Barjac 2018. Pascal Mary, la grande scène lui va si bien ! | NosEnchanteurs

Barjac 2018. Pascal Mary, la grande scène lui va si bien !

Pascal Mary (photos Anne-Marie Panigada)

Pascal Mary (photos Anne-Marie Panigada)

30 juillet, Espace Jean-Ferrat à Barjac,

 

Humour déjà dès les premiers mots. Pascal Mary vient de nous lire un texte de Francis Blanche aux « Souffleurs de vers » (la belle introduction aux concerts du château) et le voilà qui en rit en montant sur scène : « J’aurais dû vous lire un texte de Victor Hugo, je me suis savonné la planche ! » C’est que, là debout devant nous, il enchaîne a cappella avec  Les Funambules : « Nous nous tiendrons chaud serrés / Pour traverser le fil du temps ». La surprise, puis l’émotion envahit la Cour, il nous a bien attrapés dès le début… et ses mots déjà nous touchent « Nous cherchons les étoiles / Quand il n’y aura que des cailloux ». Cette voix, incroyablement modulée, prend ici sur cette grande scène toute sa belle puissance, toute son ampleur magnifique !

Oui, il sait bien qu’il n’a pas la réputation d’un clown, il en joue : « Déjà, on sent qu’on s’marrer ! En même temps, qui a dit que la vie était drôle ! ». Et dans la foulée, il nous brosse un panorama bien caustique de la vie avec Sans fin. Du bébé à la case départ dans le ventre de sa mère « Alors que t’étais peinard / A t’lover comme un têtard (…) Quelques mois plus tard / Y fallut sortir dare-dare » à l’Ehpad où « Y a des vieux en enfilade / Qu’ont le cerveau en rémoulade »…

Drôle ? Mais oui bien sûr, Pascal Mary l’est absolument, de cet humour noir qui sidère et réjouit toujours de sa justesse, de cette pudeur qui balaie les larmoiements d’un grand coup de rire. Qu’il peut contrebalancer dans la foulée avec une chanson d’une émotion absolue comme Le cœur et la peau « On sait qu’il ne sait pas sourire / Que la vie l’a frappé trop tôt » où l’élégance de son vibrato trouve toute son expression. Ou comme Les égarés « Que le ciel leur soit doux / Qu’ils y soient les premiers / Et qu’ils retrouvent le goût / D’aimer ».

0c PM 0098Pascal Mary nous emmène dans son univers : le temps qui passe, l’amour, la solitude, les blessures de la vie, l’enfance malgré tout… Mais ne croyez pas qu’on va s’y appesantir ! Humour toujours : « je ne voudrais pas ternir la réputation de chanteur festif qui me colle à la  peau ! » et, au rythme enlevé de son piano et toujours l’étincelle au coin de l’œil, le voilà parti pour nous présenter une famille très spéciale. La p’tite sœur « une vraie Sainte-Nitouche » / N’ouvre jamais la bouche » (et on ne vous dira pas pourquoi, la chute ne se dévoile pas !), la grand-mère, dont le chien se trouve bien démuni quand elle ne bouge plus sur le canapé (le gémissement du petit chien est un délice… et la fin de la chanson l’est tout autant) et un bien fameux repas de Noël « Y a pas que le sapin qui a les boules / Je me sens tout décoré tout comme lui ». Chansons toujours aussi réjouissantes de concert en concert, superbement interprétées par un Pascal Mary dont nous savourons les mots et la moindre des expressions ! Bonheur !

Plus intérieur pour les chansons émouvantes, tourné vers son piano, c’est sa voix et ses mots qu’il nous laisse entendre. Sa voix qui nous chavire et nous caresse de ses mots sensibles, infiniment mélancoliques et tendres. Vous allez voir, les superlatifs vont nous manquer pour parler de cette écriture incroyablement ciselée, de ces rimes si belles qu’elles s’effacent dans la chanson… Il faut le réécouter, aller en lire toutes les paroles, en déguster à nouveau toutes les notes ! Vous l’avez écouté ? Alors, vous saurez pourquoi nous le saluons bien bas : travail de titan ? ou disposition naturelle ? De sa voix déjà magnifique, il tire un débit extraordinairement enlevé, tout en articulant si magiquement que personne ne se pose même la question de ce petit miracle. La classe.

Il peut passer, avec autant de talent, de l’amour le plus profond avec la chanson Maman « C’n'est pas à toi que j’dis adieu / Mais à ton corps qui s’est fait vieux maman » ou sur son père « Pourquoi y a autant d’soleil / Pourquoi y a autant d’ciel bleu / Si c’est pour pleurer pareil / Si c’est pour être malheureux » sur ce drame intime du papa à la tête fragile (drame qu’il présente avec sa causticité naturelle « Vous vous demandez sûrement d’où vient cette grande virilité ? J’ai un modèle paternel assez fort !») à l’humour parfois féroce avec cette ode à la femme, dont la chute fait toujours autant rire, même quand on la connaît, tellement elle est bien amenée. Il se glisse ensuite avec aisance dans une belle grivoiserie assumée pour Maître-queue, et enchaîner sans pause avec Comme un aveugle à sa fenêtre, où l’émotion la plus pure se dessine « Je n’aurais pas dû te regarder / Autant / Sûr que mes yeux s’y sont brûlés / Pour longtemps ».

Comment arrive-t-il à être si touchant sans être poignant ? Comment fait-il pour être si drôle sans être lourd ? La classe, on vous dit. La classe. Celle de l’artiste qui sait magnifier ses blessures en mots simples et sublimes. Celle de l’homme qui se jette tout entier dans sa vie et en fait naître de chansons autant de pépites. Nous touche cette sensibilité qu’on devine à fleur de peau, cette poésie merveilleuse qui nous console à notre tour des blessures de la vie. Nous ravit cette lucidité féroce qui n’est finalement qu’amour de la vie telle qu’elle est, Tout et son contraire, absurde et terrible, souvent, merveilleuse tout autant « La vie ça coule / Et puis ça s’bloque / La vie c’est pas fait tout d’un bloc / La vie ça fait comme des grumeaux / Jusqu’à c’que tu lâches le morceau ».

Chanteur mélancolique, certes. Mais ne le laissons pas dans cette case-là, il sait jouer de tous les registres, de toutes les émotions, avec une telle présence qu’il était temps qu’on lui offre une grande scène. C’est un chanteur immense au talent fou. Nous sommes conquis, et pour longtemps.

 

Le site de Pascal Mary, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est là.

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