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Pourchères 2016 : Michel Boutet, modeste et entier

Michel Boutet sur le scène de Pourchères (photo Michel Kemper)

Michel Boutet sur la scène de Pourchères (photo Michel Kemper)

« L’hiver passera pas le printemps / C’est entendu depuis longtemps / Mais t’as cent mille fois raison / De vivre tes quatre saisons ». C’est un modeste qui, flanqué de sa guitare, nous raconte des histoires relevant parfois de l’intime, parfois du collectif, souvent des deux. Sans nul effet de manche, sans ficelles, sans trucs du métier. Modeste, vous dis-je, naturel. Et talentueux. Flanqué de deux étonnants complices : le jeune et beau Mélaine aux percussions, Lionel Dudognon à la basse. Lui est comme la superposition de Leprest, Dutronc père, Romain Didier et, à n’en pas douter, Bashung, lunettes et posture inclues. Et donc Boutet, au milieu. Lui, ce n’est pas qu’on ne le voit pas, c’est qu’il se fond dans le panoramique des ses chansons qui font écran, toiles sur lesquelles se projettent, parfois en couleurs, des fois en sépia ou en noir et blanc, des scènes et des personnages sur fond d’infinie mélancolie. Du cinéma, les chansons de Michel Boutet ? Pas tout à fait, plus documentaire en fait, presque de l’ethnologie, en prise directe avec la vie, celle d’avant, celle d’aujourd’hui. Avec des focales chaque fois différentes : des plans larges qui saisissent la complexité de la vie, des plans rapprochés qui fixent la traînée d’une larme.

C’est tant le souvenir du père et des gardes-barrières que celui de cette saloperie de guerre d’Algérie, l’évocation des copains de caboche, un regard au vitriol qui raille avec drôlerie La manouf pour tiss… A écouter Boutet, on a l’impression de lire des articles jamais publiés, restés au marbre de gazettes trop timides, cadenassées. De l’entrefilet à l’enquête, de la plus petite anecdote à la grande Histoire, pas celle officielle mais celle qui souffre et souffle, au plus près du vécu. Ce sont voyages intérieurs, mais aussi voyages quand l’avion décolle, le bateau quitte le port, quand le vin frissonne le souvenir de Barcelone…

Un concert de Boutet c’est ça, un séjour en douce et belle nostalgie, celle des temps passés et de ceux à venir, spleen aux superbes mélodies, arrêts sur images et sur nous, sur ce que nous sommes. C’est précieux, infiniment chaleureux comme une insolite berceuse faite de douceurs et d’insolence, d’un devoir de mémoire, de colères et de combats. Et de quelques mots d’amour, lui qui paradoxalement met peu son cœur à nu, trop pudique, trop discret, modeste j’insiste, mais entier : « Si tu l’aimes, c’est toute entière / Il faut rien laisser en jachère. »

 

Le site de Michel Boutet, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs en a déjà dit, c’est là.

Une réponse à Pourchères 2016 : Michel Boutet, modeste et entier

  1. MARTINE ULLMANN 4 juillet 2016 à 18 h 19 min

    Après lecture attentive de cet article, envie de faire plus ample connaissance avec cet artiste ….

    Répondre

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