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Jean Felzine « Adieu »

FELZINE 2026 Adieu 500x500Adieu, à part des cernes sous les yeux
Je me demande bien ce que
Je vous ai donné
Adieu
Je faisais pourtant de mon mieux
Faut croire que c’était trop peu
Pour être pardonné
Adieu
Quand j’avance enfin un peu
Je me vautre

Jean Felzine

Paroles et Musique Jean Felzine. Monotitre 2026

Jean Felzine nous annonce dire adieu à Mustang. Faut-il le croire alors qu’il nous a déjà fait le coup plusieurs fois ? C’est en tout cas l’occasion d’une belle chanson où, à  nouveau, il ne se donne pas toujours le beau rôle : « On a fait quelques trucs bien / Mais j’étais pas commode (…) Je me suis pris trop au sérieux » avant de rendre un dernier hommage à ceux qu’il laisse « Tout me paraît bien mystérieux / Sans mes compagnons ».

Felzine 2023 Jean Chord MemoryDifficile de garder le rythme quand on chante en trio avec Mustang, en duo Jo & Jean – qui semble terminé, à tout le moins artistiquement, depuis leur superbe album de 2022 sur les relations homme-femme, au moment où il se lance seul dans cette déclaration tragique « Je suis le dernier des Felzine » (À blanc).  Avant de donner son premier album long en solo, Chord memory en 2023, et sa mystérieuse chanson titre qui reprend une fonction de synthétiseur, mais peut aussi s’analyser comme une rupture de couple, l’abandon d’un instrument qui ne suffit plus à compenser un manque d’inspiration, « J’ai les accords en mémoire / Je n’ai plus la mélodie / Depuis que l’on se sépare / Toute ma joie est partie« , ou même l’abandon de son propre rôle de héros.
Tout l’album, avec sa pochette dérisoire où les fruits  dessinent un « appareil masculin » certifié par la mention « parental advisory-explicit content », est constat désabusé d’une masculinité pas toujours triomphante, d’une nostalgie de l’enfance et de ses héros (Doudou et sa Nitendo, Ordi dis-moi qui parle avec élégance de notre solitude connectée, développée de façon incisive sous la voix suave dans Fanfiction), le tout avec une électro vintage capable de transformer la chanson réaliste Dans la rue d’Aristide Bruant en comptine enfantine (mais n’est-ce pas le sort de toutes les comptines, pensez à ce Jean Petit qui danse, description d’un supplice de la roue…). À remarquer le duo avec Jo Wedin « J’avais de grands espoirs / La nuit j’entendais comme un appel dans le noir / Pourtant je vis quand même » où le rythme trahit bien l’inspiration folk-rock des années 50 de Felzine, avec aussi l’hommage, Cette femme est un mystère, à la chanson posthume de Roy Orbison (écrite par Bono et The Edge) She’s a mystery to me. 

MUSTANG 2024 MégaphénixEn 2024 vient donc ce dernier  album de Mustang paru chez Vietnam, ses photos chaleureuses de convivialité (de Minhia Defoy) et la superbe pochette illustrant ce Mégaphénix, oiseau se relevant toujours de ses cendres. D’où l’envie de ne pas croire à cet adieu, d’autant qu’il y a un an encore ils évoquaient un nouvel album. Douze titres quand même pour ce cinquième album studio, où ses complices, Johan Gentile (basse et guitare, claviers) et le batteur Nicolas Musset arrivé il y a cinq ans brodent avec lui des musiques jamais semblables, autour de la plume acérée, percutante et malgré qu’il en ait, poétique (ascendance punk) de Felzine. 
Comme d’habitude un constat éclairé sur notre société et ceux qui en tirent les ficelles, Steve Jobs avec ce téléphone qui vous dévore « Une plante carnivore qui n’arrête pas de pousser dans la tête », Wikipédia qui « sai[t] tout sur tout » et sa ligne déchaînée, où cet Aéroport, lieu d’emprise et de solitude qui à lui seul symbolise tout notre monde, « Je me sens comme un porc / Sur sa chaîne d’abattage ». Un titre pourtant chanté sur une mélodie aussi douce que rythmée, où l’on retrouve la marque d’Arthur Teboul qui la chante en duo. Il n’y a guère que ce Barbelé, qu’il soit plus américain ou européen (et précisément français), qui puisse plus encore vous contraindre et vous déchirer « Vois le grand aigle vengeur / Vois le drapeau du sauveur » sur un rythme à la douceur caribéenne. Où cet Aérosol, menace plus brûlante encore car organique avec son solo final digne de Jimmy Hendrix.

©Minhia Defoy

©Minhia Defoy

Constat mêlé d’autodérision désabusée, avec Je ne suis plus aimé, longue ballade dépressive « Ma vie est en morceaux / Mais je respire encore », La porte au nez qui fait la nique aux refus professionnels, curieusement classée « explicite » par les plateformes sans doute parce qu’y figure le mot b*te, alors que Mortification et ses fantasmes sado-maso passent crème. Et cet étonnant Argent du beurre qui n’évoque nulle crémière mais se pétrit d’allusions religieuses. « Crois tu écrire ? Ce n’est pas ton stylo / Suis la voie de Celui / Qui marche sur l’eau ». 
Si vous pensiez faire une pause avec une Chanson française, vous ferez face à une provocante « Elle est lourde / Elle pèse que dalle ». Qui trouve pourtant son épilogue avec « Cette chanson / Ce thème aigre-doux / Me brûle au fond / Il ne m’en reste  que quelques bouts / Mais ils me blessent plus fort que tout ». N’est-ce pas ça, le secret de la Chanson ?
Ah, j’oubliais, au milieu coule… la Seine ? Non, la Tiretaine, rivière clermontoise traduite en un reposant flux aux sonorités seventees, avec ses  cordes et le saxo de Thomas de Pourquery … 

 

 

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