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Taparole, sa voie et ses voix singulières

Nevche (photo Norbert Gabriel)

Nevche (photo Norbert Gabriel)

« Je serre ta parole dans mon cœur afin de ne pas pécher contre Toi, béni sois-Tu, Ô Eternel«   Psaume 119.11 (vous pouvez vérifier…). 

Pardon ?  Ah, désolé, on me souffle dans l’oreillette céleste qu’il ne s’agirait nullement de cette parole là, mais plutôt d’un rassemblement hétéroclite et musical de zozos plutôt mécréants de surcroit. Tant pis, nom de Dieu !

Après le beau reportage de notre collègue Norbert Gabriel, autre jour, donc, et autre ressenti de ce délicieux festival ô combien sympathique et atypique. A l’heure ou la frilosité domine au sein des grosses machines bien huilées ne proposant rien d’autre à leur public que ce qu’il veulent bien entendre, Taparole fait entendre, et de quelle façon, sa voie et ses voix singulières. 

Mené de main de maitre(sse) par Roxanne « la patronne » Joseph, cornaqué par Carole Chichin et par toute une armée pacifiste et diablement efficace de bénévoles, ce très beau festival à taille humaine prouve avec brio que passion, partage et générosité sont plus que jamais à l’ordre du jour. 

Ici, décidément, la convivialité n’est pas un vain mot. Et ce pour la douzième année consécutive. 

Pour mémoire, les tout débuts se sont faits dans une petite cour d’immeuble du XXème arrondissement, avec déjà un certain Sarclo(ret) dans les parages… Et depuis, sur scène, des Leprest, des Babx, des Loïc Lantoine, des Agnès Bihl.

L’endroit en lui même est un enchantement, ex-friche industrielle qui abrita jadis les studios de Méliès, le magicien du cinématographe (le célébrissime « Voyage dans la Lune » et son obus dans l’œil, c’était là…).

Devenu la Parole Errante sous la férule bienveillante du dramaturge aux milles vies Armand Gatti, le lieu est clairement de ceux ou souffle l’esprit. Comment s’étonner dès lors de voir s’y installer un fois l’an ce chaleureux petit village planétaire ou les gamins courent en bande de ci delà, ou les projets associatifs s’épanouissent et ou le stand de vente de disques fait un clin d’œil malicieux à l’ainée « Harmonia Mundi », se rebaptisant pour l’occasion « Burgundia Mundi », du nom de la désormais célèbre mixture aux fraises et au vin de Bourgogne qui a fait la réputation de Taparole de Vladivostok à Tamanrasset… 

Autre élément récurrent et incontournable d’année en année, le reportage croqué sur le vif par le dessinateur de presse Bauer, et une belle exposition de petites tranches de scène bien souvent savoureuses.

Eskelina (photo DR)

Eskelina (photo DR)

Après avoir raté le concert de Radio Elvis (mais en avoir entendu dire le plus grand bien), place à la délicieuse Eskelina, jeune suédoise découverte il y a quelques temps déjà en première partie de Debout sur le Zinc, dont nous retrouvons ici le guitariste à ses côtés. Un petit accent craquant, une poésie simple et gracile, pour un concert plein d’élégance et de délicatesse. L’EP, forcément trop court, vient de sortir (EP pour « Envie de Plus » ?), l’album sera pour la rentrée et nous ne manquerons pas de vous en reparler.

Les changements de plateau sont l’occasion de profiter des talents culinaires des bénévoles sympathiques ou de se désaltérer de façon très conviviale (voir ci-dessus, donc).

Chacune des pauses est aussi l’occasion de retrouver un petit groupe acoustique interprétant à sa sauce les grands standards de la chanson (en vrac, Brassens, Renaud, Au P’tit Bonheur…). Mais… Mais… Ne pense-t-on pas reconnaitre, entre autres, Chouf à la guitare et Manu Galure à la contrebasse ?

3 minutes sur mer (photo Norbert Gabriel)

3 minutes sur mer (photo Norbert Gabriel)

De retour sur les gradins de la belle salle de concert, c’est Trois Minutes sur Mer, récents co-lauréats 2013 du Prix Moustaki (le premier à trouver l’autre co-lauréat de cette cuvée gagne un verre de Burgundia offert généreusement par Michel Kemper lui-même, mais ne lui répétez pas, il n’est pas encore au courant…), Trois Minutes sur Mer donc disais-je avant de m’interrompre assez grossièrement moi-même, qui nous emporte dans un tourbillon de gros sons striés de fulgurances électriques, au grand plaisir de leurs fans plutôt expressifs. Entre guitares nerveuses, machines hypnotiques et textes volontiers abstrus, un petit côté Noir Désir transparait parfois. Et, au détour d’un titre, une extraordinaire violoncelliste vient faire gémir son instrument en de stratosphériques expérimentations sonores.

Après une nouvelle, nouvelle, nouvelle pause (hiiips !), c’est au tour du marseillais Nevche, ex-Nevcherhirlian, d’embraser la scène en formule guitare/violoncelle/batterie. Mêlant habilement les titres de son dernier album « Rétro » (comme « rétroviseur », puisque il s’agit d’une sorte de long road-movie) et ceux du précédent consacré à Prévert, « Le soleil brille pour tout le monde ». Un tour de chant captivant, à l’image de son entêtant refrain « Galope, te dis-je ! » 

Zoufris Maracas (photo DR)

Zoufris Maracas (photo DR)

Une fois les sièges retirés de la salle, clôture de la journée avec les Zoufris Maracas, hymne joyeux à la vie et à la chanson engagée, un groupe militant débordant d’énergie apportant est la preuve parfaitement réussie que le mélange fonctionne à merveille. Un peu dans la lignée de Zebda ou des Négresses Vertes, cette sympathique petite bande convoque tour à tour, pour illustrer son propos revendicatif, des rythmes manouches, zouks, capverdiens, salsa, reggae, malgaches ou congolais, et ces musiques ensoleillées sont un support rêvé à leur poésie sociale et politique.

Un set festif et corrosif, particulièrement réussi, un cocktail détonnant, tout comme cette nouvelle édition de Taparole à qui nous souhaitons longue et heureuse vie… 

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3 Réponses à Taparole, sa voie et ses voix singulières

  1. Danièle Sala 18 juin 2014 à 9 h 57 min

    Un lieu où souffle l’esprit , mais où  » Ta Parole » n’est pas parole d’évangile mais paroles plurielles et musicales d’humains hétéroclites et de talent . Ainsi soit-il et pour longtemps encore .

    Répondre
  2. catherine Laugier 18 juin 2014 à 20 h 34 min

    Radio Elvis, trop tôt éliminé du Crochet France Inter, Nevche et la belle Marseille http://youtu.be/xW61kcHa8I0, Eskelina (jolie découverte), Zoufris Maracas (super le clip !) et 3 minutes sur mer que je considère comme l’un des meilleurs groupes français de rock, beau programme !

    Répondre
    • Norbert Gabriel 18 juin 2014 à 21 h 21 min

      Si j’ai bien suivi, Radio Elvis s’est retiré du radio crochet de sa propre initiative.

      Répondre

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