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Michel Avallone, il ne manque pas d’air

Michel Avallone en confinement, capture d'écran

Michel Avallone en confinement, capture d’écran

Un bouquet de fleurs ciselées, stylisées sur la pochette de cet album, fine illustration de Typhaine Michel. Des feuilles plutôt que des fleurs, d’ailleurs, venues de temps immémoriaux, fougères, gingko biloba, de toutes régions, des qu’on dirait sorties d’un tableau du douanier Rousseau, épaisses, exotiques, d’autres fines, en dentelle de nervures, et le symbole du gui l’an neuf, poison parfois. Le tout noué d’étiquettes laissant flotter les mots du titre, sur fond de mer turquoise, les eaux de Sète peut-être. Un bouquet qui symbolise bien le style d’Avallone qui est d’en avoir plusieurs, et qui va avec ses chemises à fleur, avec son précédent album de ses créations personnelles, Je suis enchanté où il posait, un bouquet coloré à la main, enfoui dans un flot de fleurs blanches. Depuis ses premiers spectacles à l’orée du XXIeme siècle, il a alterné reprises des plus grands poètes et chanteurs, Leprest, Brassens, Ferré, et ses propres créations, qu’il veut à l’image de la vie, joyeuse, triste, révoltée.
Sa profession de foi, elle était déjà dans son texte de 2008 :
« Voilà, un bouquet de mots / Orné par des notes / Voici, un bouquet de notes / Lié par des mots ».

Des notes qui vont d’une biguine paresseuse Notre trésor, c’est bien le soleil qui réveille les corps et les cœurs, « enlumine nos chagrins grises mines » -, d’une mélodie du printemps qu’Il y a dans l’air, et qui réveille les libidos, au rock le plus électrique, sur treize titres de passion et de fantaisie… Il y a de l’amour, de la tendresse, de la sensualité. A l’endroit / A l’envers / A Détroit / A Anvers / Sous les toits / En hiver / Nez au vent / En émoi / Toi et moi » : le balancement de ces vers courts, géographie des sentiments, sur le doux accordina de Dorine Duchez , la voix un peu voilée, font penser à Guy Béart. Universel roman prend tout son temps pour décrire l’aimée dans son corps, dans son cœur « Posé là sur ma main / Il bat il semble me dire / « C’est pour toi que je vis… / C’est pour toi ». Qui ne voudrait entendre ça ? Et Le jeune se fait tirer le portrait avec humour et lucidité par le duo Michel/Laurence Beaupérin : « Il faut quand même se l’avouer / Ce grand gaillard ce p’tit kéké / Qui nous jauge de sa hauteur / Ressemble fort à ses auteurs ». De profonds accords de guitare accompagnent la voix qui mêle un sourire à sa gravité « J’ai posé mon livre / Regardé le ciel / Ecouté l’oiseau Lyre (…) Brisé les tabous / Rigolé aux éclats / Pleuré en silence (…) trois petits tours et hop / Je m’évapore », dans une ambiance extrêmement bien construite entre flamenco et rock progressif.

AVALLONE Michel 2020 Il ya dans l'airAvallone observe le monde avec esprit, par l’incongruité, la facétie. C’était mieux avant démonte tous les arguments pour nous enseigner une forme de sagesse : « Ensemble conjuguons / Conjuguons présent / A l’impératif / L’imaginatif ».
Les mots s’envolent en liberté, en surprises, la voix, d’un velours qui ne serait pas uni mais plutôt
côtelé, un peu rugueuse, sculptée par cette belle diction occitane ensoleillée, lance les consonnes à l’assaut. Chaque chanson réserve sa surprise, son retournement. Un inuit fait fortune dans le pétrole ou l’huile de palme et perd le Nord… Song of anything ramasse les mots et les expressions qui fusent en chanté-parlé déjanté : « Le commandant n’a plus de dents / Et Tatouine est-ce en Chine / Où en Iran ? Le chat fait « an » / Et moi « miaou » / Et le hibou se rince l’œil », et les musiciens ne sont pas en reste, mixant bruits et morceaux de blues, silences et grincements, et riffs de guitares électriques, tandis qu’Au pays des… se joue des sons des onomatopées. Cette impression qu’il adore jouer à « marabout, bout d’ficelle » et se balader en pays d’absurdie se confirme dans Oui, mais voilà, conte voyageant en France et en famille jusqu’au « il est temps d’arrêter ».

Et puis il y a au quart de l’album cette chanson plus longue que les autres, presque un morceau de rock progressif avec le jeu des cordes si libre, si riche, de Claude Delrieu, ses percussions, ce mouvement lancinant,  tournoyant, la voix expressive, articulée, qui nous dit les peines du monde, avec l’espoir de Porter le bon geste pour le reconstruire. « Nous aurons au loin éventées / Ces encombrantes chimères / Fardeaux de nos pères et mères ».

Avallone est l’auteur des paroles et musique, s’accompagne à la guitare folk, soutenu par l’excellent Claude Delrieu aux instruments, arrangements, sons. Laurence Beaupérin chante en duo sur l’Inédit et Le jeune et assure les chœurs. Un album qui séduit par son identité particulière, sa chaleur et son grain de folie.



Michel Avallone, Il y a dans l’air, autoproduit 2020. Le site de Michel Avallone, c’est ici ; ce que Nosenchanteurs a déjà dit de Michel Avallone, c’est ici.


L
‘inédit, parc Georges Brassens 2018 Image de prévisualisation YouTube
Notre trésor Image de prévisualisation YouTube

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