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Off Avignon 2018. Compagnie Interface : qu’avons-nous fait du feu de Prométhée ?

Vive la Vie Capture d'écran

Vive la Vie Capture d’écran

Théâtre du Balcon, 20 juillet 2018,

 

En 2015 nous avions été éblouis par L’oubli des Anges, de la même Compagnie suisse Interface, traitant avec beaucoup d’audace de la Mort et de la Vie dans un spectacle total mêlant Chant et musique, Ballet  et Théâtre. Vive la vie, créé en 2017 après deux spectacles sur l’enfance puis sur la norme sociale, est en quelque sorte le quatrième volet de cette histoire de l’homme, reprenant le même concept de spectacle total lyrique et baroque, avec les textes de Thomas Laubacher,  ces  chants déclamatoires en latin (Johanna Rittiner-Sermier, soliste lyrique, co-compositrice, et les chœurs) qui donnent une dimension de grand’messe à ce spectacle, l’énergie en mouvement des onze danseurs-interprètes sur la chorégraphie de Géraldine Lonfat, et un nouvel aspect circassien. L’époustouflante démonstration de cet artiste juché sur de grandes échasses qui arrive à danser avec elles comme si elles étaient le prolongement intégré de ses propres jambes, dans un mouvement ample et fluide.

Johanna Rittiner-Sermier Capture d'écran

Johanna Rittiner-Sermier Capture d’écran

Le spectacle mis en scène et en musique par André Pignat a été initié à la demande d’Energies Sion Région, une Compagnie électrique suisse qui souhaitait une création sur son domaine d’activité à l’occasion de ses vingt ans.

Telle l’immense fresque La fée électricité réalisée par Raoul Dufy à la demande de La Compagnie parisienne de distribution d’électricité,  le spectacle est conçu au départ  pour mettre en valeur le rôle de transformation de  la Société par l’irruption de la Lumière et de l’Electricité. Comme dans la saga paysanne de Claude Michelet Des grives au loup, il entreprend plus largement de nous conter l’évolution de la vie des hommes au XXeme siècle. La paysannerie qui a peu évolué depuis le Moyen-Age se trouve confrontée au progrès technique, au recul de la vie agricole traditionnelle, à l’espoir d’un progrès et d’une libération de l’homme, bouleversant les relations sociales entre les classes, entre les hommes et les femmes, renversant les certitudes et les habitudes et le rôle prédominant du Pater Familias.
Très vite cet espoir se transforme en interrogations, confronté à la fois à la résistance au changement d’un monde bien ordonné où chacun a sa place immuable : « Et qu’est-ce que vous en feriez du temps gagné ? Nous, on est des passeurs, des paysans » et à la dérive d’une société de consommation de plus en plus éloignée des aspirations  fondamentales des êtres humains.
Ce sont les relations familiales dans ce monde en mutation qui nous sont ainsi contées, de l’agriculture à l’usine, avec l’apparition de l’électricité et l’eau courante :  « Le robinet fait comme le bruit du ruisseau (…) On se dit qu’on se repose, qu’on est sur l’Alpage en plein juillet ». D’abord réticent, le père reprend le pouvoir en gérant l’eau comme la lumière à sa manière dans une scène humoristique digne des Visiteurs : «  Jour / Nuit ! C’est quand même beau le progrès ! » 

Interface ViveLaVie trio Capture 2018 copieDe la construction des barrages, en passant par les guerres et l’ouverture à la mondialisation,  avec aussi ses mouvements  migratoires, la peur de l’étranger, à l’irruption d’une économie tertiaire et virtuelle : « Aujourd’hui, les barrages que ceux de ma génération ont construit ne suffisent plus (…) – Avec le barrage on a une chance de suivre le mouvement – Moi, j’ai vécu comme ton grand-père, comme son père avant lui (…) On n’a jamais été riche, mais on n’a jamais manqué de rien, même quand en bas c’était la crise (…) Mais vous voudrez plus rester ici ».  C’est l’arrivée du confort, de la radio, puis de la  télévision, des ordinateurs et des téléphones portables.

Des tableaux immobiles, paysannes en corsets et longues jupes blanches, faisant face aux hommes habillés pour le travail, marcels, casquettes  et pantalons larges se transforment en ballet en mouvement autour de la Flamme, symbole de l’Electricité…
INTERFACE Vive la vie XXeme siècle Capture2018 copieLe fils qui travaille en usine heurte le père avec ses idées bolcheviques. En groupe, en ligue, en procession, les hommes, les femmes s’affrontent, plusieurs fois tirées vers l’arrière, remises à leur place. Les tenues s’allègent, elles bougent, se libèrent. Les idées se confrontent, le rythme s’emballe, comme notre société en course perpétuelle. 
La boucle est bouclée lorsque le fils de l’ultime génération annonce à son père qu’il ne veut plus étudier, bosser tout le temps, dépenser son salaire en gadgets inutiles. : « Papa, est-ce que tu es heureux ? » Mais trouver un sens à sa vie, en voyageant, en cultivant ses propres légumes, avec quelques poules et chèvres et des panneaux solaires pour être complètement autonome…

« L’énergie, c’est le feu de Prométhée (…) Qui serai-je ? Un tyran, ou un homme juste ? »

 

Vive la vie, Musique-Danse-Théâtre au Festival Off d’Avignon en juillet 2018. Du 23 au 26 août aux Hérens-Aréna, Les Haudères, Suisse puis en tournée en Suisse, Grèce et Italie.
Le site de la Compagnie Interface, c’est ici. Ce que NosEnchanteurs en a déjà dit, là.

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