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Les Wriggles n’ont pas fait plouf !

Les Wriggles (photos Vincent Capraro)

Les Wriggles (photos Vincent Capraro)

1er mars 2019, 14e Festival des Arts burlesques, salle Jeanne-d’Arc à Saint-Etienne (42),

 

Toute une décennie, Les Wriggles sont tombés dans le formol, sagement rangés au musée de nos (beaux) souvenirs scéniques. Ne nous restaient plus que nos yeux et quelques DVD pour pleurer. Et puis, en début de l’an passé, la folle, l’insensée rumeur d’une résurrection, d’une refondation. D’un coup d’un seul, le fol espoir de partager Les Wriggles aux enfants que nous avons faits entretemps.

Nous sommes à Saint-Etienne. Les Wriggles ont naguère participé aux plus belles heures de cette salle à la Pucelle dédiée, tant d’ailleurs qu’on a pu les croire stéphanois : des verts qui seraient passés au rouge. Les revoici, peu avant que des bulldozers sans doute anglais aient la peau de Jeanne-d’Arc. Nos cinq diables aussi red que souples sont ici de retour. Il aurait été irrespectueux qu’ils se produisent ailleurs qu’ici.

Le rideau est rouge, les fauteuils le sont. Dès leur entrée en scène c’est autre festival de rouge, avec confettis du même ton. Le public est acquis à la cause et connaît ses Wriggles par cœur. Seuls les titres tirés du passé seront accueillis par d’incroyables ovations : Monolithe (une stupide histoire de montgolfière, qui plus est sans chute), La petite olive (sans doute sponsorisée par Puget) et le tube à chevrotine qu’est Poupine et Thierry : « Thierry le chasseur est comme tous les chasseurs, il est con / Tent d’aller chasser / Il aime les fleurs, connaît la forêt par cœur, il est con / Centré sur son gibier… » Les Wriggles de nos souvenirs sont tout entiers concentrés dans ces trois titres quasi mythiques, encore que nous aurions aimé ré-entendre Plouf, mais c’est tombé à l‘eau.

DSC_9100bSur l’équipe d’origine, seuls trois sont restés rouges : Stéphane Gourdon, Antoine Réjasse et Franck Zerbib. A leurs côtés, deux « bleus », bien rouges dans la forme et dans l’esprit : Emmanuel Urbanet (Les Joyeux Urbains, Les Rois de la Suède…) et Fabien Marais. Ils ont de nouveau fouillé l’étal de Tati pour retrouver des habits rouges. Seul le liseré a changé : il est passé de noir au blanc.

Que des chansons-chorégraphies, nickelles. Des combinaisons multiples, digressions sur le mode du rouge. L’unique guitare d’antan a fait des petits, le bébé est un ukulélé. Quelques rares accessoires et, gag récurrent, des zombies (en fait des Grombis) traversent la scène en grognant, râlant. Insolite mais pas tout à fait probant.

Le répertoire puise autant dans l’intime du quotidien que dans notre société. Le Bye-bye est sur la loi travail d’El-Connerie, celle inspirée par Macron : la charge est totale, exemplaire, tant qu’on la croirait tirée des colonnes de L’Huma. Plus encore de Rouge, feu l’hebdo de la Ligue communiste. Remarquable ! Tout n’est cependant pas de cette veine, certains titres font difficilement leur effet en scène (les retrouver sur disque le cas échéant) et Bourguignon, un mix entre le culinaire et internet, tire bien trop en longueur, ne fait pas le bœuf escompté. Ne boudons pas notre plaisir, car ces titres nouveaux, il nous faut les intégrer, les ingérer, les faire nôtres : certains d’entre eux sont des petits bijoux, des bombes. Dans ces vers, parfois sévères, qui bientôt vont mûrir, il y a la chronique fidèle bien qu’assassine de notre monde. Et de nos vies, parfois lâches, fragiles, aux relations contrariées. Par l’amour qui faillit, par le corps qui vous trahit (Me lâche pas pourrait devenir un intéressant outil pédagogique pour les diététiciens…). Il nous faut retenir qu’ils tentent Le tout pour le tout afin d’obtenir une place en crèche. Et ce Bouboubou qui renoue intact avec l’ADN passé, d’un humour cruel et ravageur, irrésistible : une de ces chansons qui restera dans les annales…

51zDCt9W0+LAlors ? On est dans le presque parfait, le début d’une nouvelle aventure, l’assurance de les avoir de nouveau à nos côtés. Un coup de mou ? reprenez un coup de rouge, c’est du bon cru, excellent millésime !

Toute une salle franchement, farouchement debout, pour acclamer, saluer le retour de ses héros. Et quasi faire le deuil de ces murs qui, de Ferré à Desjardins, de Sylvestre à Mickey 3d, de Lantoine à récemment Jamait, ont vu passer en quelques décennies le meilleur de la chanson et qui vont se taire à tout jamais, sans excuses que celles de ces stupides bétonneurs qui ne savent même pas chanter, des barbares incultes qui ne savent même pas faire la différence entre Barbara et Orelsan. L’Histoire retiendra que Les Wriggles ont foutu le feu à Jeanne-d’Arc.

 

Le site des Wriggles, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit d’eux, c’est là. CD Complètement Red, Blue Line 2009.

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