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Claudine la bien fournie

Claudine Lebègue (photo Sabine Ly)On vient de l’applaudir cet été au off chanson d’Avignon, dans le cadre de son nouveau spectacle, A ma zone, sous titré Slam-musette pour mélomane de HLM. Claudine Lebègue est à mon sens une dame d’exception, une grande. Nourrir un blog sans évoquer cette autre lyonnaise n’aurait guère de sens. Voici un papier rédigé il y a quelques temps déjà, publié alors dans le magazine papier de l’Association lyonnaise A Fleur de mots. Si Claudine s’en vient chanter près de chez vous, ne la loupez sous aucun prétexte.

Stricte tenue, juste fendue, pour une chanson aussi raffinée que délurée : Claudine Lebègue nous entretient des choses de l’amour en nous faisant pénétrer sa Collection privée. On la connaît déjà, Lebègue, elle et son culot, son bagout, son physique d’éduc, son négoce de limonadière. Et son infinie tendresse… Ses Rose et Roger, en spectacle comme en disque, n’ont pas fini de nous hanter. Voici que, toujours avec son complice et accordéoniste Alexandre Leitao, elle nous entretient de « la chose », nous initiant à sa collection très privée sur la question, abécédaire tendre et grivois qu’elle délasse et libère de son pudique carcan en un infini plaisir partagé… Voyez la scène. Leitao est beau, fier hidalgo qui s’argentine aux cheveux gominés, mâle bien posé, bien assis, qui trône au mitan de la scène, fort de son imposant instrument. Et Lebègue qui papillonne, qui gravite, qui chante et nous enchante. Qui va, qui vient, qui se fait la chose. Avec un tout autre public que celui, averti et consentant d’A Thou bout d’Chant, on pourrait s’attendre à des « Aahhhhh ! », à des « Ooooh ! » pour tomber si bas la culotte et les bas, pour mettre à jour et en lumière crue la mignardise ou l’abricot, pour mieux tendre le vit. Pas de stupéfaction dans la salle, que non, mais visiblement (éclairez la salle, que diantre !) beaucoup, beaucoup de plaisir… C’est Claudine qui a besoin de baisers, de caresses, qui, dès l’entame, excite le verbe, titille les mots en une chanson on ne peut plus suggestive où l’humour le défend aux outils de l’amour : « Vous avez le remède exquis sous la main »… Au corps à corps, en saut de puce, elle vous fait l’assaut. Puce ? « A force de se chatouiller, elle noya l’insecte »… Lebègue fait, en plein comme en délié, une sorte d’anthologie de la chanson érotique. Pas celle uniquement cochonne à destination des fins de communions. Ou alors on n’en voit que le groin. Pas celle, pauvre et vulgaire, des corps de garde. Non, celle, lettrée, des mots qu’on pose sur la chose, sur la toison, sur le con, sur votre blason. Lettrée mais pas complexe, on ne se branle pas la tête même si « Emmanuelle aime les intellectuels et les manuels » comme le chantait si bien Gainsbourg. Tout à tour, Lebègue se fourvoie, ripe sur les mots, hésite, bégaye, s’imagine chaste, presque prude. Puis ose tout avec l’arrogante assurance d’une matrone. Par elle, en un récital, tout le champs de l’amour est balayé, sans tabou, sans beaucoup de retenue : « Le cul d’une femme aimable est mille fois plus chaud encore », « La nuit est une femme à barbe »… Et ces autres et tendres Nuits d’une demoiselle, chères à Colette, chair à Renard : « Je m’fais remplir le vestibule / Je m’fait ramoner l’abricot / Je m’fais farcir la mottelette / Je m’fais couvrir le rigondin / Je m’fais gonfler la mouflette / Je m’fais donner du picotin… ». Sa sélection est large, des auteurs moyenâgeux (oh, cette légende de Jean le bien fournit : « Cachez donc vos pucelles, cachez vos puceaux / Grand-mère, range ta citrouille… ») à Thomas Fersen, Marie Zambon (Tes mains) même… Car le spectre de la gaudriole, de la chose, n’est pas que queue ni chatte, mais aussi les atours et, autour, les émotions, les sentiments, les pleurs et les rires, la passion et le délaissement. Lebègue est actrice qui habite avec aise toute la gamme des sentiments, qui sait être aussi chaste que franchement gourmande, qui fait d’un récital a priori délicat car risqué un délice dont on emporte après coup le doux souvenir, l’écume de la passion, le serment d’à son tour se concocter une collection privée aux pages délicates, à peine collées entre elles. On la savait grande chanteuse : elle confirme. On la savait d’une grande classe, constant grand écart entre le populaire et le lettré : elle nous épate et nous ébloui. Le joyau n’est pas que dans la couche de sa chanson, dans la couette de ses rimes : c’est elle !

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