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Off Avignon 2021, Jourdàa, seul en scène, toute la scène

Jourdàa photo Presse

Jourdàa photo Presse Lionel Pesqué

L’arrache-Cœur, 27 juillet,

Vous aimez la chanson, la musique, la poésie, le hip-hop, le théâtre, la danse et malheureusement il ne vous reste que le temps de voir un seul spectacle ? Alors il vous faut absolument voir celui-ci.
Jourdàa a été comédien, danseur, chanteur, a fait du slam, cela se voit et s’entend. Mais plus encore, il a la capacité, tout seul et avec un jeu contrôlé, parfois immobile, d’occuper toute la scène, de vous capter en entier, de vous saisir au vol. Le décor : un tourne-disque d’où sort la musique enregistrée au piano et aux claviers par Frédéric Schadoroff, instrument et sons, qui souvent l’accompagne sur scène. Les bandes-son font souvent ressortir le manque du musicien réel, ici par magie l’atmosphère musicale est intacte.  

Lui, costume noir, gilet, chemise blanche dont les pans dépassent. Une élégance naturelle, celle d’un danseur. Des mains comme des oiseaux, ouvertes, souvent offertes, paumes vers le haut,  des poignets souples, la grâce innée. Un visage expressif qui a vécu. Une voix grave, modulée.

« Je suis né, moitié déjà, moitié trop tard. (…) Moitié courage, moitié peur (…) Tu dis que tu m’aimes comme je suis (…) Mais je suis tout, et son contraire, et le contraire du contraire aussi »

Il fredonne, « je chante pour quoi faire », dit la voix off. Il dit, en poésie plus qu’en slam, et nous voilà tout de suite embarqués « …pour adoucir l’hiver, apaiser la colère, accompagner le rire d’un enfant… »  

Sur le temps, les mots se slament « Cette pendule, en plastique, je l’ai trouvé dans un troc (…) Ce tic tic tac est-il tactique, la métrique du quantique me rendrait lunatique » Bref extrait de ses mots qui dansent aussi. Je pense à Narcisse, le slameur suisse. Même intensité, même présence. Lui sait courir, danser sur place, haletant, comme un ralenti élégant, et ses doigts font l’aiguille, le tic et le tac de l’horloge sans que jamais ça ne paraisse mimé, artificiel. Ses mains sont une horloge, ses bras se déroulent, son corps est le temps qui passe trop vite. « Merci d’être venus à notre rendez-vous », il a les larmes aux yeux, et nous aussi.

Jourdaa Arrache-Cœur

Jourdàa photo l’Arrache-Cœur

Et le chant valse en amour qui tourne dans les nuits des cités : « Combien de temps va-t-on tenir entre nos dents l’éclat du rire… » La danse s’échappe en pirouette, traverse la scène… Dans la ville sont les cafés, les filles et les cadavres de bière, sur une musique jazz, et l’on pense à Leprest. Et lui s’assied sur un haut tabouret de bar. Pas un tabouret banal, un tabouret à bascule, qui peut aussi bien assurer sa position d’acrobate lorsqu’il se dresse sur ses barreaux pour chanter « Je cherche … où je verrai ton âme » ou basculer « Dans un nuage d’alcool, je m’évapore / Dans un embrun d’atoll / semé de métaphores ». Et quand il titube, c’est Nougaro… « Je suis tout, et son contraire… » a-t-il dit, et c’est bien ainsi… Comme par magie, l’acrobate a glissé à l’horizontale, et il se débarrasse tour à tour de ses encombrantes chaussures, pour une chanson sans chaussures … Chanson légère après la détente,  « une chanson à ta pointure, sanchon chan sauchure… Mam’zelle, voulez vous danser » – On pense à Bossone. Chanson sensuelle « Ton ventre, un soleil noyé d’infini…Tu plais à ma vie, tu plais à ma chair… Contre ta peau le goût de l’eau, Sur tes lèvres, celui du sel … le désir brûle tes dentelles »,  de rêve, « Puis on ira au Sahara, sur la banquise, au ça ira… ». Chanson de vie, tu cours après quoi ? Les pieds, nus, sont aussi ceux d’un danseur…

Au grand H du grand Homme qui hache l’homme en l’homme est le sous-titre d’une chanson ancienne, L’araignée, qu’il nous dit en hommage à Barbara Weldens. « Et je tisse la trame de notre grande histoire… L’homme aligné dans la lignée du premier homme qui a régné comme l’araignée… » Atmosphère étrange comme celle, drôlatique et baroque, de cet Halloween qui fait, cette fois-ci, penser à Yanowski. « Moitié je pleure, moitié je ris », disait-il en entrant… Et de nous inciter à « prendre la vie comme elle vient », à être vivants. 

« Il faudra que je marche dans mes os de fortune / Habillé du panache de ma chair sous la lune ». Jourdàa a du poète les images hardies, du hip-hop les sonorités, du danseur la grâce, de l’acrobate l’aisance, de l’homme le vivant. Ne le ratez pas.

 

Jourdàa, chanson13, rue du 50eme régiment d’infanterie 09 85 09 97 42, jusqu’au 31 juillet 2021 à 11h30 sauf les lundis. 
Le site de Jourdàa, c’est ici. Ce que NosEnchanteurs en a déjà dit, là

Extraits du spectacle à La Loge à Toulouse le 7 juin 2019 Image de prévisualisation YouTube

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