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Antoine Hénaut, le bon copain de la chanson

Antoine Hénaut (photo Mara De Sario)

Antoine Hénaut (photo Mara De Sario)

Il est des disques qui font du bien. Tout bêtement. Avec des chansons simples, bien tournées, qui racontent des histoires sur des musiques décontractées. Des textes dans lesquels on peut aisément se reconnaître. Des mélodies qu’on sifflote, orchestrées sobrement avec talent. Des albums qui ne fracassent pas les charts, qu’on n’entend pas en boucle à la radio, qui ne squattent pas les écrans, mais qui s’immiscent dans les cœurs et les esprits pour y diffuser de la bonne humeur et du plaisir. De la chanson artisanale, à mille lieues de la musique industrielle.

L’œuvre d’Antoine Hénaut s’inscrit dans ce sillage. Chanteur belge trentenaire dont la renommée n’a pas encore réellement franchi la frontière, il nous revient dans les bacs et sur les plateformes avec son troisième album, Par défaut. Onze chansons qu’il a écrites et composées, enregistrées avec le complice habituel de Saule, son compagnon de label, le multi-instrumentiste Jérôme Hiernaux. Une belle aventure autant artistique qu’humaine, puisque – dixit le dossier de presse -c’est celui-ci qui a réussi à sortir le chanteur de la dépression due au décès de son papa en le convainquant de retourner au turbin.

B9722255880Z.1_20200117073731_000+GUOF3TFH4.1-0En est ressorti un disque bigarré, où les chansons joyeuses et légères en côtoient d’autres plus teintées de noir, marquées par l’angoisse du temps qui passe, les sentiments négatifs ou la désillusion. Dans la première catégorie, on mentionnera Les filles sages, épatant portrait groupé de jeunes filles qui rêvassent sur les mauvais garçons (ça les change un peu de la maison), Menteur à gages, peinture sarcastique d’un mythomane (Je suis menteur à gages / Ne prône que le mirage / Je vous jure que c’est vrai) ou encore la chanson tout en fanfare Le copain, sur les déboires de celui qui voudrait tant que la fille sur laquelle il lorgne le voie enfin comme un amant potentiel et non comme un simple ami (les jeunes vous diraient que la fille l’a friendzoné : on s’instruit en lisant Nos Enchanteurs !). On y ajoutera Dis, chanson hédoniste, nonchalante et tropicale, qu’un Vassiliu n’aurait pas reniée : Dis, on n’est pas bien / En dehors des grands chemins / A succomber au désir / Aux petits plaisirs malins.

Le versant sombre de l’album passe par le morceau d’ouverture, À personne, aux résonnances gainsbouro-bashungiennes (J’ai plus les mots / J’ai plus les mots / Ou plus les beaux), par À Table et sa recette pour un malheur cuit à point (Prenez une parole en l’air / Ajoutez-y de la colère / Une pincée de mauvais temps Et un soupçon de sentiments / C’est un plat qui se mange froid et seul) ou l’étrange La bête, mystérieuse métaphore des penchants noirs tapis dans nos esprits. Quant aux amateurs de jonglerie littéraire, ils jetteront leur dévolu sur Tant de temps et ses revigorantes assonances et allitérations (Tant de temps déjà / De tant mieux / De t’en fais pas / Tant de temps entêtants / Entêtés ont été en deux temps…), démonstration sans tape à l’œil de la maîtrise de l’artiste.

Par défaut est un bien joli album, porté par le chant d’Antoine Hénaut, à mi-chemin entre Vincent Delerm et Thomas Fersen, dont le cousinage saute aux yeux pour les chansons narratives. Que du plaisir à l’écoute de ces chansons intelligentes et variées, de ces histoires quotidiennes et universelles, de ces rythmes doux et joyeux… Un coup de cœur pour débuter l’année, ça ne se refuse pas !

 

Antoine Hénaut, Par défaut, 30 Février/PIAS, 2020. Le site d’Antoine Hénaut, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est là.

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Une réponse à Antoine Hénaut, le bon copain de la chanson

  1. Patrick Depauld 24 janvier 2020 à 15 h 25 min

    Très belle analyse de ce superbe album. Antoine évolue à son rythme, sans se presser mais chaque nouveau disque est une petite pépite… j’espère qu’il ne nous fera pas attendre 4 ans pour le prochain ! « Par défaut » est l’album de la maturité, preuve s’il en était besoin qu’Antoine Hénaut mérite une place parmi les cadors de la chanson française.

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