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Jérémie Bossone, avis de forte tempête

_DSC2263 -1600x1200-Jérémie Bossone, 19 janvier 2013, L’Esprit frappeur à Lutry (Suisse),

Il a un peu de la tronche et tout du sourire de l’acteur Charles Berling ; il a la posture rebelle du rock, la tonalité aussi, même s’il se produit ici en solo, avec pour seul instrument sa guitare folk, celle sur laquelle est écrit « J’y suis toujours »… Nous y sommes. On a souvent convoqué des plus anciens que lui pour mieux parler de Jérémie Bossone : comparaisons valent aussi raison et l’idée de Brel comme de Mano Solo n’est pas loin. Ça crève l’oreille parfois.

Il y a en Bossone une tension toujours, un stress du mot, le verbe à flux tendu, à fleur de peau, à fleur de mots. Lui, c’est la constante dramaturgie d’une chanson épidermique, volcanique, quand le calme précède la tempête puis lui succède à nouveau. Toujours en périlleux équilibre sur le fil, en des lignes de fuite, étonnantes perspectives d’un chant étrange et douloureux, voix haut perchée, tirée jusqu’au presque féminin (ni Magny ni Mama Béa ne sont très loin), qui se déchire, se prolonge puis s’épuise, un peu à la manière d’Angélique Ionatos chantant ses poètes grecs… Quand il s’approprie le Göttingen de Barbara, il est, sans forcer, dans le juste registre d’une voix étonnante – la sienne – qui allie le beau au singulier, unit le fragile au solide. Bossone a la politesse de textes bien taillés où les mots savent ce qu’ils font, ce qu’ils sont, où le vocabulaire présent va parfois se ressourcer dans les termes anciens, phrasé littéraire qui tranche tant avec la pauvreté de la chanson d’aujourd’hui. Lumineux, même si le chant de Bossone est d’une triste mélancolie, aux propos qui souvent tirent sur le sombre, brossés de noir, comme quand le ciel menace. Avis de gros temps sur la vie, sur la mort, sur l’amour aussi, même pour le « héros érotique » qu’il sera… « Qu’en est-il de l’amour ? De ces amants ? » Et sur l’amitié : son Pierrot fait irrésistiblement songer au Jef de Brel, situation pareille, désespoir frère…

Bossone vous prend, vous tire à lui, mêle vos tripes aux siennes le temps d’un concert, comme rarement artiste sait le faire. Précis et puissant, il a manifestement  l’envergure du grand classique qu’il sera demain.

Le site de Jérémie Bossone, c’est ici. http://www.dailymotion.com/video/xl6b6q

10 Réponses à Jérémie Bossone, avis de forte tempête

  1. Michel TRIHOREAU 21 janvier 2013 à 9 h 18 min

    Jérémie Bossonne est une grande révélation de ces dernières années. Il sait marier l’énergie musicale et la finesse du verbe. C’est rare et précieux.

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  2. Norbert Gabriel 21 janvier 2013 à 9 h 58 min

    Sans doute une des deux révélations majeures de ces dernières années, et avec lui pas besoin d’ergoter sur l’usage de la langue à choisir pour faire sonner et tonner les mots et les sentiments, le français ça vous prend au coeur et au corps.

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  3. Eric Frasiak 21 janvier 2013 à 11 h 33 min

    Une vraie claque quand je l’ai vu pour la 1ère fois sur scène… Extrêmemant touchante cette fragilité rock, une voix de cristal, des textes sur nos failles de simples humains, un vrai grand coup de coeur pour lui et ses chansons…
    Nous serons sur la même scène le lundi 11 février au XXème Théâtre à paris (75020), vous êtes les bienvenus…

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  4. André 21 janvier 2013 à 11 h 39 min

    Tout à fait d’accord avec Norbert.
    Peut-il nous dire qui est à ses yeux l’autre révélation majeur de ces dernières années ?

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    • Norbert Gabriel 14 février 2013 à 13 h 15 min

      L’autre révélation assez récente, 2 ou 3 ans c’est Louis Ville, chez les hommes, très révemment Anouk Aîata, et avant, il y a 5 ou 6 ans Valérie Mischler dans le plus beau des spectacles consacré à Dimey, aujourd’hui elle écrit ses chansons, et Dimey en serait ravi…

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  5. Claude Fèvre/ Festiv'Art 22 janvier 2013 à 10 h 56 min

    Et en écho ma chronique ici de son passage à Barjac…

    http://www.nosenchanteurs.eu/index.php/2012/08/04/barjac-2012-sur-le-cargo-noir-embarquement-immediat/

    Oui, je confirme : une vraie claque…!! Et je m’étonne encore des réserves que je peux entendre ici ou là sur lui. Je m’étonne aussi de le voir programmer en « première partie » dans certains co-plateaux où il me semble évident que les statuts sont alors inversés… Si quelqu’un peut m’expliquer ce mystère ! Certains, parmi les programmateurs, auraient-ils peur de cette énergie qui se dégage en scène ?? (revoir la galerie de photos de Chantal Bou-Hanna…). J’avoue, je ne comprends pas !

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  6. Ezdra Natacha 24 janvier 2013 à 10 h 36 min

    J’ai découvert Jérémie en 2004 ou 2005, nous avons croisé la scène en Bulgarie, dans un festival. Dès que je l’ai vu, entendu, seul avec sa guitare et son harmonica, j’ai été bluffée !
    Je suis ravie que l’on parle, enfin, de son immense talent… Toutefois, bien d’accord avec Claude Fèvre ! Bon sang, donnez-lui la place qu’il mérite, réveillez-vous, parce que, avec ou sans vous il ira loin, très loin… Il est déjà en route !

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  7. catherine Laugier 30 décembre 2014 à 17 h 29 min

    Nous devrions en réentendre parler très prochainement !

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  8. Patrick Engel 30 décembre 2014 à 17 h 51 min

    Par exemple au Limonaire le 24 janvier, en co-plateau avec les talentueuses Clio et Dorothée Daniel…

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  9. catherine Laugier 30 décembre 2014 à 18 h 26 min

    L’esprit frappeur, un lieu au nom prédestiné pour lui !

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