CMS

Contrebrassens, tout contre

Dupuy, notre Contrebrassens (photo)

Pauline Dupuy, notre Contrebrassens (photo Guillaume Long)

Y-a-t’il matière à faire chronique de ce disque ? Si c’est pour brusquer ceux qui lèvent les bras au ciel en pestant que seul un homme peut chanter Brassens, oui. D’autres qu’elle se sont mises aussi, non forcément à la moustache et à la pipe, mais à chanter le natif de Sète. Telle Patachou qui fut la première à prendre des chansons à l’auteur du Gorille. Puis Barbara à ses débuts, qui en fit même tout un album : son premier.

Contrairement à Valérie Ambroise (autre de ses fameuses interprètes, qui ne pouvait assumer certains vers de Brassens tels que « pour l’amour on ne demande pas / aux filles d’avoir inventé la poudre »), Pauline Dupuy (notre Contrebrassens) ne corrige rien aux propos du vieux. Je ne sais si elle les adopte mais les interprète, sans chichi aucun, d’une voix presque fragile que contrecarrent des propos parfois bruts. Elle, sa voix et sa contrebasse. Le luxe, le seul, c’est celui d’un presque orchestre pour ce disque, fait de mellotron, optigan, célestas, dulcitone, wurlitzer, piano bastringue, piano jouet, vibraphone, marxophone, clavecin, guitares, banjo, flûtes irlandaises et percussions (tous joués par Michael Wookey, par ailleurs directeur artistique de cet opus) mais aussi batterie, trombone, euphonium, guira, trompette, pichotte, castagnettes, clarinette, clarinette basse, violon, accordéon, harmonium et harpe. Orchestre, oui, imaginatif, singulier, coquin lui aussi, mais qui jamais ne s’impose, ne supplante, de ses notes ne pousse la voix dans les orties.

ob_b1447a_brassens-contrebrassens-musique-cdLes propos du père Brassens vont bien dans la voix de Pauline, sans malice particulière. Oui, les enfants de chœur se masturbent à l’idée de la nonne qui s’admire et se déshabille, tandis qu’à la plage suivante une demoiselle choisit de rester pucelle. Oui, ça parle abondamment d’amour – tel est le choix de cette sélection –, bien qu’Il n’y a pas d’amour heureux et qu’au reste Cupidon s’en fout : « Pour changer en amour notre amourette / Il s’en serait pas fallu de beaucoup / Mais, ce jour-là, Vénus était distraite / Il est des jours où Cupidon s’en fout ». Cette interprétation calme, reposée, sans rancune mais pas sans regrets, est un sommet de ce disque ma foi indispensable pour qui aime la féminité du père Brassens.

Pauline Dupuy n’en est pas à son premier projet musical. Dans le domaine de la chanson, elle fit notamment partie du groupe stéphanois La Rouille (deux albums, en 2003 et 2005). C’était alors sans connaître Brassens, sans faire de pédalo sur la plage en rêvant… Ce fut une rencontre, un choc, un soir d’orage par bonheur sans paratonnerre. Pauline Dupuy est depuis devenue, malgré le nombre de postulants, l’une des plus grands interprètes de Brassens. Tant que c’en est simplement bouleversant.

Malgré ce grand renfort d’instruments, j’ai voulu dire la sobriété de l’interprétation musicale : il n’y a vraiment que sur le dernier titre que ça se lâche, très jazz, presque fanfare. Dieu que Mourir pour des idées est joyeux sur ce disque-là.

 

Contrebrassens, A l’ombre du cœur, Yes Music/Grosso modo diffusion 2016. Le site de Contrebrassens, c’est ici. Sortie du disque le 13 janvier 2017. En concert le 13 janvier à L’Isle d’Abeau (38), le 14 à L’Arbresle (69), le 15 à Saint-Etienne (42), le 19 à La péniche Antipode à Paris, le 20 au Centre culturel du Blanc (36), le 21 à L’improbable librairie à Saint-Genest-d’Ambière (86). Autres dates (Paris, Chessy, Rennes, Nantes…) sur le site.

Image de prévisualisation YouTube

4 Réponses à Contrebrassens, tout contre

  1. Odile 9 janvier 2017 à 10 h 01 min

    Tout à fait d’accord Michel, une interprétation bouleversante.
    j’attends avec impatiente la sortie de ce disque.
    Heureux ceux qui pourront la voir sur scène.
    Merci pour ce lancer de disque, que je reçois en plein coeur!

    Répondre
    • Michel Kemper 9 janvier 2017 à 10 h 36 min

      Le hasard veut que Pauline Dupuy présente son disque ce dimanche à Saint-Etienne, au Pax. A côté de chez moi, donc. Il me faudrait beaucoup de verglas et de neige pour que j’y renonce !

      Répondre
  2. Noëlle Delétang 9 janvier 2017 à 18 h 01 min

    Ce CD est une merveille inattendue que l’on écoute en boucle tant l’interprétation est attachante et l’orchestration riche et subtile.

    Répondre
  3. Odile 14 janvier 2017 à 10 h 38 min

    Je viens de recevoir  » A l’ombre du coeur … ».
    Pauline et ses musiciens, nous emmènent dans le monde de Brassens à leur façon, originalité, douceur et émotion.
    On est comblé par leur interprétation.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Archives