Claude Nougaro « À bout de souffle »
Quand j’ai rouvert les yeux tout était sombre dans la chambre
J’entendais quelque part comme une sonnerie
J’ai voulu bouger, aïe la douleur dans l’épaule droite tout à coup me coupa le souffle
Une peur affreuse m’envahit et mon corps se couvrit de sueur
Toute ma mémoire me revint, le hold-up, la fuite, les copains qui se font descendre
J’suis blessé, mais je fonce et j’ai l’fric, je glissai la main sous l’oreiller, la mallette pleine de billets
Était là, bien sage, 200 briques
Claude Nougaro (9 septembre 1929 – 4 mars 2004)
Paroles Claude Nougaro, Musique Dave Brubeck. Extrait de l’album « Bidonville » 1966
Ici la version de 1979 enregistrée à la télévision française le 30 avril 1979.
En 1965 Claude Nougaro utilise la première partie de la composition du pianiste de jazz Dave Brubeck, Blue rondo a la turk, qui se réfère tant au jazz qu’à la musique classique et aux danses folkloriques dont elle s’inspire quelquefois, comme Bela Bartok et ses danses bulgares.
Il en tire cette chanson cinématographique, empruntant son titre au film de Godard (film de gangster certes mais où le sentiment amoureux joue un grand rôle, avec l’inéluctabilité du destin), sortie en super 45 tours (avec entre autres Sing sing song) qui raconte un hold up qui finit mal.
La bande son, seconde après seconde de ce vol, qui devait mener au septième ciel avec Suzy « Les palaces, le soleil, la mer bleue, toute la vie », avec la mise en abîme de la musique de David Brubeck. « Une radio s’est mise à déverser / un air de piano à tout casser / Je connaissais ce truc / C’était le Blue Rondo à la Turk / Dave Brubeck jouait comme un fou / Aussi vite que moi mettant les bouts ».
Outre la virtuosité qu’il faut pour articuler ce texte à ce rythme et à cette vitesse (l’extraordinaire élocution de Nougaro lui sert bien pour le coup), c’est surtout l’émotion qu’il dispense qui nous frappe. Louis Chedid s’y exercera aussi plus tard avec son si percutant Hold-up en 1974. On prend toujours fait et cause, à tout le moins au cinéma, pour les voyous magnifiques qui brûlent leur vie et leur chance. On pourrait évoquer aussi les chansons de Renaud, comme Les charognards ou La chanson du loubard (ici par Monsieur Lune).

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