CMS

Jacques Debronckart, dans tous ses éclats

De gauche à droite : Marie-Thérèse Orain, Arnaud Rudel (le fils de Jacques Debronckart et Janet Rudel), Christian Camerlynck, Janet Rudel, Clémentine Jouffroy et Annick Roux (photo François Bellart)

De gauche à droite : Marie-Thérèse Orain, Arnaud Rudel (fils de Jacques Debronckart et Janet Rudel), Christian Camerlynck, Janet Rudel, Clémentine Jouffroy et Annick Roux (photo François Bellart)

27 et 28 octobre 2018,Forum Léo-Ferré à Ivry-sur-Seine,

 

Ils nous ont quittés à l’âge de 49 ans et ils nous laissent des chansons ; vous les connaissez : Bernard Dimey, Jacques Brel et Jacques Debronckart… Ce dernier ne jouit hélas pas de la notoriété des deux autres. Ses enregistrements sur vinyles restent difficilement accessibles et ne bénéficient que de rééditions partielles en CD. Ses titres sont en général moins repris, injustice maintenant en voie de réparation. D’abord grâce à Christian Camerlynck, le fidèle parmi les fidèles, qui n’a jamais fait un récital sans y insérer des chansons de Debronckart et a même réalisé en 2001 un disque complet de chansons de Jacques. Ensuite, grâce à Janet Rudel, sa veuve, qui s’est toujours montrée disponible pour évoquer et faire vivre l’œuvre de son compagnon disparu. Enfin, par l’action de Clémentine Jouffroy aux éditions Camino Verde, qui édite des paroles et du théâtre dans sa collection « Spectacles et textes à lire et à écouter ». Elle a collecté avec Janet les partitions inédites, et a encouragé Marie-Thérèse Orain, grande interprète amie de Debronckart, à créer un récital contenant ces chansons encore inconnues, et à l’enregistrer pour le commercialiser dans un superbe livre-disque sorti en 2015, intitulé « Intacte ». Et ce n’est pas tout, elle a aussi présenté une quinzaine de chansons encore inédites à Rémo Gary qui, séduit, les a gravées dans un très beau disque sorti en 2018 et titré Voix de cailloux. Il fallait bien au moins un spectacle pour marquer cette reconnaissance.

C’est fait. Il a eu lieu au Forum Léo-Ferré, comme ce fut annoncé par un beau papier dans Hexagone. Et ce fut grandiose, on a eu droit à 24 chansons qui couvraient tous les registres de l’inspiration et du style de Jacques Debronckart. D’abord – grand moment d’émotion – fut projetée une séquence du Grand Echiquier de 1982 dans laquelle Jacques au piano chante Mais si, mais si, je t’aime et C’est l’piano avec une présence époustouflante malgré la qualité médiocre de la vidéo. Je me rappelle qu’au cours de cette émission, Dave, jalousant l’impact de Debronckart, avait perfidement remarqué qu’il avait eu droit à une chanson de plus que lui-même !

Et puis, absent pour raison de santé, Rémo Gary a fait parvenir un texte à sa façon pour introduire la soirée. Nathalie Fortin s’empare alors du piano et en fera avec brio le subtil dénominateur commun des interprétations qui suivront. D’abord Clémentine Jouffroy qui, retrouvant les aisances de l’interprète de talent qu’elle fut, nous offre avec une distance humoristique ou impliquée trois chansons tirées des inédits par Rémo Gary, avec une mention spéciale pour Le théâtre dans la justesse de son vécu professionnel. Christian Camerlynck fera chanter Adélaïde par une salle conquise par avance et ajoutera six textes ou chansons prélevés dans ses disques antérieurs dans lesquels transparaissent les questionnements existentiels du Debronckart traversé de doutes. Annick Roux, remplaçant au pied levé Rémo Gary, offrira une interprétation habitée et inoubliable de Je suis comédien. Elle y ajoute Klepto (belle performance de mémoire pour cette énumération) et Bernard Dimey qu’il eût été dommage d’oublier. Marie-Thérèse Orain occupe alors la scène et retrouve une partie de son spectacle avec sept chansons dans lesquelles s’épanouit la verve humoristique et grinçante de Jacques Debronckart qu’elle sert avec un panache et une énergie qui font la joie du public. Le spectacle se termine par une prestation à quatre autour de l’incontournable La chanson qu’est-ce que c’est

Performance remarquable que ce spectacle ponctuel : toutes les facettes du talent de musicien de Jacques Debronckart ont été manifestées, depuis le récitatif jusqu’aux mélodies subtiles en passant par le crescendo. Et la palette des sources d’inspiration de ses textes fut représentée par les différents interprètes, Clémentine et Marie-Thérèse explorant la drôlerie ou le ridicule des situations ou des personnages, Annick et Clémentine l’empathie et les écueils du milieu du spectacle, et Christian privilégiant les chansons abordant des problèmes de société ou de réflexion personnelle. Mais chaque chanson étant foisonnante, pouvant contenir divers thèmes et plusieurs de ces caractères à la fois, c’est de l’ensemble de leurs talents mélangés que se dégage l’esprit de Jacques Debronckart, dont l’œuvre, 35 ans après la mort, n’a pas pris une ride. À réécouter d’urgence et à redécouvrir dans sa globalité avec ses disques si possible mais sûrement avec les enregistrements de ses interprètes.

 

Ce que NosEnchanteurs a déjà écrit sur Jacques Debronckart et/ou ses interprètes, c’est ici.

Image de prévisualisation YouTube

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Archives