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Emily Loizeau, si près du soleil

Emily Loizeau (photo Ludovic Careme)

Emily Loizeau (photo Ludovic Careme)

Au fond, le bonheur, ça tient à peu de chose. Par exemple, pour savourer un moment fugace de félicité, quoi de plus simple que d’écouter Emily Loizeau ? Ses premiers disques, bien sûr, comme ce superbe et intemporel Pays sauvage de 2009, mais aussi son petit dernier, dans les bacs et sur les plateformes depuis le 17 septembre. Une nouvelle splendeur, musico-franco-anglaise (deux instrumentaux, quatre titres en anglais, sept en français), à même de satisfaire tous les amateurs de chansons.

L’album s’intitule Icare, comme l’une des chansons qu’il contient. Un morceau inspiré par le fameux tableau de Pieter Brueghel, qui montre l’homme-oiseau de la mythologie s’écraser en mer dans l’indifférence générale. La parfaite métaphore de notre époque, qui court à sa perte à vouloir aller trop haut, au risque d’en périr. On le voit : le ton du disque n’est pas à la liesse, mais bien à la gravité assumée, sans être pesant pour autant. Emily Loizeau nous crie son inquiétude, sa colère, sa mélancolie, sa crainte du chaos qui s’annonce. We can ‘t breathe, nous clame-t-elle, asphyxiés que nous sommes par la pollution et pris à la gorge par la noirceur environnante, tels Georges Floyd sous le poids du policier… Mais elle nous chante aussi son espoir, sa foi dans les générations futures, le besoin de beauté, l’énergie vitale qui nous sauvera, la nécessité de « renverser la pyramide / Et mettre la base en premier ». Dès lors, selon que l’on s’attache au côté clair ou obscur de l’existence, le titre de l’album prend une autre résonnance : peut-être en réalité s’intitule-t-il I care (je prends soin), dans l’autre langue maternelle de la chanteuse !

IcareS’il est sombre par le propos, ce nouvel album est pourtant lumineux par le bonheur qu’il procure à l’auditeur. A la réalisation : l’anglais John Parish. Si la presse nous rappelle, parmi ses titres de gloire, qu’il fut le producteur de PJ Harvey, retenons aussi, plus près de nous, qu’il fut derrière la réussite éclatante du premier album de Boucan. Remarquable travail que celui-ci, encore une fois. Icare marie avec élégance et efficacité le rock (Eldorado), le folk (Celle qui vit vers le sud, adaptation d’un titre de Bob Dylan) et la chanson française (Le délice à pleurer). L’ensemble est transcendé par le chant d’Emily Loizeau, aussi accrocheur que caressant, remueur de tripes quand il devient tribal (Oceti sakowin), d’une beauté pure quand la voix se fait cristalline.

De ce bel album, on retiendra peut-être surtout la chanson d’ouverture, Le poids de l’existence. Un titre d’une lucidité désabusée, qui blâme l’insouciance coupable des générations ayant laissé le monde décliner en croyant sa beauté éternelle. Un appel au réveil des consciences, sans prêchi-prêcha, juste parce que nous n’avons plus le choix ! Se pourrait-il qu’un jour / La beauté nous rassemble, nous emporte si haut / Qu’elle nous métamorphose ? On ne peut que l’espérer. Ecouter Emily est en tout cas un bon début.

 

Emily Loizeau, Icare, Les éditions de la dernière pluie/PIAS, 2021. Le site d’Emily Loizeau, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit d’elle, c’est là.
Prochain concert le samedi 9 octobre à Rosny-sous-Bois (93), autres dates sur son site.

« Le poids de l’existence » : Image de prévisualisation YouTube

« Celle qui vit vers le Sud » : Image de prévisualisation YouTube

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