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Antoine Hénaut, on l’aime à mourir

Hénaut Antoine 2025 Poltergeist 850x770Cinquième album pour l’auteur-compositeur-interprète belge Antoine Hénaut, qui se définit dans des interviews comme un chanteur en développement depuis quinze ans ou un artiste « mondialement connu, mais personne n’est au courant ». On aura compris que, comme pour nombre de ses compatriotes, l’auto-dérision et le second degré sont de mise.

Ce nouvel opus, deux ans après son 46, s’intitule Poltergeist. Un titre fantomatique qui annonce parfaitement la couleur, s’agissant d’un véritable album-concept. Il ne s’agit toutefois pas d’un récit continu se déclinant au fil des chansons, mais d’un disque où chacun des dix titres qui le composent aborde le même thème : la mort ! Ou plus exactement la période qui suit celle-ci. A priori, pas de quoi dérouiller nos zygomatiques, pourrait-on penser. Sauf que ce serait mal connaître notre sympathique artiste.

Rien de plombant dans ce disque, mais au contraire de la joie et du sourire, qui n’enlèvent rien à la gravité latente des chansons. Nous seront donc narrées la triste histoire d’une personne décédée en pleine séance d’onanisme devant son ordinateur « Je voyais ce moment / Un peu plus poétique / Si j’avais su j’aurais / Effacé l’historique », la prévoyance de celui qui aménage son cercueil pour le cas où on l’enterrerait vivant, ou encore l’espoir d’un futur défunt désireux de mourir chez lui pour pouvoir hanter à jamais sa maison bien-aimée… Il sera aussi question des dernières paroles à prononcer, du vampire Nosferatu, de la possibilité d’être empaillé, de la salle d’attente du Paradis ou de la difficulté de survivre « Le plus dur, c’est pour ceux qui restent / Qui devront se taper la messe »

Un tel univers rappelle évidemment celui de Thomas Fersen (en 2011, lui aussi, avec l’album Je suis au Paradis, avait donné dans le macabre rigolo), mais qui s’en plaindrait ? Comme son illustre confrère, la plume est alerte, les morceaux bien tournés, l’interprète irrésistible. Passé dans le camp de l’autoproduction pour disposer d’une liberté artistique totale, le chanteur a confié les manettes de la production à son comparse de toujours, Jérôme Hiernaux, qui a pu explorer une variété de voies musicales pour notre plus grand plaisir.

Poltergeist s’avère donc un album rock ‘n roll où règne le paranormal, mais – c’est la moindre des choses – avec esprit. Le regard est décalé, la poésie côtoie l’absurde, l’humour omniprésent apporte une goûtue légèreté. Et si l’angoisse se fait davantage ressentir sur les titres Le chat de Schrödinger ou L’amer monte, jamais Antoine Hénaut ne se montre moralisateur ou donneur de leçons. Lucide, il nous prévient d’ailleurs : « C’est une chansonnette / Et ça ne sert à rien / Ça sauve pas la planète / Ça change pas les crétins ». Mais qu’est-ce que ça fait du bien !

 

Antoine Hénaut, Poltergeist, Le Studiolo, 2025

La page facebook d’Antoine Hénaut, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est là.

« Mort de honte » Image de prévisualisation YouTube
« L’amer monte » Image de prévisualisation YouTube

 

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