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Alenvers : le chaud et l’effroi

Alenvers (photo DR)

Luc Alenvers (photo DR)

« Chanteur pour rire, chanteur pour drames », ainsi se qualifie Alenvers, artiste que les plus fidèles de nos lecteurs connaissent. Qui se qualifie de plein d’autres choses encore, et se rhabille pour le réchauffement climatique à venir (il fait tout à l’envers) en se parant d’une légende latino-américaine dont seul Lavilliers pourrait revendiquer à parts égales la paternité.

Nouvel album pour Luc Alenvers, donc. Et là encore, on trouvera parenté avec le Nanar du dessus : si Lavilliers chante Bosse, Alenvers chante Bosse, bosse, bosse : « Comment ça va la vie ? Ben moi, j’en peux plus, faut la gagner cette vie, se défoncer l’cul / Comment va la vie ? Faut bûcher, gratter, trimer, turbiner toute la journée ». Ceci dit, Alenvers a bien bossé : douze titres, onze pour le rire ou presque, le douzième aux couleurs du drame, Bistrot La Belle équipe. Le soir du 13 novembre 2015, à la terrasse de ce bar, rue de Charonne : seconde après seconde le déroulé des événements, la mort qui surgit en berline noire, le sang qui gicle et les chairs en lambeaux. Une de ces nombreuses chansons, exemplaire et pas vraiment chantée, sur ce sinistre soir de Bataclan.

81INyMmTEJL._SY355_Quand je dis drôle pour les autres titres, ce n’est pas tant que le sujet le soit chaque fois, mais l’air de rien et la plume à l’envers, Luc sait faire d’un désagrément une chanson sympa, de l’attente d’un train un doux refrain : « ça mugit, ça rugit, ça smartphone, ça sms, ça meugle, ça beugle, ça fait un d’ces foins / C’est d’la faute de l’Etat, au patronat, aux syndicats, tous des bons à rien / Attente… train… attente… train ». Alenvers a le don de saisir en chansons des bouts de vie, des situations, parfois des professions. Ainsi connaissez-vous celle de Compteur de feuilles de papier hygiénique ? De sa voix claire, un rien amusée, il en fait une chanson. On connaissait Les paumés du petit matin de Brel, voici, par Alenvers, celui du dimanche soir, qui procrastine des heures devant son ordinateur. Pour justifier l’exotisme qu’il dispute à Lavilliers, il chante aussi La prof de Jujitsu sur un air inspiré par l’Amérique latine. Et rêve deux titres plus loin d’une île blonde où « A grands flots coule un vin vermeil qui vous chavire entre ciel et mer ». La mer et le soleil… Soleil de malheur, chante-t-il aussi, maudissant cette peau cramée, cramoisie, look de surfeur-tatoué-beau-gosse-moderne mais aux fesses blanches, ternes sous le slip.

Tel est Alenvers, chanteur définitivement agréable, plaisant, d’une chanson qui sait presque se rendre indispensable, qui alterne le chaud et l’effroi, la grave et le carrément futile. En cette rentrée, il est un de ceux qu’on a envie de vous conseiller : il a en lui un peu de la réalité de chaque jour et ce restant de soleil qu’on a dû laisser sur place, qui ne tenait pas dans nos valises.

 

Alenvers, Le rêve d’une île, Bec à foin/Inouïes distribution/Quart de lune 2018. Le site de Luc Alenvers, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est là.

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