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Christophe, faiseur de tubes, bricoleur de sons

podcast_christophe_a_0Christophe, 15 octobre, salle Aristide-Briand à Saint-Chamond,

 

Il vient tout juste d’arriver sur scène, encore nimbé de relative obscurité, que des voix dans la salle s’élèvent pour lui crier « Bon anniversaire ! ». Donc, Christophe, 69 ans depuis deux jours, qui vient nous faire l’Intime. Si la scène toute entière est désormais parsemée de projecteurs qui dessinent des architectures de lumières, il est et sera seul, aux synthés, au piano, aux guitares. Solo, « robe sonore pour les filles et blues pour les garçons. »

La scène est son laboratoire : il essaie, il teste, il répète, jurant de peaufiner, d’améliorer dès son retour à la maison. Et c’est sans doute vrai. Ce sont les notes qui l’intéressent, leur alchimie, pas tellement ce qu’il chante. Il s’est mis au piano pour cette tournée entamée au début de l’an passé. A la guitare aussi. Lui, c’est les synthétiseurs, où sa voix se mêle et devient elle-même musique, cette voix si particulière, presque féminine, aigüe et élimée à la fois, abdiquant ses vers qui ne jouent ici que les utilités. Car, reconnaissons que les historiettes d’amour de Christophe toutes se ressemblent et ne caracolent pas dans l’originalité, la qualité. Si certains se détachent du lot, c’est que l’Histoire les a fixées et embellies dans notre mémoire : rien que d’entendre les premières notes, ça fonctionne. D’ailleurs il chantera à peine Les mots bleus, Aline ou Les marionnettes : c’est le public qui en tire les fils, attendrissante chorale improvisée. Lui a semé les tubes le long de son chemin pour qu’on puisse retrouver notre histoire, l’individuelle comme celle collective. Trois notes, pas plus et chaque fois les applaudissements précèdent les succès : aaah, « Avec les filles j’ai un succès fou ! »

Christophe enfile l’amour comme d’autres des perles : « Je regarde le ciel / Les mains tendues vers toi / Mon dieu, si elle t’appelle / Parles-lui de moi… », « Allo, Stéphanie, ne raccroche pas… », « Tout est fini, Baby », « Elle veut le début, pas la fin /Elle veut l’étincelle / Chaque fois repartir à zéro », « J’avais dessiné sur le sable / Son doux visage qui me souriait / Puis il a plu sur cette plage / Dans cet orage, elle a disparu / Et j’ai crié, crié… »

Une seule chanson se détachera vraiment de ce récital : Alcaline, de son pote Bashung…

C’est un chanteur de variétés, d’une assez insipide variétés, devenu artiste culte à son insu. Croit-il encore à ses chansonnettes ? A l’évidence non. Tant que NosEnchanteurs s’en va le questionner, le rejoindre après coup dans sa loge, histoire de partager son Champagne et son Jack Daniels. Ce n’est pas le chanteur de l’ex époque yéyé qui répond, mais bien le musicien : « Je suis constamment dans la recherche, dans l’expérience, pas dans le formatage. Je fais de la variété électro-pop, je suis un technicien avant tout. J’ai un son. La Dolce vita, c’est que de l’esthétisme… » Je lui parle de Bashung, de Leprest, de leurs mots. Lui n’en pas assez pour vanter les qualités de Romain Didier…

Ce concert fut insolite. Il n’est pas sûr que le public et lui y soient venus pour les mêmes raisons. Le public (parmi lequel quelques fans ainsi qu’un sosie) y était par curiosité, pour ce retour dans le passé, nostalgie quand tu nous tiens. Lui n’y était quasi que pour l’avenir, pour ces sons qu’il bricole en public, en Géo Trouvetou de l’électro-pop. Il dit sans cesse qu’il essaie, qu’il répète. Prenez-le pour vrai : Christophe me ment pas.

 

Le site de Christophe, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est là. Il n’y a malheureusement pas grand’chose en vidéo de Christophe sur la toile. Par défaut on retrouve « Aline », il y a près de cinquante ans. Image de prévisualisation YouTube

5 Réponses à Christophe, faiseur de tubes, bricoleur de sons

  1. Danièle Sala 16 octobre 2014 à 11 h 35 min

    Eh oui, « La vie est une histoire d’amour » pour Christophe, et il a fait chavirer les coeurs de midinettes à coups de mot bleus. C’est vrai qu’à l’écoute de cette vidéo, je trouve ça un peu vieillot. Malgré tout, je l’aime bien… Quand il ne massacre pas Brassens.

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    • Michel Kemper 16 octobre 2014 à 11 h 43 min

      Attention, cette vidéo est très vieille. Christophe ne chante plus Aline de cette façon (ça ne modifie pas les paroles pour autant). Nous avons, Christophe et moi, parlé de la version qu’il a gravé sur disque de La non demande en mariage. C’est la première fois qu’on lui parlait des erreurs contenues dans son interprétation. Et je dois dire qu’il en a semblé surpris, confus, presque honteux de lui-même, m’avouant que c’était une des prises de son, qui a été retenue par ceux qui ont fait ce choix la trouvait meilleure que les autres. Et personne ne s’est alors aperçu qu’elle contenait des erreurs. Bien qu’à l’évidence Christophe soit plus un homme de sons que de mots, cette révélation l’a touché : c’était tangible.

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  2. Norbert Gabriel 16 octobre 2014 à 11 h 36 min

    C’est un personnage étonnant, je le vois souvent dans des petites salles, où passent des artistes pas médiatisés, il était un fidèle auditeur de « Sous les étoiles » … où il allait à la pêche aux infos… Mais lui, c’est tout pour la musique, les mots sont très secondaires,dans une émission de Levaillant, il parle de Leprest, et à un moment, quand il évoque la chanson qu’il interprète, il dit « Où vont les chevaux quand ils meurent » … au lieu de « quand ils dorment »… C’est pas très grave, c’est un type intéressant …

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  3. Nicolas Sadon 16 octobre 2014 à 15 h 31 min

    Il est inexact de dire qu’il n’y a pas grand chose de Christophe sur la toile quand les sessions de Taratata sont disponibles, dont cette très belle version des « mots bleus » :
    http://www.mytaratata.com/emission/taratata-n183/video/3095/christophe-les-mots-bleus-2006

    Je veux bien admettre que Christophe privilégie souvent et parfois trop la musique aux paroles mais parler des textes de Christophe sans mentionner le nom de Jean-Michel Jarre n’est pas très sérieux. Il nous faut nous tourner vers les bloggers pour trouver un article (assez bien écrit) sur cette collaboration :
    http://cabanedeviante.wordpress.com/2014/04/14/christophejarre-le-duo-flamboyant/

    Et ouvrir l’ouvrage de Christian Eudeline « Christophe : Portait du dernier dandy », pour lire l’ébauche d’une analyse des « paradis perdus ».
    http://www.mytaratata.com/emission/taratata-n416/video/995/christophe-les-paradis-perdus-2011

    Comme Michel Kemper n’explique en rien ce qui lui fait préférer « Alcaline » au répertoire de Christophe, on en reste à la pétition de principe : Alain Bashung c’est mieux parce que c’est mieux. Pourquoi ? Parce que c’est Alain Bashung… Circulez !

    Quant à savoir pourquoi Christophe reprend cette chanson plutôt qu’une autre, il faut aller sur la pour l’apprendre.

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    • Michel Kemper 16 octobre 2014 à 15 h 57 min

      Merci pour ce message. Nous n’avons hélas pas des milliers d’heures à consacrer à chaque article, nous qui en publions deux à trois par jour, tentant de suivre aussi bien que faire se peut l’actualité de la chanson, un peu partout dans l’Hexagone ainsi que dans d’autres lieux de la francophonie. Une critique de concert est la photographie d’un instant, ce n’est pas une étude fouillée, ça n’en a pas la prétention : un papier d’à peine 3000 signes n’est pas de l’analyse fouillée, méthodique, de presque cinquante ans de carrière : il y a pour cela des sites et blogs spécialisés, il y a aussi des ouvrages, il faut s’y reporter. Je n’explique pas non plus la réaction ma foi assez léthargique d’un public à l’évidence très majoritairement déçu par ce concert (tout juste je le suggère, disant que le mode d’emploi du public en son presque ensemble et de l’artiste n’étaient pas le même). On pourrait analyser ça, et ce serait passionnant sans doute : ce n’était pas l’objet de cet article.
      Pas d’analyse non plus des paroles des chansons de Christophe qui, malgré l’entier respect que j’ai pour lui, ne vont quand même pas très loin. Dois-je vous parler de tout le répertoire de la chanson d’expression française où vous trouverez des montagnes de chefs d’oeuvre d’écriture ? Mais peut-être n’envisagez-vous la chanson française que par la fenêtre étroite de la variété (si c’est le cas, c’est dommage : Christophe, lui, sait apprécier même si ce qui l’intéresse par dessus tout est le son).
      Ne confondez pas l’objet d’un article de presse avec vos attentes : c’est parfois différent. Ici nous sommes dans la vulgarisation, non dans la spécialisation et je suis d’ailleurs très content qu’un site aussi exigeant et sélectif que NosEnchanteurs (lisez les 2700 autres articles disponibles et vous comprendrez ce que je veux dire) accueille en son sein le chanteur Christophe. Si nos lecteurs veulent aller plus loin sur Christophe, ils se réjouiront sans doute des liens que vous nous proposez qui ne correspondent, là encore, qu’à des points de vue, certes plus pointus que notre approche, car spécialisés, mais des points de vue.

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