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Christian Camerlynck… Le chant de l’artisan

Nathalie Fortin et Christian Camerlynck (photos Anne-Marie Panigada)

Nathalie Fortin et Christian Camerlynck (photos Anne-Marie Panigada)

Chanteur-acteur, artisan interprète, passeur de chansons et d’émotions, comme il aime à se qualifier lui-même, Christian Camerlynck, depuis quarante ans, s’incarne dans les œuvres des autres, leur donne corps et voix, s’emploie à faire de l’interprétation un art noble, essentiel. Que deviendrait la chanson sans toutes celles et ceux qui lui donnent vie, l’illustrent de leurs palettes, l’éclairent d’autres couleurs, la renouvellent sans cesse ? Un patrimoine, certes, mais figé, restant notes et lettres mortes ! Il faut des artistes pour la recréer, lui donner toute sa vitalité. Christian Camerlynck est un de ceux-là qui a longtemps porté les mots de Jacques Debronckart, nous l’a fait redécouvrir avec sensibilité, ironique, violent mais aussi humain et fragile.

Aujourd’hui, c’est un autre de ses artistes aimés qui est le cœur de cet Amis de bel ouvrage, l’âme du Québec, sa flamme : Gilles Vigneault mais, puisque tout ici est affaire d’amitié, le voila entouré d’auteurs chers à Christian : Félix Leclerc l’ainé, le frangin Michel Bühler, la sœur Anne Sylvestre, le compagnon Laurent Sillano. Au travers des deux disques de cet album, intitulés Hors du temps et Au gré de l’espace, c’est un voyage au fil de la mémoire, de l’émotion auquel nous convie Christian, un parcours par delà les frontières et les mers, fait de couplets intemporels, qui s’avère être d’une évidente cohérence. Il y a, dans cet agencement pensé et soigné de titres, une magie qui nous fait sentir la proximité de ces univers poétiques, une même tendresse mais aussi de saines colères, une même attention au monde et aux êtres, une même humanité mélange d’enracinement et d’universalité, une même soif d’amour.

cM0917-018cM0917-011De Vigneault, on retrouve bien sur l’évocation de sa contrée maintes fois chantée (Mon pays) celles de ses habitants (Les gens de mon pays), leurs existences modestes (Berlu) parfois tragiques (Jack Monoloy), le lyrisme entre ciel et eau (Le grand cerf-volant, Si les bateaux), les mots d’amour (Pendant que), l’engagement de celui qui s’insurge contre le sort infligé à notre planète (J’ai mal à la terre) et nous appelle à l’entendre (C’est le temps), de simples instantanés de vie (Puis elle s’arrêta, La berçante). Avec gravité, douceur, Christian s’approprie ce répertoire. On sent le plaisir, le bonheur qu’il a de nous l’offrir. Il caresse les mots, les savoure avec délectation en nous invitant au partage.

En écho au pays de Vigneault, viennent l’espérance de Félix Leclerc (En attendant l’enfant, Le tour de l’ile). A son humanisme répond la sensibilité de Michel Bühler dans son désir d’abolir les frontières, remparts de l’amour (La chanson de l’attente), murs forgés par nos égoïsmes et notre indifférence face au sort tragique des migrants (La vague). A son regard empreint de douceur et de nostalgie se mêle celui de Laurent Sillano (Se défaire, Nous mourrons riches). Mais le plus émouvant, peut-être, est l’interprétation des trois titres d’Anne Sylvestre qui prennent ici et maintenant toutes leurs résonances : ce chemin de l’eau souvent emprunté Pour aller retrouver ma source, cette eau qui se déverse et jaillit dans Avec toi le déluge, titre d’un futur album qui restera en devenir et enfin Une sorcière comme les autres, magnifiquement porté par la voix de Christian, chaleureuse et respectueuse. Comment ne pas penser à Anne lorsqu’on entend de Vigneault les quelques mots de Je chante pour ne pas courir et y percevoir la parenté avec son Ecrire pour ne pas mourir ?

 

(pour commander cet album, cliquez sur le visuel)

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Dans ce voyage poétique, cette traversée, Christian Camerlynck ne s’est pas embarqué en solitaire et c’est un duo qui est ici à l’honneur. L’autre voix est un piano, celui de Nathalie Fortin, bien plus qu’accompagnatrice, complice, « miroir harmonique ». Elle souligne, caresse, se mêle avec une infinie délicatesse aux accents de Christian dans une très belle osmose. En introduction à un autre fleuron du répertoire québécois, La Manic de Georges Dor, il lui dédie le seul texte issu de sa plume (Ton piano), vibrant hommage à ce « piano confident, piano miroir, piano mémoire », à cette « petite sœur » qui chante ce que les mots ne peuvent dire.

Tout ici est juste, précis, précieux comme l’est le travail d’un orfèvre jusque dans les arrangements que signe Nathalie, dans l’écrin qui contient cet album, livret aux couleurs pastels – teintes de terre, de bois et d’eau – fidèles aux racines dans lesquelles vient puiser cette poésie. Une poésie que, à travers mots et musiques des autres, Christian fait sienne, dans laquelle il se meut, se glisse, s’incarne totalement. Un travail exigeant, une interprétation sobre et maitrisée afin que toute place soit laissée à la beauté et à l’émotion. Un bel ouvrage ! Vraiment !

« Je veux que leur ressemblent / Ma parole et mon chant / Ma parole est sensible / Au cri le mieux caché / Ton oreille est la cible / que mon chant veut toucher » (Les outils – Gilles Vigneault)

 

Christian Camerlynck / Nathalie Fortin, Autour de Gilles Vigneault – Amis de bel ouvrage, EPM 2021. Le site de Christian Camerlynck c’est ici ; ce que NosEnchanteurs en a déjà dit, c’est là. En concert au Forum Léo-Ferré le 23 octobre 2021 (billetterie ici).

 

« Amis de bel ouvrage » : Image de prévisualisation YouTube

« C’est le temps » de Gilles Vigneault : Image de prévisualisation YouTube

Une réponse à Christian Camerlynck… Le chant de l’artisan

  1. Tocade 15 septembre 2021 à 19 h 37 min

    Très bel ouvrage…merci de nous le faire connaître

    Répondre

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