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Avignon off 2015. Sylvain GirO et ce lac d’ailleurs, d’ici et de nulle part

Sylvain GirO (photo Catherine Laugier)

Sylvain GirO (photo Catherine Laugier)

Dans ce lieu historique XVIIIe siècle, Le Grenier à Sel accueille chaque année les compagnies de la Région des Pays de la Loire pour le Festival d’Avignon. On ne s’étonnera donc pas d’y retrouver le breton Sylvain GirO que NosEnchanteurs a découvert depuis longtemps déjà.

Le reste de la France, Avignon et moi-même ne le connaissions pas. Pourtant dès le premier descriptif, dès le premier extrait, j’ai été happée, avec une grosse envie d’aller voir ce mystérieux Lac d’Eugénie. Bonne intuition. Le chanteur, donc, c’est Sylvain Girault, nom de scène GirO. Devant ses musiciens, sa présence calme, les bras le long du corps, remplit cependant la scène. A ma gauche, Julien Padovani, cheveux en chignon, orgue Hammond, Fender Rhodes et autres claviers même à soufflets. Au fond, Erwan Martinerie et son violoncelle déchirant. A droite, Jean-Marie Nivaigne à la batterie. Un instrument à part entière qui sait se faire gros bruit comme sons délicats, chaîne de vélo qui grince ou baguettes qui tintinnabulent.

L’atmosphère musicale est d’emblée sidérale : nous en serons sidérés tout le long. Au sens propre, émerveillés par ce conte initiatique, enveloppés par ce récit, ces chansons, la voix doucement brûlante du chanteur (si, c’est possible) et de ses musiciens qui font les chœurs. Cette musique, fusion de tout ce qui a de meilleur dans le monde, depuis le rythme entêtant du bourdon des chants traditionnels bretons ou pas, jusqu’au rock progressif, en passant par le jazz, des tonalités orientales et toutes les tendances de la musique pop contemporaine. Et pas par goût d’une vaine recherche, non, tout coule naturellement de source. Ils aiment ce qu’ils font, ils le ressentent et ça se ressent. Une sorte d’opéra moderne, qui mêle les contes de Merlin l’Enchanteur à la réalité prosaïque d’un vélo orange (mais fluorescent), d’un train ou d’une Renault 5 Campus de 1986, orange toujours, en panne dans un lieu désert, effrayant.

Dans ce voyage on erre de Vieux Palais en maison désertée, de lac bleu en grèves de sable, de terres brûlées en nuits étoilées. On naît, on grandit, avec un « sourire de ficelle. » On croise dans la forêt blanche des monstres et des sorcières, les enfants suivent la procession en chantant  « une grenouille sur un ananas. » On rencontre Clémence, avec ses pieds nus, ses jeux de séduction et sa robe blanche. Et puis ce jeune homme, « qui en paraît cent (…) et s’agrippe  / A son beau fusil d’argent. » La grande dalle blanche du cimetière, le carré des indigents, où reposent des fils de guerre. Ils étaient prévenus, ceux qui dansaient sur cette musique celtique qui finit dissonante : « on ne peut pas /  Arrêter les balles à la guerre (…) Et tu peux faire ta prière » Le bal. L’amour : « Tu es ma brèche, ma fêlure, mon creux (…) La pierre sonnante(…) Elle m’a troué le ventre, elle m’a traversé. »

Le parlé scandé, ensorcelant, se combine habilement aux chansons de l’univers particulier de Sylvain GirO, puisé dans ces deux derniers albums, Le lac d’Eugénie , qui donne son nom au concert, et Le batteur de grève de 2011. Sylvain réussit à être complètement envoûtant avec son jeu sobre et expressif, des bras qui s’ouvrent en croix, des mains qui se lèvent, ou dessinent des arabesques. Un corps qui tourne en lentes pirouettes ou, de dos, esquisse un strip-tease. L’allure soudain d’un pantin désarticulé. Il danse, crie, parle ou chante. Et ce regard qui vous transperce…ou soudain se fait sourire. Un acteur, un danseur ? Il n’en est rien pourtant.

Musiques douces, presque intimes, avec les pizzicati du violoncelle,  des notes flûtées ou des cliquetis, alternent avec riffs ascensionnels, orgues enflant sur des chœurs donnant la chair de poule, sons de cloches, déchirements de cordes, rythmes tribaux, onomatopées, voix rauques ou aiguës…

Le public est comme les enfants du conte, prêt à suivre partout ce « type immense qui nous emmenait où il voulait. »

 

Le site de Sylvain GirO, c’est ici.

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Une réponse à Avignon off 2015. Sylvain GirO et ce lac d’ailleurs, d’ici et de nulle part

  1. catherine Laugier 24 juillet 2015 à 17 h 55 min

    Cet article de ce spectacle vu le 17 juillet n’a pas pu passer plus tôt pour une raison indépendante de notre volonté. Dommage pour vous spectateurs potentiels, c’était la dernière mercredi, mais je vous ai déjà dit sur facebook qu’il fallait y aller. Ceux qui ont la chance d’être bretons pourront aller s’envoûter à Nivillac le 12 septembre ou à Carnac le 23 octobre .

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