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Oté Pirates, lettres d’un lointain bout de France

cdOtePiratesAussi sûr que la francophonie est de partout dans le monde (nos lecteurs viennent de tous les continents, de presque tous les pays, de Bombay comme de Montréal, de Rabat aussi sûrement que de Perpignan), l’Occitanie a pareillement sa diaspora. Pour l’heure dans l’océan indien, avec Didier Delezay, dit « Pirate ». Si le nous mettons en exergue, c’est qu’il est l’âme de ce groupe et qu’il se chante à tous les titres, dans toutes ses chansons ou presque. Y compris dans l’intime (le suicide, jadis, de sa maman ; son identité occitane, donc ; le rugby, qu’il pratiqua en « république d’Ovalie… » ). Les autres membres de cette formation très jazz sont Dimitri Domagala (batterie), Stéphane Guezille (contrebasse, guitare) et Gérald Oricourt (clavier, guitare, percus). Belle Réunion de talents conjugués.

Pas d’unité dans ce disque, si ce n’est ce jazz parfois frotté aux rythmes en cours dans l’océan indien. Mais des chansons précises où Delezay ne délaye pas ses mots. Car tout n’est pas que souvenirs individuels. Où alors ils rejoignent parfois, souvent, l’Histoire collective. Comme dans La piéta de Soweto, mineurs en colère contre milices policières, révolte ancienne que l’Afrique du sud cherche aujourd’hui à estomper. Qu’en conséquence Oté Pirates chante plus fort encore. Quitte à tenir un micro, Delezay ne ménage pas sa peine et n’abdique rien de ses idées, de ses indignations. Comme par cette reprise de Michel Bühler qu’est Malagasy.

S’il y a parfois thème, trame, c’est quand même celui du voyageur. Si le meilleur adaptateur du personnage d’Hugo Pratt est sans conteste Lavilliers (San Salvador, Fortaleza…), c’est la première fois à ma connaissance qu’une chanson est consacrée nominativement à l’aventurier de papier et gentilhomme de fortune qu’est Corto Maltese : « Corto, dis-moi, mon vieux marin / Ces femmes envoûtantes, dangereuses / Que tu supputais, merveilleuses / Dans leurs bras / Et non dans leurs mains… »

Autre personnage, autre ami ici : Jean Ferrat (qu’Oté Pirates a longtemps interprété, cf vidéos ci-dessous), par une lettre pour informer l’ardéchois de l’inquiétante situation des cités et suggérer des pistes d’avenir : « Il faut apprendre à conjuguer / Pessimisme de l’intelligence / Optimisme de la volonté / Cultivons l’utopie / La terre a cessé d’être / Allons vers un pays / Qui va naître. » Dans le disque sont aussi cités Leprest, Brel, Léo, Rimbaud. Et Tina Turner. Par tous ses bouts, par tous ses sillons, nous sommes là en pays de connaissances.

 

Oté Pirates, Itinéraire d’un Occitan indien, JBE Mizik 2014. La page facebook d’Oté Pirates c’est ici.

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Une réponse à Oté Pirates, lettres d’un lointain bout de France

  1. Michel TRIHOREAU 27 novembre 2014 à 8 h 46 min

    Je viens d’écouter l’album d’Oté Pirates et je découvre seulement maintenant l’article.
    Juste un point de désaccord avec Michel (K) : Il y a bien une unité dans cet album, même plusieurs. J’y ai trouvé une saveur agréable dans son humanité, sans grandiloquence, avec une certaine chaleur. De plus, ce jazz réunionnais est très plaisant à l’oreille et il fait un lien harmonieux entre les morceaux, même pour ceux qui auraient le tort de ne pas écouter les paroles.

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