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4e Chants Ouverts à Si-Vincent-de-Durfort : le triomphe modeste

Nathalie Miravette en duo avec Robinsonne (photos Jonas Graphiste)

Nathalie Miravette en duo avec Robinsonne (photos Jonas Graphiste)

C’était plutôt un festival moribond. Malgré sa jauge modeste, dans la salle de la petite mairie, la participation l’an passé fut pour le moins réduite. Mais sa programmatrice, Robinsonne, est rare entêtée (comme ses propres chansons d’ailleurs, que vous gagneriez à découvrir). Et elle conçut cette quatrième édition, juste recalée (avec bonheur) sur le week-end du 1er mai. Même si pas une clochette ne parfuma le festival, le muguet a dû lui porter chance : ce fut carton plein. Avec pourtant une programmation non austère, mais… Pas un seul chanteur qu’on croise à coup sûr dans les autres festivals (seul Mehdi Krüger, finalement remplacé in extremis pour raison personnelle par Gyslain N), mais des artistes du cru (Zouick, Thorne, Jipé Laroche, Quand Didier Tangue) et d’autres (Joce Ballerat, La Baronne) évoluant dans le métier en électrons libres, hors de tout réseau ou presque. Pour vous dire, je n’en connaissais pas la moitié… On entre dans l’inconnu pour bien moins que ça…

Succès public, disais-je, mais aussi et surtout incroyable succès artistique. Avec, qui plus est, le joyeux marrainage d’une Nathalie Miravette fraîche et dispo, plus efficace sans doute qu’une amulette ou qu’un brin du muguet. Ce fut délice de la voir, l’entendre surtout, lors de la rituelle inauguration, chanter Cucul en duo avec Robinsonne. Et reprendre le Un mur pour pleurer d’Anne Sylvestre : un fort moment d’émotion. Également entendre Anne Terrot Dontenwill, madame la maire, interpréter à tue-tête et pour seul discours L’Internationale : on vit décidément de grands moments en ce tout petit village. Chants Ouverts s’est imposé comme un grand festival qu’il est.

Festival que nous allons vous relater au fil des jours. On commence par Joce Ballerat, c’est en dessous de la vidéo…

 

Nathalie Miravette « Un mur pour pleurer » : Image de prévisualisation YouTube

 

Joce Ballerat, music hall au village

Joce Ballerat et Benjamin Barria (photos Jonas Graphiste)

Joce Ballerat et Benjamin Barria (photo Jonas Graphiste)

1er mai 2026, festival Chants ouverts, Saint-Vincent-de-Durfort (Ardèche),

 

« Avec ou sans papier, avec ou sans stylo / De velours ou métal, se dévoilent tout de go / Le mot, les mots / Des passionnés, brûlants, ou qui sortent du lot / Quelques rimes sublimes ou qui mènent en bateau / Les mots de trop… » C’est une Avignonnaise qui nous vient du Lot, qu’on ne voit que très peu dans nos habituels festivals chanson et c’est infiniment regrettable : bien qu’elle y ait toute sa place, elle doit être hors du cercle. Et pourtant.

Même sur cette toute petite scène de Saint-Vincent-de-Durfort, qu’un seul tapis couvre en son entier, Joce Ballerat réussit par sa présence (elle et son excellent pianiste et complice Benjamin Barria, qui à l’occasion donne aussi la réplique à sa chanteuse), par son attitude, ses postures, à presque nous suggérer un format music-hall : sélect, très classe ! Un music-hall où, par elle, se croisent tant Allain Leprest (Édith) que Véronique Sanson (par Rien que de l’Eau et en une émouvante reprise de Ma révérence), Juliette et son complice François Morel (dans la désopilante scène d’avant mariage qu’est Mémère dans les orties) que Lynda Lemay (La Cassette vidéo) : soit-dit entre nous, Joce n’avait pas besoin de reprendre Lemay pour qu’on sente en elle un peu de l’empreinte de la québécoise (suffit que Joce consacre une chanson à sa mère, dont elle doit s’occuper), empathique et généreuse. Ainsi que Barbara Weldens et Claude Nougaro à qui elle rend de biens sincères hommages. Ça fait du beau monde avec qui elle fait jeu égal par ses propres chansons.

Joce Ballerat 2Car Joce écrit et compose aussi. Sa plume est féconde, tendre parfois, féroce au besoin. Vu ce qu’elle chante, le besoin se fait souvent ressentir. Sa voix franche dessine les mots avec saveur et précision. Ce qui est d’autant plus redoutable quand ses chansons se mettent à pourfendre. Ainsi les Médias-choc qui vont « chercher le pire pour faire trembler dans les chaumières » : la charge contre ces télés est aussi rude que celle de CRS contre des migrants ou des gilets jaunes. Conflits, misère, tueurs fous… Ça m’agresse, insiste-t-elle dans un autre titre, nourrissant ses vers d’indignation : « Blabla, démagogie, pour la France d’en bas, les tout-petits / Coups fourrés, bien tentés, des manœuvriers à la télé ». La guerre est un sujet récurrent chez elle, une préoccupation : l’actualité ne lui fait pas défaut.

La dame est nature qui partage avec nous ses sentiments et ressentiments, avec le sens du récit, un joli débit, une diction impeccable qui cisèle et caresse les mots, les rend tous désirables. C’est son interprétation prenante, impliquée, très professionnelle, qui fait toute la différence. Et nous d’écouter bouche bée, de n’en pas louper une rime, un vers. On ne trouvera en Joce aucun défaut. Ecoutez-la, allez la voir en scène et, le cas échéant, programmez-la à votre tour !

 

Le site de Joce Ballerat, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit d’elle, c’est là.

 

Teaser spectacle « Avec ou sans » de 2004 : Image de prévisualisation YouTube

 

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