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Jean-Pierre Réginal, rare et indispensable

Jean-PIerre Réginal (photo DR)

Jean-Pierre Réginal (photo DR)

« De confidence en confidence / Me voici vers vous revenu / Et selon serment d’allégeance / Je vous remets mon cœur à nu / Avec un brin d’impertinence / Je vous ai gardé au menu / Ce supplément d’adolescence / Que vous m’avez toujours connu… » Rien que pour de tels vers, eux et bien d’autres du même tonneau, il nous faut écouter Jean-Pierre Réginal. Et s’en délecter sans retenue. Il serait dommage que ses Égarements s’égarent et se perdent dans notre indifférence au seul prétexte que Réginal n’est pas coutumier de la télé. L’ancien prof de gym qu’il est entretient sa forme en s’économisant : son précédent album (alors son cinquième, dont un en public enregistré dans les studios de la radio Sarroise), Fragile accalmie, remonte à 2010. Du coup, ses nouvelles chansons ont pris le temps de bien mûrir, de monter en impressions, en émotions comme en humour, en arômes. C’est du bon, du très bon. Avec des vers dont de simples extraits font l’effet de bonnes feuilles : « Ma jolie voisine / Arrose ses fleurs / Mon regard devine / D’exquises rondeurs / Où la soie de Chine / Qui voile son cœur / N’est que l’antichambre du bonheur… » Car il y a de quoi chiner entre ses chansons, dans l’étal des plages de ce disque, où les notes du piano toujours vont mourir, non sans s’être auparavant utilement accouplées avec contrebasse et guitares, clarinettes et tuba, banjo, mandoline, ukulélé et batterie.

Il y a, pour vous en donner une idée, un peu de Dautin, de Laffaille, de Reggiani, de Bourvil aussi en Réginal, tant dans la narration que dans l’interprétation, dans la musicalité, classicisme soyeux pour confort d’écoute. Mélodies à la fois discrètes et bien présentes, judicieuses, mises en valeur par l’arrangeur et preneur de son Jean-Luc Arramy.

couv-livretSi l’amour et le désir sont bien présents qui chacun vaut son pesant de chansons, d’autres sujets jouent les troubles-fête. Telle la Connerie universelle « (qui) brisa l’idée d’un lendemain », la vanité, la Panne de soleil qui nous prive de tout espoir, les kilos superflus et l’histoire de ce proctologue « installé dans un trou ». Inventaire comme sur un pré vert, qui n’a de dénominateur commun que le souci du bien chanté, du plaisir d’offrir, de la joie de recevoir. Un disque talentueux et malicieux qui vous réconcilie avec tout, si peu que vous l’ayez abordé avec un rien de contrariété. Un disque qui vous dit que la chanson est belle. Et en toute logique le restera.

 

Jean-Pierre Réginal, Égarements, Romane disques 2017. Le site de Jean-Pierre Réginal, c’est ici.

La vidéo ci-dessous est tirée d’un précédent album. Qu’importe, on s’en régale pareillement : Image de prévisualisation YouTube

6 Réponses à Jean-Pierre Réginal, rare et indispensable

  1. Nath 22 septembre 2017 à 18 h 43 min

    Artiste découvert fin des années 80 avec la grande Cora Vaucaire, j’ai toujours apprécié son écriture et ses prestations scéniques; moins les premiers CD mais le dernier, jusqu’à celui-ci, était déjà très réussi avec quelques très grandes chansons, dont un bijou, « Dans l’entre deux ». Dans l’attente de pouvoir écouter tout ce disque, j’ai beaucoup aimé la chanson proposée sur le site « la connerie universelle » qui dit tant de la marche sur la tête de notre monde. Je suis très impatiente.
    Merci d’avoir mis en ligne cette vidéo avec cette chanson indémodable et sublime, une de ses premières je crois.
    A bientôt Monsieur Réginal dès mon retour en France.

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  2. puget 22 septembre 2017 à 22 h 20 min

    Jean-Pierre Réginal est un vigneron étoilé de la chanson française ! Il vendange les émotions, les presse pour en extraire le jus, laisse fermenter l’inspiration, clarifie ses envies avant d’embouteiller rythmes et mots choisis pour que le nectar s’épanouisse en un grand cru. Chaque chanson se déguste comme une bonne bouteille. A consommer sans modération…

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  3. Jacques 23 septembre 2017 à 20 h 34 min

    Bonsoir Michel Kemper,
    peut-être vous souviendrez vous de notre échange à propos de cet artiste (et de quelques autres), l’année passée? Je citais encore Jean-Pierre Réginal le 18 septembre dernier, dans un commentaire sur un autre de vos articles…
    C’est donc un réel plaisir de lire cette chronique sur le dernier album de cet artiste attachant sur lequel le grand François Rauber ne tarissait pas d’éloges après avoir été l’orchestrateur d’un magnifique 33 tours à la fin d’une époque où les maisons de disques osaient encore miser sur la qualité et le talent. J’ai vécu la fin d’un label consacré à la chanson francophone, dont les derniers artistes signés furent, de mémoire, Réginal et Lafaille, excusez du peu !
    Je vous parle d’un temps…
    Si ces deux là ont pu et su continuer de creuser leur sillon dans la chanson, quand d’autres ont abdiqué, ce n’est pas grâce au soutien des médias traditionnels qui, les uns après les autres, abandonnèrent toutes références à la chanson dite « à textes ». La presse écrite d’abord, malgré la farouche résistance de quelques titres que vous avez bien connus, les télés ensuite (exit Jacques Chancel, Guy Béart, Jean-Claude Bourret, Pascal Sevran…), les radios enfin, remplaçant les José Artur, Claude Villers, Christian Barbier, Alain Poulanges, Jean-Louis Foulquier par les sacro-saintes play-list. Que reste t-il à ces artistes pour ce faire entendre aujourd’hui ? « Écoutez, écoutez-moi… écoutez, vous ne m’écoutez pas », chantait, en visionnaire, Jacques Debronckart.
    Enfin, il reste quelques espaces, pour qui n’est pas trop rébarbatif aux avancées technologiques, et c’est un bonheur de trouver, au hasard des chemins tortueux du web, cette belle page de respiration, de notes et de mots, Nos Enchanteurs !
    Je n’ai pas encore écouté ce nouveau CD, mis à part la chanson proposée sur le site de l’artiste, côté grave de Réginal. Mais cet échantillon et les propos de votre article me font saliver d’impatience.
    Ce que j aime chez lui, c’est la variété des sentiments que vous ressentez, à l’écoute de ses disques mais aussi dans ses spectacles. On passe du grave au léger, de la poésie à l’humour, du mauvais côté du monde qui nous entoure à l’envie de lendemain.
    Et ceux-ci chantent… comme Réginal, et c’est très bien.

    P.S. je n’oublie pas qu’il existe encore quelques radios locales privées qui font ce qu’elles peuvent, pour nous faire connaitre toute la palette de la production photographique. Mais il n’est pas facile de les trouver, et je doute de la puissance de leur impact.

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  4. Jacques 24 septembre 2017 à 12 h 22 min

    Dans le P.S. de mon commentaire, il fallait lire, évidemment, « phonographique », et non « photographique ». Les lecteurs auront rectifié d’eux-mêmes, bien entendu et auront pardonné cette étourderie qui m’a également fait commettre une bien belle faute d’orthographe. Mais je ne vais pas me dénoncer plus longtemps !

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  5. Marie-Claude 28 septembre 2017 à 14 h 20 min

    Bravo Jean-Pierre, continuez à nous émouvoir avec vos belles chansons. A bientôt le plaisir de vous voir sur scène.
    Je suis une amie de Nathalie grâce à qui je découvre ce site et ce bel article très bien fait.

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  6. Gérard 12 octobre 2017 à 15 h 33 min

    Permettez-moi, Michel, de préciser que la vidéo « Les mots s’en vont » est extraite de la captation d’un concert au Forum Léo Ferré d’Ivry-sur-Seine, filmé par Eric Nadot pour l’association Tranches de Scènes. Je pense que les DVD réalisés par Eric Nadot sont disponibles, autour d’un artiste différent chaque DVD.
    Et on peut retrouver un autre extrait de ce concert, avec la chanson « Dans l’entre-deux », sur le DVD « Autour de Bernard Joyet » qui avait invité Jean-Pierre Réginal à cette occasion.
    D’autres chansons dudit concert sur Youtube.
    Merci à vous.

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