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Terrain déminé, Dimoné

Dimoné (photo DR)

Christophe Sirven et Dimoné (photo d’archives DR)

Dimoné, 14 novembre 2014, festival Les Oreilles en pointe, Le Quarto à Unieux,

 

« Chuttt, chutt, shut up ! » La première chanson fait étrange impression. Comme si des mots-reliefs passaient, perçaient le mur du son pour s’exposer à nous qui les collectons et tentons de reconstruire, d’assembler une insolite poésie. « Où l’écho cherche des noises au bruit… » Comme un edelweiss perçant la neige. Un narcisse peut-être.

Nos oreilles, à présent domptées, corrigent d’elles-mêmes, vont plus loin, se calent sur la fréquence et pénètrent cet art hors des chants communs. Pénètrent ? Elles sont happées, vampirisées, dimonées. « Et ainsi font, font, les fondamentaux. »

Sur scène, Dimoné, belle guitare bleue. Il en a une autre, du même bleu, en beaucoup plus petite. Et une troisième encore. Lui et Jean-Christophe Sirven, les doigts sur un clavier qui fait main basse sur d’insolites programmations.

L’ombre portée de Bashung, son élégance, son mystère aussi, semblent être sur Dimoné. Non qu’il s’en inspire mais on a l’impression, « à faire de la varappe sur les parois de paraffine », qu’il a le même trousseau de clefs que le créateur d’Osez Joséphine. « Une bouffée de ventoline pour notre âme / Happée apaisée / Reprenant du souffle et suspendant les soupirs. » S’il y a Fauque, y’a pas faute.

Dimoné c’est une poésie électrique, organique, qui se démène dans la complexité des sentiments, d’émotions fardées de provocation, carte du tendre secouée, malmenée. L’homme en est touchant.

Trop chaud sous les projos, il s’en va prendre le frais sur le rebord de scène, assis face à l’assistance : « J’espère que tu seras conne comme aujourd’hui / Lorsque tu partiras, pour que je te regrette pas… »

Dimoné est tant en transes dans son art qu’avec nous, par deux trois mots, des politesses, des facéties. Pour l’essentiel les spectateurs découvrent l’artiste qui, ma foi, force le respect. Le terrain est déminé, Dimoné. Mais le set est court, bien trop court, le temps d’une première partie, pas même d’un co-plateau. On se quitte déjà. Rappel sur un bouquet de narcisses, autobiographie rageuse, aux mots qui dardent et se piquent : « C’est la guerre autour de nous, mon amour… »

On se pique facilement de Dimoné. D’ailleurs la pochette de son nouvel album est un essaim d’abeilles : étrange dessein. Ça bourdonne bien longtemps après que Dimoné ait quitté la scène. Un étrange et singulier artiste est passé. Qu’on adopte.

 

Le site de Dimoné, c’est ici. Ce que NosEnchanteurs a déjà écrit sur lui, c’est là.

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4 Réponses à Terrain déminé, Dimoné

  1. LL 16 novembre 2014 à 18 h 53 min

    (commentaire prélevé sur facebook)

    Mister Kemper a retourné sa veste ??? et de ressortir le clip Les narcisses alors qu’un Homme libre est en ligne ! pfff ! perplexe !!

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    • Michel Kemper 16 novembre 2014 à 19 h 21 min

      Il faut vraiment ne pas savoir lire, ou être bête et obtuse, pour interpréter de façon perverse l’article que j’ai signé sur Dimoné lors de Barjac 2013 et qui a fait, on le sait, assez médiocre mais fructueuse polémique (polémique pour autant très efficace au bénéfice de Dimoné, et c’est très bien pour lui). Constater une erreur de programmation à tel endroit précis, à tel moment précis (c’est vrai qu’il fallait y être pour le constater de visu, à Barjac, avec ce public si particulier, si « entier ») ne veut pas dire qu’on n’apprécie pas, voire qu’on condamne l’artiste concerné : on relate simplement ce qui s’est effectivement vécu, on constate.
      Je suis de ceux qui apprécient Dimoné (plus que vous pouvez le penser, même). Sous la plume de Claude Fèvre, NosEnchanteurs a publié il y a quelques mois une chronique de scène élogieuse sur Dimoné. Et j’ai signé, il y a un mois de cela, avec grand plaisir, la chronique discographique de son dernier album, illustrée d’ailleurs par Un homme libre, vidéo extraite de cet album, que nous avions déjà mis en Chanson du jour sur ce même site. Encore faut-il le savoir avant de se fendre d’un commentaire inutile. Pourquoi donc remettre, en bas de ce nouvel article, cette même vidéo que les lecteurs de NosEnchanteurs ont déjà vue par deux fois ? Les narcisses ont fait partie du répertoire de ce concert d’avant-hier. Parce que c’est d’un précédent album, il faudrait oublier ce titre que Dimoné venait de faire en rappel ? C’est stupide.
      Entre nous, Letty, je n’ai jamais retourné ma veste, pas une seule fois. Les opportunistes ne publient pas sur NosEnchanteurs.

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  2. catherine Laugier 17 novembre 2014 à 20 h 15 min

    Merci Michel pour ce bel hommage !
    Pour ceux qui ne connaissent pas leur Dimoné sur le bout des lèvres ou des oreilles, je précise que toutes les chansons évoquées par Michel font partie du 4eme album, Bien Hommé Mal Femmé, sauf la dernière, les Narcisses, celle du rappel, et de l’illustration vidéo, chanson emblématique tirée de l’album Madame Blanche (2009).
    Après la première citation se rapportant à Chutt Chutt Shut up, cinquième de l’album, la seconde, « …les fondamentaux » fait allusion à la deuxième de l’album, Soiñons nos rêves, la troisième citation, « à faire de la varappe… », évoque la quatrième de l’album, Les triples axels, et « J’espère que tu seras conne comme aujourd’hui… » est extraite de la première, Un Homme libre.
    Album qui a en commun avec ceux de Bashung le rock inventif et musical et la poésie charnelle, « étrange et pénétrante » pour paraphraser Verlaine, se jouant des mots et des maux à la Jean Fauque.
    Mais il est avant tout celui d’un Dimoné maturant son art hermétique parfois, évocateur toujours et fascinant.
    Illustrations vidéo :
    Chutt Chutt Shut up : http://youtu.be/DZx63dCC_EQ?list=PLvflGeH30-DX4HsmiBYKJ5QdDPwhJyFIs
    Un homme libre : http://youtu.be/1ROqvgDqZAw?list=PLvflGeH30-DX4HsmiBYKJ5QdDPwhJyFIs
    (Live festival de Marne Villejuif, différent du Live publié à propos de l’album)
    ou http://youtu.be/c4ZYEMdH-0o?list=PLvflGeH30-DX4HsmiBYKJ5QdDPwhJyFIs
    (clip de Renaud Papillon Paravel)
    En cadeau la 8eme chanson de l’album, Maquille-moi :
    http://youtu.be/Fzvdrbtq9NY?list=PLvflGeH30-DX4HsmiBYKJ5QdDPwhJyFIs
    et pour les passionnés ma playlist à peu près complète :
    http://www.youtube.com/playlist?list=PLvflGeH30-DX4HsmiBYKJ5QdDPwhJyFIs
    Je précise que j’ai découvert Dimoné suite à l’article polémique de Michel, où j’avais été d’abord attirée par le
    « Dimoné est séduction, ivre de scène, son cou qui s’étire, sa tête qui le prolonge et fait jonction, fusion avec son micro, son corps en transes à suer de rock, à perler de mots étranges, répétitifs, captivants ou irritants, selon qui on est… »

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  3. catherine Laugier 25 février 2015 à 0 h 20 min

    J’ai enfin vu Dimoné le 13 février, dans un petit lieu chaleureux de Marseille, La Mesón, une sorte de bodega où l’on programme aussi du Flamenco, et ici c’était la French Touch, donc pas sur scène mais pas loin de nos genoux, et c’est encore mieux. Le son (merci Jean-Christophe) et les lumières étaient bons, l’ambiance douce, et nous, nous l’avions pour nous seuls .
    Donc nous avons eu le temps de profiter de toutes les chansons du dernier album Bien Hommé Mal Femmé (sauf une), plus quatre du précédent, parmi mes préférées, comme les Narcisses ou Suspendu au vent.
    Dimoné se présente comme un Janus à double face, à la scène habité de rock et de mots qui sonnent et qui dansent, se percutent, s’exécutent, les yeux fermés et tendu de sensations et d’émotions, en une sorte de mouvement intérieur; puis calme, attentif, empathique à la ville. On pourrait penser que c’est à lui même qu’il dit « Maquille–moi ce sourire d’artiste », comme s’il voulait se protéger. Mais la tendresse reste sous-jacente aux textes torturés, Triples axels est très emblématique à cet égard : « Faisons des triples axels /Sur le sol glacé /Avant de remonter dans la nacelle /Se réchauffer à la chaleur de nos baisers /On éteint /Un peu maman pour le soir et les histoires /On allume /Un peu papa pour les sorts quand il fait froid dehors « .
    Il prend le temps de nous parler de Marseille, de l’OM, des jujubes. Il n’a pas mis son blouson de cuir, il est sobre, chemise noire de cow-boy, cravate et fixe–cravate, le public boit ses gestes et ses paroles, séduit, même si certains viennent de faire sa connaissance, le rappelle.
    Ah, Michel, la petite guitare turquoise, en fait c’est une mandoline électrique, il l’utilise sur Un homme libre.
    Ecoutons »Je voudrais », chanson du précédent album:http://youtu.be/Lql3Ay8RbWI?list=PLvflGeH30-DX4HsmiBYKJ5QdDPwhJyFIs

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