Lionel Langlais, chanteur au charme secret
Je ne connaissais pas Lionel Langlais. Des traits fins, un sourire malicieux à peine esquissé, une mèche châtain balancée sur le front. Vêtu d’un t-shirt et d’une grande chemise blanche sur la pochette, légèrement penché, sur paysage flouté sépia. C’est Yohann Hebi Daher qui a pris la photo de couverture, qui fait ses vidéos, mises en scènes et chorégraphies (il est accompagné d’un couple de danseurs sur scène). Le chanteur timide de Montreuil, et sa guitare gagnée paraît-il dans une fête foraine, a débuté en 2008, après avoir beaucoup écouté les grands groupes rock et les songwriters des année 70, Pink Floyd, Led Zeppelin, Leonard Cohen, les grands de la chanson française autant que les guitaristes de jazz… Un premier album paraît en 2011, dont il est l’auteur-compositeur, puis l’écrivain Quentin Lamotta prend le relais sur les textes dès l’album de 2015. C’est lui qui compose ses mélodies, et Lionel Gaillardin en est le réalisateur artistique, programmation, arrangements, enregistrement, jusqu’au mixage. Quand on écoute J’fais tout comme, en 2015, on pense à Delpech. Et Amende honorable, en 2019 – repris dans ce nouvel album – avec cette voix qui monte haut, à Polnareff. Il y a de plus mauvaises références.
Aux premières notes de l’album de 2026, j’ai cru d’abord aborder une musique pop électro, avec un chanteur à la voix agréable mais un peu fragile. Mais très vite nous voilà entraîné au-delà du titre, À des années lumières… C’est que cette musique simple au premier abord se révèle à l’écoute richement lumineuse, les arrangements de Gaillardin mettant en scène tous ces musiciens (guitares, basses, batterie, claviers, cuivres et cordes) et choristes de grande qualité..
Lionel Langlais a eu une enfance endeuillée, nous dit-on. Elle ne transparaît dans ses chansons faussement légères qu’à l’écoute attentive des paroles, qui sont heureusement très audibles. Les titres nous envoient le message : De l’autre côté, « Dans l’eau solide du miroir, les pieds devant / Ils ont glissé comme on s’endort dans l’hors du temps », ouvrant la voie « Vers une autre naissance, dans un autre univers », qui s’accomplit avec cette interrogation sur le destin, et la responsabilité qui nous échoit malgré tout, de ne pas Désespérer les anges. Jusqu’à s’interroger sur nos capacités à gérer nos amours.
Car Langlais nous chante l’amour, puisque « Amour et moi on est / Ad vitam aeternam / Deux moitiés mélangées » , depuis les petitesses dont il s’excuse, jusqu’à cette relation sado-masochiste avec une fille vampirique. En passant par la réalisation de rêves en solo « Solitaire / Monter la gamme / Jouer solo / Piano, piano » plutôt que d’accepter L’amour sans âme. Grâce aux mots de Quentin Lamotta « Il pleut de la tristesse et moi perdu je vais marchant dessous » autant qu’à sa propre interprétation, l’amour est cru et délicat tout à la fois, et surtout chanté d’une façon qui nous change des bluettes ressassées, originale et addictive. Prêts à réécouter encore et encore cet En beauté qui sonne comme un chant religieux, s’allège en percussions délicates, aussi ambitieux dans sa musique que dans ses vers « Ce grand soleil me fait de l’ombre, aussitôt j’y cours et m’y cache / D’où vient le sentiment du beau ».
De cet album où l’on rentre sur la pointe des pieds, on ressort changés, fascinés par une Ville étrange qu’il vaudrait mieux laisser « à ce mystère si haut si loin ».
Lionel Langlais, Sans titre, 2026, Lobelia Music /Legroscamion Prod/ Inouïe distribution. Paru en CD dix titres, EP numérique cinq titres. Le site de Lionel Langlais, c’est ici. Ce que NosEnchanteurs en a déjà dit, là. Pour commander l’album, c’est ici, ou dans les bacs.
Si vous avez raté le concert au Café de la Danse le 26 mars 2026, vous pourrez vous rattraper avec la tournée des kiosques à Paris à partir du 24 mai. À suivre sur sa chaîne YouTube avec des rendez-vous en direct.
« Amour et moi » 
« Désespérer les anges » 
« En beauté » 


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