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Marie Fortuit, Lucie Sansen, des vies à chanter Madame Anne

Marie Fortuit et Lucie Sansène Photos Catherine Laugier

Marie Fortuit et Lucie Sansène Photos Catherine Laugier

18 octobre 2025, Venelles, MJC Allain-Leprest à l’Étincelle

Cela fait cinq ans qu’Anne Sylvestre est décédée, les médias officiels ont enfin décidé de se rappeler qu’Anne Sylvestre n’a pas écrit que des fabulettes, et qu’elle est sans doute à l’égale de Brassens la plus grande autrice compositrice du XXeme siècle, alliant poésie et engagements sur tous les grands problèmes du siècle, toujours présente dans le premier quart du XXIeme, s’inscrivant avec aisance dans l’actualité tout en restant universelle, éternelle. Et qui plus est grande mélodiste. Ses chansons restent, et resteront.

Comme l’œuvre de Brassens, celle d’Anne Sylvestre s’est définitivement installée dans notre matrimoine et les artistes reprennent la matière qu’elle leur a laissée pour la sculpter à leur façon. Que ce soit en individuel, au féminin ou au masculin (Christian Camerlynck, Jann Halexander, Thibaud Defever, Hervé Suhubiette, Jean-Marc Héran, Nicolas Duclos…) ou en groupe, en polyphonie au fil d’un rideau noir et d’une écharpe coquelicot, en discussion chantée autour d’une tasse de café, en atelier clandestin, à la bougie, sur le cahier d’écolier où les textes s’écrivent, par des comédien.ne.s, des chanteurteuses, des diseureuses, des heureux et des heureuses de découvrir les voies, les voix qu’Anne a ouvertes. Fin novembre le Festicolloque du Hall de la chanson célébrait Anne, tandis que des générations d’artistes aux sensibilités diverses, seize chanteurs et un groupe, se donnaient Rendez-vous Sylvestre sur un album gourmand de quinze titres originaux autant que marquants, mais ne le sont-ils pas tous ?

Et puis Marie Fortuit, comédienne et Lucie Sansen pianiste (Cie Les louves à minuit, Hauts de France), sont arrivées en juillet 2023 au Théâtre du Train Bleu au Festival d’Avignon, avec leur pièce La vie en vrai, sous titrée Anne Sylvestre. C’est certes un spectacle musical, plus encore une discussion entre amies où le souvenir de la vie d’Anne résonne avec les artistes des années (deux-mille)vingt. NosEnchanteurs les a vues à Barjac en 2024, dans l’intimité de la Salle Trintignant, évoquant tant leur rencontre que l’influence d’Anne sur leur parcours, en confidences, en anecdotes, en chanson.
Cet automne 2025, les deux artistes sont venues parler de leur vie au clair de la lune d’Anne sur une plus grande scène -pas un zénith quand même- à l’Etincelle de Venelles pour la MJC Allain Leprest. C’est peu dire que le public de cette salle les attendait avec impatience pour renouer avec le souvenir d’Anne, que j’y ai vu personnellement en 2014 en duo avec Presque oui (Thibaud Defever).

C’est cette chanson, Dans la vie en vrai « C’est vrai qu’on dit c’est beau la vie comme dans les livres, on rêve de la vivre aussi comme c’est écrit… » qui a comme interpellé la comédienne, le première interprétée dans le spectacle. Et Madame Anne, de Michèle Bernard, finira cette évocation de la femme forte qui vous donne l’élan. « Alors merci Madame Anne / D’avoir su allumer / Tes fagots de sorcière / Pendant cinquante années / Dans un rond de lumière ».
Sont mêlés enregistrements d’extraits d’interviews radiophoniques vrais (l’entretien avec Jacques Chancel, qu’elle remet en place lorsqu’il l’accuse d’agressivité) ou reconstitués, interviews transposées de Marie Fortuit par Lucie Sansen et vice-versa, avec l’effet comique et le suspense d’une non réponse, créant un effet « dialogue de sourd ». Sont questionnés doute, empathie, amours lesbiennes et la honte des insultes reçues, couples sans enfants, place des femmes dans la musique, féminisme et féminité… Les vies du duo se tressent entre elles, se mêlent à celle d’ Anne qui a évoqué tous ces sujets dans ses chansons, la place des femmes, celle de tous les humains.

Allusions aussi aux avis parfois péremptoires d’Anne Sylvestre. « Que pensez-vous du mot autrice ? ». Bien que féministe – la seule étiquette qu’elle supportait – autant dans ses engagements que dans son mode de vie, nous qui suivions Anne Sylvestre savions qu’elle n’aimait pas ce terme. Mais ni Marie ni Lucie ne répondent aux questions. Ce ne sont qu’ouverture pour introduire les chansons, qu’elles chantent en solo ou en duo. Et les questions sur La colère ouvrent la voie à Tant de choses à vous dire.
Et puis Marie prend le tournant du récit, la vie d’Anne, sa rencontre avec Nicole Louvier, la première
chanson qui l’a marquée : Douce maison, si juste métaphore de l’indicible. Les chansons pour ses sœurs, Frangines, « Ce fut à l’école déjà / Qu’on fit de nous des concurrentes » et l’inénarrable Maryvonne, pas celle qu’elle fit pleurer, non, celle dont le mari n’est qu’un Petit bonhomme, ou cette chanson pour tous ceux et celles qui vont par deux, si joli Ruisseau bleu qu’on a si peu entendue, enchaînée avec la merveilleuse Mousse dans un souffle qui se répond, en une marche de rencontre… Conte d’histoire aussi, de fable avec ces procès en sorcellerie qui condamnaient toute femme libre, ouvrant sur Une Sorcière comme les autres : tout de la femme, toutes les femmes.

Si Écrire pour ne pas mourir est en quelque sorte le testament d’Anne, Les gens qui doutent, quoi qu’elle en ait, reste l’hymne favori de tous ceux qui reprennent son répertoire, à l’image du rappel où tout le public fait chorus.

Le site de La Vie en vrai, c’est ici. Ce que NosEnchanteurs en a déjà dit, làLe site officiel d’Anne Sylvestre c’est ici. Sa page facebook, là. Ce que NosEnchanteurs en a déjà dit, ici.


D’Anne Sylvestre :
« Dans la vie en vrai » 1981 Image de prévisualisation YouTube
« Tant de choses à vous dire » 1986 Image de prévisualisation YouTube
« Ruisseau bleu » 1994 Image de prévisualisation YouTube

Marie Fortuit, Lucie Sansen
« La vie en vrai » au Théâtre de l’Arsenal, extraits 2025 Image de prévisualisation YouTube

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