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Michel Delpech, 1946-2016

Michel Delpech (photo DR)

Michel Delpech (photo DR)

Il fut un temps où on cachait cette maladie, où surtout on ne la nommait pas. Lui a tenu à en informer. De son combat, de sa victoire : il en a même fait un livre, Vivre ! (Plon, 2015). Puis de sa rechute, chronique de sa mort annoncée. Cruelle et ironique maladie qu’un cancer de la langue et de la gorge pour un chanteur…

Michel Delpech fut un chanteur de variétés jusqu’au jour où on s’aperçut qu’il était sans doute bien plus, émargeant autrement dans l’estime de cet art. Que certaines de ses chansons balisent notre parcours, que parfois même elles ont anticipé la marche et la législation de notre société, comme Les divorcés, avant qu’il ne le soit lui-même : « Si tu voyais mon avocat / Ce qu’il veut me faire dire de toi / Il ne te trouve pas d’excuse / Les jolies choses de ma vie / Il fallait que je les oublie / Il a fallu que je t’accuse… »

Chanteur populaire d’une exquise urbanité, Delpech fut comme un chroniqueur de son temps, avec bien plus de précision qu’il ne tenait son Inventaire [en] 66. S’il faut sans doute oublier ses titres du début (il débuta en 1964, au presque déclin des années yéyé), une somme de chansons restera longtemps dans nos mémoires comme matière à fredonner et plus encore. Que Marianne était jolie, Le Loir-et-Cher, Rimbaud chanterait, Wight is Wight, Le chasseur, Quand j’étais chanteur… Par bonheur, un (excellent) disque de reprises existe (Michel Delpech &, 2006) avec des comme Souchon, Cabrel, Mounier, Clerc, Vassiliu, Jonasz, Cali, Clarika, Bénabar, Voulzy : ça nous évitera peut-être la cata de ces aspirants chanteurs qui invariablement passent par la case compilation pour se faire la voix et les dents. Et salissent tout.

Une biographie est sortie il y a quelques mois aux éditions Carpentier envers laquelle, en temps normal, nous aurions été critiques. Toute la vie de Michel Delpech et « enfin la résurrection » : Inventaire de Béjo et Stéphane Loisy était trop optimiste.

En début de l’été dernier, Michel Drucker, alors en pleine promo, avait annoncé en fanfare que son ami Delpech ne verrait pas septembre. Michel Delpech eut alors l’élégance de différer son trépas pour donner tort à ce vulgaire VRP du bizness. Juste le temps de passer l’année. Puis disparaître aux premières heures de 2016.

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4 Réponses à Michel Delpech, 1946-2016

  1. Pol de GROEVE 3 janvier 2016 à 17 h 41 min

    Une petite anecdote personnelle A l’issue d’un de ses concerts, voici quelques années (7-8 ans ?), j’ai profité de la séance de dédicaces et photos qu’il offrait généreusement à son public pour refiler mes coordonnées à Michel Delpech, en lui faisant savoir que j’écrivais des chansons et que je serais fier qu’il s’intéresse à ma plume. Il avait sorti un CD quelques années auparavant, dont toutes les musiques étaient signées d’un inconnu. Alors, pourquoi pas ? Je ne me faisais évidemment guère d’espoirs.
    J’ai eu la grande surprise d’avoir une réponse de sa part quelques semaines plus tard. Il répondait bien sûr par la négative à ma proposition, mais il avait visiblement pris la peine de jeter une oreille sur les chansons que j’avais écrites (j’avais joint un CD à ma bafouille) et y allait d’un petit commentaire.
    Moralité : j’ai été fou de joie de voir combien l’artiste était fidèle à l’image d’honnête homme qu’il dégageait. Croyez-moi, il est extrêmement rare qu’un artiste prenne la peine de répondre à une telle démarche (et je ne parle pas que des stars du show-biz !!!).
    Alors, c’est vrai qu’il n’a pas chanté que des trucs d’une haute qualité, mais Delpech le faisait avec sincérité et sans jamais prendre de haut ce public populaire qui le chérissait. Rien que pour cela, je tire mon chapeau.

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  2. Frédéric Pagès 3 janvier 2016 à 22 h 40 min

    Michel Delpech n’a peut-être pas fait que des chefs d’oeuvre mais il avait en lui cette chose difficile à définir et qu’on pourrait appeler la musicalité. « Que Marianne était jolie »… j’adore cette chanson. La musique est de Papadiamandis mais elle lui allait comme un gant.

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  3. Sylvie Lamy 3 janvier 2016 à 23 h 41 min

    Dans les hommages enduis, on ne parle que des succès populaires de Delpech. On oublie Les albums  » comme vous » et « sexa  » parus entre 2004 et 2006 et qui contiennent de bien jolies chansons interprétées avec une voix fragile, très touchante.

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  4. catherine Laugier 4 janvier 2016 à 21 h 53 min

    Les succès populaires me plaisent aussi, il avait l’art d’exprimer les sentiments des gens en développant les siens, avec une voix et une expression touchantes, et s’entouraient de bons compositeurs, capables de mélodies prenantes.
    Tu me fais planer, Pour un flirt ou Draguez-moi ( pourquoi a-t-on supprimé les slows ?) C’est léger ? Oui, tout ça c’est la vie. La nostalgie ? Peut-être, d’une époque heureuse, même si pour lui il y a eu beaucoup de doutes, et de longues périodes d’éclipse. Ces interrogations, ces aveux : J’étais un ange, et la chanson éponyme, Les aveux (Il est fatigué, le Prince charmant)
    Pour l’émotion, là où j’ai été bouleversée, c’est avec cette version de « La fin du chemin » il y a un peu plus d’un an (La Bible chantée)
    On trouve l’album « Comme vous » sur certaines plateformes de téléchargement de musique.
    Merci à d’autres chanteurs de l’avoir relancé en l’accompagnant en duos. On devrait quelquefois faire confiance aux artistes qui se reconnaissent entre eux, et qui se rendent mutuellement hommage de leur vivant.

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