle la chorégraphe de la pièce, aussi à l’aise dans le chant lyrique que la danse, les claquettes ou le cinéma, femme tout à fait charismatique. La polyvalence des comédiens, les changements de rôle et d’époques, avec les flash-backs, ou les retours vers un futur qui nous est devenu antérieur, donnent beaucoup de rythme à la pièce.

Ivo Livi ©Gycéel 09-_DSC3988On passe de l’ambiance tragicomique de la période italienne, « O Bella ciao, ciao, ciao… » où la misère conduit « à manger des galettes de terre », avec la scène grandguignolesque de l’accouchement (à prononcer d’une voix pathétique), aux tribulations vers (« Trois kilomètres à pied, ça use, ça use… ») et dans Marseille.
La lutte des petites gens pour survivre, en concurrence avec les autres migrants italiens, ou les locaux, se fait malgré tout dans la bonne humeur et une ambiance pagnolesque : de la petite fabrique de balais au Salon de coiffure -  dans le garage – de Lydia la grande sœur, des cinémas de quartier où le jeune Ivo rêve de Fred Astair – Beau numéro de danse avec
« Cheek to cheek » - , du cours de chant de madame Francelli aux petits cafés concerts, des rencontres qui vous changent la vie : Francis Trottebas, alias Berlingot (imprésario-chanteur-danseur),  Hubert Melone, alias Charles Humel, l’auteur-compositeur aveugle qui lui écrit Dans les plaines du Far-West, son premier vrai succès, puis enfin d’Emile Audiffred qui le fera passer du petit café de quartier – avec les imitations de Trenet, Chevalier, Fernandel : B-a-ba-er-en-a – bé-nabé - à l’Alcazar .
Et de Ivo Livi à Yves Montand (
Ivo ! Monta !).

Ivo Livi ©Gycéel 25-_DSC4057Après la montée à Paris, la rencontre d’Edith Piaf, pas chaude au début, puis… La vie en rose ! Qui fera de lui un grand chanteur, trop grand pour qu’elle l’accepte longtemps près d’elle. Le spectacle rentre alors dans le cœur du répertoire d’Yves, se faisant plus récital, mettant en valeur les qualités de chanteurs et chanteuse des comédiens : Luna Park, Battling Joe, Clopin-Clopant, Trois petites notes de musique, C’est si bon, A bicyclette… et cet étonnant Chat de la voisine, si moderne. Ce sont aussi les rencontres, Bob Castella le pianiste de jazz, Jacques Prévert le poète, Costa-Gavras le cinéaste, Henri Crolla le guitariste manouche, Simone Signoret qui deviendra son épouse à qui il sera moralement fidèle jusqu’à ce qu’elle décède, pendant le tournage de Jean de Florette. Les feuilles mortes lui rendent émouvant hommage,  poème puis chant funèbre. Malgré les aventures – l’épisode Marylin notamment. Leurs engagements, le voyage en Russie. Le dernier amour de Montand, Carole Amiel, est aussi évoqué, et le projet de Bercy… retour à la scène de départ, et Bella Ciao se chante en chœur sur les notes aiguës de l’électrocardiogramme qui s’espacent. 
« Je le sais que c’est foutu. Mais ce n’est pas grave. J’ai eu une très belle vie ».

Deux heures d’un spectacle total entre rires et larmes pour nous conter une vie de hasards heureux, de rencontres et de passions, le spectacle mérite amplement son Molière. Courez-y si vous le trouvez sur votre chemin.

 

Ivo Livi ou le destin d’Yves Montand, mise en scène Marc Pistolesi, création en 2017 à Paris au théâtre Tristan Bernard en présence de l’épouse et du fils d’Yves Montand, puis en tournée départementale.
Prochain spectacle le 1er novembre 2019 en Suisse à Yverdon les Bains, puis le 3 au Centre Cyrano-de-Bergerac à 95110 Sannois. Autres dates sur le site de la Compagnie Kimaimemesuive

Ici le reportage photographique intégral de ©Gycéel sur le site de la ville de Bouc-Bel-Air.

 

Extraits du spectacle :

 Image de prévisualisation YouTube

Une réponse à Ivo Livi ou le destin d’Yves Montand, de Bella Ciao au Chat de la voisine

  1. jean-claude lenaers 26 octobre 2019 à 11 h 36 min

    Très fidèle restitution de ce magnifique spectacle !
    « Deux heures d’un spectacle total entre rires et larmes pour nous conter une vie de hasards heureux, de rencontres et de passions, le spectacle mérite amplement son Molière » je n’ai rien d’autre à ajouter… Merci Catherine Laugier !

    Répondre

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