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Qui veut nuire à Barjac ?

Gilbert Laffaille dans son nouveau récital (photo Anne-Marie Panigada)

Gilbert Laffaille dans son nouveau récital, très intimiste (photo Anne-Marie Panigada)

Le départ de Jofroi et, dans la foulée, la nomination de Jean-Claude Barens à la direction artistique de Barjac avaient, on s’en souvient, suscité une forte polémique. Vous pensez, l’arrivée de celui qui fut le grand ordonnateur du Festi’Val de Marne pendant vingt ans, allait faire de ce festival au mieux l’antichambre au pire la chambre à coucher du chaud bizness. Pour les saintes Chapelles de la chanson, alors très actives, il était de facto l’Antéchrist, celui qui allait offrir sans coup férir ce festival pourtant béni par Ferrat aux marchands du temple. Avec lui, on allait avoir Biolay, Bruel et pourquoi pas Bruni en lieu et place de cette belle chanson pour laquelle nos cœurs battent. Que n’a-t-on entendu de stupides propos à son égard et en direction de ce festival fatalement en perdition ! Les prédictions de mauvaise augure ne se sont pas réalisées. Et la plupart des intégristes de la chanson ne sont jamais revenus à Barjac. Pour ma part, j’étais content, j’avais beau faire collection de couteaux-dans-le-dos à cause de mes écrits, ça cicatrise mal avec l’âge.

Je ne vais pas redire que ce j’ai déjà écrit ici de Jean-Claude Barens : il a eu tout bon, fidèle à l’esprit du lieu tout en l’ouvrant à des esthétiques nouvelles et vivifiantes. Qui, sans honte, osera critiquer ses six années de mandat ?

Voici la première programmation de Julie Berthon, qui s’inscrit pleinement dans cet esprit. D’un coup (le hasard ?) reprend le chœur des détracteurs, qui se permet de dire que tel ou tel artiste n’y a pas sa place, que tel lieu ne se prête pas à un autre. Comment oser juger à la seule lecture d’une grille de spectacles ? Ce n’est qu’au terme de ces six jours, en début août, que nous pourrons émettre un avis, pas avant.

De Barjac 2022, qui aurait pu dire, à la seule lecture du programme, que, Narcisse, Helvète inconnu, allait en devenir le choc et – ce qui est merveilleux et essentiel pour la chanson – nourrir des débats. Pas de ces débats d’exclusion, de rejet, mais des discussions sur la nature de son art, sa place dans la chanson. Que du positif. Et souvenez-vous de Mona Heftre, de Lila Tamazit, d’Hélène Piris, de Lula Heldt, d’Alissa Wenz, de Nawel Dombrowsky… Pour juger une programmation, il faut la vivre !

Barjac sert à nous faire découvrir, nous conforter aussi, nous donner des raisons d’espérer de la chanson, présent et avenir, nous dire son incroyable diversité, son élasticité même. Il sert à donner des idées, des pistes à tous les programmateurs ou non.

« Je suis entre colère et tristesse de constater que la Chanson perd aussi ce festival emblématique » assène outrageusement une chanteuse sur facebook, attristée sans doute de n’en point faire partie. Répondons à cette dame : non seulement la chanson ne perd pas Barjac mais, par son action, Barjac renforce la chanson, la fédère au lieu de bêtement l’éparpiller, la régénère au lieu de la paupériser. Par contre, la chanson perdra Barjac si certains, pour des raisons diverses, rancœurs incluses, s’échinent à dissuader le public de se rendre à Barjac, si l’équilibre économique est rompu. Et sans Barjac, on peut prévoir des jours plus sombres encore à la chanson, déjà abandonnée de partout, sacrifiée à l’autel du profit.

Barjac n’est pas, n’est plus là, pour nous bétonner dans nos certitudes, mais pour nous déciller. Pour nous dire que la chanson ne se résume pas à un club fermé de vingt ou trente artistes mais à une immensité d’artistes qu’il nous faut découvrir, défendre et aimer si on veut qu’il y ait une chanson après la chanson.

Semer le doute, foutre la zizanie sur les réseaux sociaux, au seul et futile prétexte que Gilbert Laffaille n’y soit pas programmé sur la grande scène (sait-on au moins que ce qu’il va nous présenter cette année est par nature intimiste et que l’écrin de la salle Trintignant s’y prête à merveille ?) est un sommet de bêtise.

La chanson, ce n’est pas que la moustache de Ferrat, la pipe de Brassens ou les bonbons de Brel. Si on aime la chanson, si on veut qu’elle se survive et nous survive, alors on se doit de l’aider, de la soutenir en toute circonstance. Jeter publiquement l’opprobre sur une programmation huit mois avant qu’elle ne vive en vrai, c’est malsain, carrément indigne.

Une réponse à Qui veut nuire à Barjac ?

  1. Gallet 18 janvier 2023 à 18 h 32 min

    Pour bien d’autres raisons que sa programmation, que j’apprécie pour sa variété, il ne m’est pas possible d’aller à Barjac. Il me semble que son public fait parfois preuve depuis longtemps… comment dire… d’un certain manque d’ouvertureS !

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