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Barjac 2018. HK et l’Empire de papier, chanteur d’alerte

HK sur la scène de Barjac (photos Anne-Marie Panigada)

HK sur la scène de Barjac (photos Anne-Marie Panigada)

2 août 2018, Espace Jean-Ferrat à Barjac,

 

On y est, c’est la dernière soirée de Barjac M’en chante, et c’est l’apothéose ! Les passionnés de chanson française ont enchaîné quatre concerts par jour ; et s’ils en ont plein les rotules et les oreilles, ils tiennent le coup sous les 40° malgré les gradins un peu raides. Qu’à cela ne tienne, la cour du Château est archi pleine aujourd’hui ; reste même sur le côté toute une frange du public, restée debout et assez différente de celui des jours précédents, qui semble prête à tout ! C’est qu’on attend HK, Kaddour Hadadi et sa joyeuse bande, non avec les Saltimbanks cette fois-ci, mais avec celle plus restreinte de « L’Empire en papier », son dernier opus. Les chansons de HK sont précédées d’une belle réputation depuis qu’il connaît un succès impressionnant, autant en France qu’à l’étranger, avec ses chansons engagées au rythme métissé irrésistible. C’est dire que la scène n’a plus de secret pour lui, on va vite s’en rendre compte.

Débarquent sur scène tous les musiciens, guitaristes, accordéoniste, batteur et même deux choristes, dont on verra à la fin du concert qu’elles ne sont pas en reste et occupent la scène avec bonheur. Suit HK de blanc vêtu, de la casquette au pantalon, tee-shirt noir annonçant la couleur « I’m a refugee », titre d’une de ses chansons. Il ouvre le bal avec « Sans haine sans arme et sans violence », repris par le public dès les premières notes du refrain ! Il faut dire qu’on ne résiste pas longtemps au rythme enlevé, à l’enthousiasme communicatif des paroles, que HK chante le regard planté droit vers nous. Yeux noirs qui interpellent, mains expressives qui appellent « Toi le voyageur, toi l’étranger / Assieds-toi parmi nous, viens manger / Toi qui a parcouru un si long chemin / Parle-nous du pays d’où tu viens ». Tout pourrait presque tenir en ces mots, qui résument le partage, l’accueil, la générosité, en fil rouge de tous ses textes. Toujours très proche, au devant de la scène, il fait chanter « Salam alaykoum » à pleine voix à toute la cour du Château ! Et quand il lance : « Barjac, est-ce qu’on peut compter sur toi ?! » un grand « OUAIS ! » lui répond, digne des concerts de rock ! Il nous fait lever, il nous fait applaudir, mais que sommes-nous capables de faire encore quand on nous le demande ?? En tout cas la sauce prend, dans les gradins on chante et on tape des mains dès le début du concert.

0c HK 0195Il faut dire que HK donne de sa personne, la chemise blanche tournoie sur scène, il met le feu, il danse et saute avec une belle énergie, des dizaines de spectateurs dansent aussi sur le côté. « Ce soir, nous irons au bal, ce soir nous danserons de plus belle », ces textes qui chantent la vie et la société, ces chansons de résistance, sont descendues dans la rues ; on les a entendues lors des manifs, elles sont porteuses d’espoir et d’un rêve de meilleurs lendemains qui parle à tout un chacun. Aux spectateurs de Barjac aussi, qui aiment les textes engagés et intelligents, et se sentent peut-être ici plus qu’ailleurs « Citoyens du monde, partisans d’un monde sans frontières ». De sa belle voix volontaire au timbre si reconnaissable, les mots sonnent forts et clairs pour chanter « J’ai levé la voix et le poing quand la règle était le silence ».

Indignez-vous ! chante-il en reprenant l’exhortation de Stéphane Hessel. Oui, on ne peut qu’adhérer à ces Rallumeurs d’étoiles qui viennent réveiller les consciences en chanson. Alors, qu’il nous lance « Si tu es citoyen du monde, fais un maximum de bruit ! » pourquoi pas… Mais les spectateurs répondant avec une bonne volonté manifeste et des applaudissements nourris, quelle idée de crier « BARJAC, ON T’ENTEND PAS !! » en éclairant les gradins pour motiver sans doute les récalcitrants ! Si le chanteur, parolier du groupe également, est sincère sans aucun doute, on a quand même le sentiment d’assister à une grosse machine qui tourne bien et qui ne s’adapte pas trop à son public. Il le dit lui-même : « En règle générale, nous abordons les concerts avec toujours cette double démarche d’inviter les gens à entrer dans notre univers, les faire adhérer à nos idéaux, puis de danser et faire la fête dessus » (1). Mais ici à Barjac, on est des rebelles (Les Escrocs s’y sont aussi cassé les dents…), alors se lever quand on nous le demande, on y renâcle. Et n’est-ce pas contradictoire de la part d’un autre rebelle que d’insister ? Une fan de HK le dira en sortant du concert : « Mais ils n’osaient pas danser, des chaises ça s’empile ! ». Ben, c’est si on veut.

N’empêche, les chansons de HK ça fait un bien fou, il faut du festif pour faire la révolution en chansons, et c’est déjà mettre du poil à gratter dans le système. Avec de belles paroles, un chanteur généreux, de bons musiciens et des rythmes qui claquent, on ne va pas bouder notre plaisir ! Moment plus dense, quand HK s’assoit en bord de scène. Les choristes s’en vont, la batterie s’arrête, et il commence « J’ai marché tant que j’ai pu / Tant de fois je me suis perdu », illustration du parcours éprouvant d’un migrant à travers « combien de pays traversés / combien de frontières dépassées ».

Allez, « On lâche rien » et toute la cour se lève ! C’est là un vrai chant de bataille, un hymne de campagne : « Notre réalité est la même / Et partout la révolte gronde », chanson tristement d’actualité à laquelle on se rallie volontiers, tant elle inspire la solidarité et la révolution. HK le déclare, il veut « Passer ma vie à vouloir changer tout ce que je ne peux pas accepter», face à « Un monde de blasés / Qui pensent que tout est cuit ». On aime que ces mots soient plein d’élan et de poésie ; on aime aussi comprendre clairement chaque mot de ses chansons, la chose est suffisamment rare pour qu’on le note ici.

Alors, même si tout semble au cordeau et un peu lisse dans ce concert, il faut des chanteurs comme lui, il faut des lanceurs d’alerte pour nous réveiller. Les medias ne s’en font hélas pas l’écho mais si le groupe marche bien, c’est aussi que les chansons sont belles et que le public y répond avec enthousiasme. C’était un sacré bon moment ; alors, si besoin était, on rassure HK, il nous a bien « allumés » ! Il paraît que On lâche rien est repris un peu partout ; fasse que les révoltes ne restent pas dans les salles de concert.

(1)  https://leblogdudoigtdansloeil.wordpress.com/tag/hk-et-les-saltimbanks/ 

Le site de HK, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est là.

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