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Du Joyet et des joyaux ou Le triomphe de Bernard Joyet à l’Européen

Un spectacle et deux chroniqueurs, pour deux billets distincts. Débauche de moyens que méritait Joyet, regards croisés de Chantal Bou-Hanna et de Norbert Gabriel. C’était ce mardi 29 mai à l’Européen. 

Chantal Bou-Hanna

Mardi soir place Clichy. L’Européen, que j’affectionne particulièrement pour son atmosphère intime et chaleureuse, affiche en lettres noires sur fond blanc un grand nom de la chanson française par trop méconnu : Bernard Joyet. Tout un programme ! La salle est comble, beaucoup d’anonymes, des plus connus, Anne Sylvestre, Gilbert Laffaille, Gérard Pitiot, Arnaud Joyet , Xavier Lacouture, Clémentine, Georges de Carigliani, Claire Guyot et bien d’autres…

A 20 heures 20 « IL » entre en scène, accompagnée, devinez… par sa charmante et sémillante pianiste préférée Nathalie Miravette. L’une est vêtue de rouge, l’autre de noir. Un tonnerre d’applaudissements chaleureux et très prolongé semble vouloir clôturer un spectacle qui n’a pas débuté et empêche les deux compères de démarrer, mais manifestement va droit au cœur d’un Bernard souriant et très ému par une telle ovation, peut être le seul point imprévu de la soirée.

Originalité du personnage il commence par le rappel, « ça, c’est fait » conclura-t-il, une incontournable du répertoire, Le gérontophile,  qu’on espérait à peine puisque le spectacle annonçait la promotion de son nouveau CD Autodidacte« Je la chante de moins en moins puisque maintenant je suis souvent plus vieux que les vieilles dames que je rencontre ». Le rappel terminé Bernard Joyet nous régale de ce que j’appellerais son « ancien répertoire » entre autre et parce que je l’aime beaucoup Ma Bible (« J’imagine Joseph, agitant sa varlope, Immaculée ? mon cul ! tu m’as trompé salope ! ») qui déclenche une franche rigolade dans la salle, bien que cette chanson, on la connaît tous par cœur.

L’entracte est remplacé par une « première partie », assurée très courageusement par Pierre Lebelage , que je découvre et qui s’attaque à une lourde tâche, s’intégrer entre la première et la troisième partie de Joyet. Pas facile ! J’en retiens sa Tour de Babel qui nous relate un monde hélas fidèle à la triste réalité de la cohabitation des peuples.  

La troisième partie, tant attendue, peut commencer. Un très beau quatuor, exclusivement féminin, s’installe. Certes, comme le dit le chanteur avec humour, « la parité n’est pas respectée » mais c’est tellement beau. Dès ce moment on découvre avec un plaisir fou le Joyet Nouveau. Et d’abord une fabuleuse interprétation de Djamila, à laquelle ce quatuor apporte une autre dimension,  chargée  d’histoire….

Certains textes seront lus, comme Les mots (« Je sourirai à la fortune tant qu’il y aura des mots ») accompagnés par le quatuor sur de somptueux arrangements de Romain Didier. C’est très sobre, mais ô combien beau !

Nous ayant toujours habitués à alterner profonde émotion et franche rigolade, Bernard ne déroge pas à la règle et nous réjouit tant du Goulu que de ce Vous m’avez agréablement déçu. Sans détailler le répertoire de cette soirée, il y a des chansons qu’on ne peut passer sous silence. Un arbre, écrit après la mort d’un ami le 15 août, « mais ça n’a aucun rapport » précise Bernard Joyet : « A son plus haut corbeau un arbre s’est pendu / Et combien d’étourneaux  se sont faits ses vautours / On se dessèche trop d’avoir le cœur à vif / Il a fallu qu’il pleuve une corde de trop »). Pour beaucoup les larmes ne pouvaient être retenues…

Et puis ce duo qui reflète si bien la belle complicité entre un chanteur et sa pianiste, depuis dix ans qu’ils sont ensemble : La note et le mot (que d’ailleurs je ne trouve pas dans le bouquin de Bernard Joyet).

Terminer sans évoquer un des joyaux de ce Joyet, une de mes chansons préférées,  me semble impossible : je veux parler d’Autodidacte, sept minutes de délectation, de pur bonheur, peut-être une autobiographie, en tous cas c’est comme ça que je la goute, un bijou précieux dans un écrin que nous entrouvre Bernard Joyet avec une sensibilité exacerbée. Et, pour finir, une énorme note d’un optimiste farouche : La vie commence ce matin.

Est-il nécessaire de conclure que ces plus de deux heures finement orchestrées  et ciselées comme un travail d’orfèvre ont été saluées d’un standing ovation par un public comblé et reconnaissant ? Pour tout ça, merci et bravo Bernard !

 

Norbert Gabriel

20 heures, « l’Autodidacte » Bernard Joyet entre en scène avec son indispensable Nathalie Miravette. On nous avait annoncé une première partie, mais halte aux conventions figées, c’est lui qui fera la première partie, il fera aussi la troisième partie, et tant qu’à faire à bousculer les us et coutumes, il commence avec la chanson de rappel que tout le monde lui réclame chaque fois « Le gérontophile » Bonne mise en jambe pour un spectacle qui va être son triomphe. Comme la dernière fois à l’Européen. Cette première partie au début quelque peu décapant, (quoi que « on s’ra jamais vieux » donc on bouffe la vie sans restriction) donne aussi au public un grand moment spirituel avec une sorte de digest de la Bible, quand je dis spirituel, c’est toutes les acceptions du terme, le spirituel peut être caustique, drôlissime, un aspect de la Bible auquel on ne pense pas de prime abord. Et dans le genre revisitation inspirée des grands standards, Joyet nous propose une nouvelle version de La Marseillaise, très polyvalente, il en refait le texte, et tant qu’à refaire, la musique aussi, et si c’était une valse ? ce qui permet à Nathalie Miravette de faire un étourdissant numéro musical de piano virtuose, passant de Chopin à Gershwin, de Bach à Khatchatourian, sur lequel il faut marcher au(x) pas… Vas-y Bernard, en route pour le défilé !

Ovation de plusieurs minutes.

Puis nous aurons donc l’ex-première partie, devenue entre-deux, Pierre Lebelage, présenté par Joyet, et bien accueilli. Une « première partie », dans ces conditions, ça peut être très périlleux, le public est dans l’univers de la vedette, si on est dans un contre-emploi, ça peut désorienter, si on joue dans le même registre, on risque de ne pas être au niveau. Pierre Lebelage s’en sort bien, chanson à texte, humour distancié avec une légère pointe ‘d’assent’ le public apprécie. Retour dans la foulée du duo Joyet-Miravette, pour quelques chansons en duo, avant de terminer en apothéose avec le quatuor, 100% féminin, que Romain Didier a constitué pour accompagner le nouvel album « Autodidacte » disponible depuis quelques jours.

Joyet-29-mai-439-salut-AAA-29-05-2012-22-32-07-2524x11002-1024x446Dans cet album, « La note et le mot » répond à une question qu’on se pose parfois, qu’est-ce qu’une bonne chanson ? Une des réponses possibles parmi les multiples sensibilités pouvant s’exprimer, serait ‘une chanson où le mot appelle la note, et la note appelle le mot‘* sans qu’on puisse vraiment déterminer qui a été le déclencheur. Sans qu’on puisse voir et entendre le travail d’assemblage.

Dans cette belle salle chaleureuse l’Européen, bien remplie, le public a fait une ovation debout à cette superbe équipe, on aurait pu ajouter entre Romain Didier et Nathalie Miravette, Didier Pascalis, qui est pour beaucoup dans cette aventure magistrale.

Si vous n’avez pas la chance d’avoir le passage de Joyet et Miravette dans vos alentours, voici de quoi patienter, l’album Autodidacte et puis le DVD Joyet et Miravette, et puis le DVD Tranches de scènes consacré à « un moment autour de Bernard Joyet »… En revanche pour votre complément d’instruction religieuse avec la Bible vue par Joyet, c’est en spectacle que ça se passe, c’est comme la messe, rien ne vaut le direct.

Pour tous renseignements, une seule adresse, il y a tout.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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