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Barjac 2017. Un Morel à toute épreuve

Gérard Morel à Barjac (photos Anne-Marie Panigada)

Gérard Morel à Barjac (photos Anne-Marie Panigada)

29 juillet 2017, Barjac m’en chante, cours du château,

 

Inaugurer un nouveau Festival Barjac m’en chante avec les deux Morel, c’est comme participer à une dégustation de vins de pays où les vignerons se seraient amusés à remplir quelques-uns des flacons de Bourgueil ou de Saint-Pourçain avec de la Romanée-Conti et du Petrus. Parce que sous leurs airs faussement bonhommes et gouleyants, le Gégé et le François s’avèrent être, en réalité, de sacrées bêtes de compète et des nectars de première.

Mais, commençons plutôt par le début. En ce fort agréable début de soirée, la Cour du Château de Barjac se remplit doucement, jusqu’à être « ras la goule ». Même si l’ambiance semble être on ne peut plus bon enfant, plus le soleil tombe, plus on sent la patience des festivaliers avoir envie de se mettre à l’ombre. Mais, nulle tension dans ce ressenti-là. Juste le plaisir de se retrouver, pour un millésime nouveau, avec une programmation faisant frémir l’échine (et le reste), en offrant juste à l’attente un cadre autrement plus délicieux et exceptionnel qu’une triste salle de dentiste.

Et c’est justement le moment où Gérard Morel ramène sa fraise. Et où, bien que seul en scène (avec la guitare qui l’accompagne, tout de même), il commence en fanfare : « Nanana Neuneuneu Ninini Nonono Nununu Naneuninonu… » Avec son esprit de « contrat diction » désormais légendaire, le bon gars pas dégueu vient d’entamer le festival Barjac m’en chante (où l’on sait à quel point le texte y est érigé comme une oriflamme), avec des onomatopées babilesques digne des plus petits. Et il avoue même en avoir rêvé, le bougre ! Mais, bon… ce qui semble être une bravade et un coup pied de l’âne aux bien-pensants de la chanson dite de qualité ne serait-il pas plutôt, en réalité, une façon malicieuse de se débarrasser de cette putain de pression, qui eût pu le stresser et le diminuer au moment d’entamer son tour de champ ?

Parce que, mine de rien, avec une intelligente alternance de chansons d’amours déclaratives (Gérard « maux réels ») et de déclarations d’amour à la langue (Gérard « mots réels »), le Dr. Jekyll & Mr. Hyde de la chanson nous a concocté un programme malin, nous faisant (alter naïvement et mine de rien) basculer du sourire aux frissons, puis du rire aux larmes, juste le temps de trois accords, de quatre couplets et d’un refrain. Harmonieux tissage d’ancien et de nouveau, le répertoire est à la mesure de Barjac : en l’écoutant passer de Stances à sa gorge à Y a plus de saison dans ma pampa » et de La prunelle de ses yeux à Le dit du chat de Natacha, j’ai vu, par fulgurances, passant sur les murailles du château, le fantôme de Tonton Georges, nous souriant avec une douce sérénité. Et je n’ai pas peur d’écrire que La grasse mat (également parfois appelée Il pleut des cordes)  est pour moi l’une des plus belles chansons qui soient, et qu’elle me fait frissonner à chaque fois que j’ai le bonheur de l’ouïr.

c0112Et puis, il y eût également de véritables vagues de rire et de plaisir qui parcoururent l’assistance, comme pour Le tango du lumbago, inspirée d’une conversation téléphonique avec l’ami Bernard Joyet : ou comment transformer un mal personnel en un bien collectif…

Mais, je pense que tout ça, au fond, pour Gérard Morel, c’est une façon de chanter à ce public ô combien exigeant (et qui a goûté avec un plaisir manifeste chacun des mots d’un auteur à la hauteur), qu’il a acquis ses lettres de cachet (non sans noblesse) et qu’il peut désormais « avoir le public à sa main ». Et, s’il vous plaît, ne vous méprenez pas sur le sens profond de cette dernière assertion. Elle n’a aucune visée subversive et ne se veut en rien provocatrice. Cela signifie juste que, hier, Gérard Morel, comme dans un fauteuil, nous a tranquillement pris par la main, guidé sur ses chemins et amené sur son terrain, sûr de ses forces et de ses gouleyants arguments. Cela ne s’appellerait-il pas « la maturité » ? En tout cas, cela y ressemble à s’y méprendre ! Et l’on a pris un plaisir immense à déguster ces « petites chansons à la con » issues de son Q.I. curieux. Juste comme si c’était des Grands Crus

 

Le site de Gérard Morel, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est là.

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